23 Novembre 2012
Le premier budget général du quinquennat Hollande est descendu jeudi dans l'arène sénatoriale entamant un chemin de tous les dangers qui devrait s'achever par un rejet, comme celui de la Sécu retoqué la semaine dernière.
La perte du "triple A" par l'agence Moody's et le coup d'accélérateur donné par le gouvernement à son plan compétitivité avec l'intégration du crédit d'impôt dans le tout prochain collectif budgétaire, ont servi de toile de fond au débat qui s'est engagé au Sénat.
"Le désendettement est une priorité", a martelé le ministre des Finances Pierre Moscovici en présentant le projet de loi des Finances (PLF) pour 2013 comme une "première pierre" d'une "stratégie économique". "C'est un budget d'assainissement juste" qui propose "un bon redressement qui ouvre la voie à une croissance durable, qui préserve la demande et crée les conditions du rebond".
Il a récusé à nouveau les termes "austérité" ou "rigueur" pour qualifier sa politique lui préférant le "sérieux budgétaire": "on peut allier sérieux budgétaire et croissance, justice sociale et efficacité économique".
Il a confirmé la prochaine mise en œuvre du crédit d'impôt pour les entreprises qui, il l’espère, "pourrait créer 100 à 300 000 emplois et représenter jusqu’à 0,5 point de PIB" et espère que "l'impact de ces milliards sera visible dès 2013".
Le ministre a enfin fait preuve d'optimisme affirmant que "les conditions d'une sortie durable de la crise de la zone euro semblent en passe d'être réunies" et qu'une solution pour la Grèce sera trouvée "dès lundi".
"L'effort demandé aux ménages et aux entreprises est juste, cet effort est grave mais indispensable", a abondé le ministre du Budget Jérôme Cahuzac. Le rapporteur général PS du budget François Marc s'est félicité du fait que "le gouvernement ne s'écarte pas de son cap" qualifiant l'objectif de redressement des finances publiques de "rendez-vous historique".
Le premier bémol est venu du président UMP de la commission des Finances, Philippe Marini, qui a fustigé le "décalage entre le texte et la réalité économique, financière, sociale, internationale". "Cette loi de finances initiale semble être le dernier acte de votre ancienne politique économique, avant le tournant ou, du moins l'inflexion du rapport Gallois", a-t-il lancé.
La même atmosphère irréelle planait sur la discussion que pendant l'examen du budget de la Sécu, les élus sachant l'inéluctabilité, sauf rebondissement, du rejet par le Sénat de ce budget. Les communistes du CRC ont en effet annoncé une abstention qui au vu de l'étroitesse de la majorité de gauche (six voix) ne permettra pas une adoption.
"L'attente de changement était forte en mai dernier: il convient maintenant d'être en mesure d'y répondre. Sans modifications sensibles, imprimant clairement une marche de gauche sur ce PLF, le groupe ne pourra le soutenir", devait déclarer la sénatrice CRC (communiste) Marie-France Beaufils.
Comme l'UMP, l'UDI-UC (centriste) votera contre dénonçant selon son président François Zocchetto "la pression fiscale sur les entreprises et les classes moyenne". Une partie des centristes devrait toutefois s'abstenir sur le vote de la première partie du PLF (recettes) mercredi prochain.
Les écologistes malgré leur "perplexité" sur certains choix stratégiques assumeront leur position de partenaire gouvernemental.
Le PLF 2013, voté mardi par l'Assemblée nationale, prévoit 24 milliards d'euros de hausses d'impôts dont la fameuse taxe à 75% et 10 milliards d'efforts sur les dépenses afin de tenir les 3% de déficit public par rapport au PIB. Il est fondé sur une hypothèse de croissance de 0,8% l'an prochain.