3 Mars 2010
Bernadette Malgorn, la tête de liste de la majorité présidentielle en Bretagne, soutient mordicus que "rien n'est fait". Cette ancienne préfète est réputée dure à cuire. Mais elle paraît bien la seule à penser que l'élection des 14 et 21 mars, dans cette région, n'est pas jouée d'avance, tant le socialiste Jean-Yves Le Drian, président sortant, fait figure de favori.
Terre plutôt centriste, la Bretagne semble basculer, ces dernières années, à gauche. Si l'on ajoute à cela la vague rose annoncée par les sondeurs dans l'ensemble du pays et les affrontements qui ont miné la constitution de la liste de la majorité présidentielle dans la région, tous les ingrédients paraissent réunis, autour de Mme Malgorn, pour une rude épreuve.
La candidate fait figure de curiosité : elle est la seule tête de liste de la majorité à se frotter pour la première fois au suffrage universel. La politique, cette énarque de 59 ans l'a apprise d'une autre façon : dans l'ombre de Philippe Séguin dont elle fut la plus proche collaboratrice lorsqu'il était ministre puis président de l'Assemblée nationale et à la préfectorale
Préfète de la région Bretagne au début des années 2000, elle s'est signalée par sa lutte sans merci contre les agapes de la "rue de la soif", à Rennes. En 2006, elle fut la première femme à décrocher le poste de secrétaire générale du ministère de l'intérieur, alors dirigé par Nicolas Sarkozy. Soit, concrètement, le rôle de "préfète des préfets".
Les conditions de son investiture, à l'issue d'un combat politique musclé contre Jacques Le Guen, ne lui ont pas facilité la tâche. Le député de Plounévez avait été désigné chef de file par les militants UMP, avant d'être évincé à son profit. Avec, en guise de consolation, une modeste place de numéro deux sur la liste du Finistère.
Officiellement rentré dans le rang, M. Le Guen a pris un malin plaisir à mitonner le très médiatisé déplacement dans sa circonscription, le 15 février, de Dominique de Villepin, dont il est l'un des fidèles. Un pavé dans la mare de l'Elysée, où la décision d'investir Mme Malgorn a été prise.
Face à l'étalage des divisions, UMP, M. Le Drian, élu en 2004 avec 59 % des suffrages, semble surtout craindre l'excès de confiance. "Je fais une campagne de challenger", assure-t-il.
Guy Hascoët, le candidat d'Europe Ecologie, regrette pourtant son "arrogance". M. Le Drian, en position de force, laisse en effet filtrer qu'il n'ouvrira pas forcément sa liste au second tour à des alliés dont il peut se dispenser. "J'ai fait le rassemblement au premier tour", assure M. Le Drian, rappelant qu'il a sur sa liste des ex-Verts et des communistes. Pour le reste ? "On verra." Europe Ecologie fait, a priori, figure de troisième force de la région. Lors des élections européennes, le mouvement a même devancé le PS (17,9 % des voix, contre 17,7 %).
De son côté, en dépit des vents contraires, Mme Malgorn puise dans ses souvenirs une raison d'espérer. Lors de l'élection présidentielle de 1995, son mentor, Philippe Séguin, avait été l'un des théoriciens de la fameuse "fracture sociale", clé du succès de Jacques Chirac. "Tout le monde a longtemps dit qu'il allait perdre", se souvient l'ex-préfète.
Le conseil sortant
Le conseil régional sortant est largement dominé par la gauche.
Issu du scrutin du 28 mars 2004, il est présidé par le socialiste Jean- Yves Le Drian. Il comporte six groupes politiques.
- 8 PCF
- 39 PS-PRG et apparentés
- 7 Verts
- 4 Union démocratique bretonne-Gauche alternative (régionalistes)
- 8 MoDem
- 17 UMP-Nouveau Centre