28 Décembre 2012
Le torchon brûle entre communistes et socialistes, dont le numéro un Harlem Désir a vivement dénoncé une vidéo du PCF très incisive à l'égard de François Hollande, mais la perspective des municipales pourrait inciter ces partenaires historiques du PS à mettre une sourdine à leurs critiques.
Dans un communiqué au ton particulièrement remonté, le premier secrétaire du PS a appelé jeudi le PCF "à cesser de se tromper d'adversaire et à se garder d'une dérive contraire à sa tradition de responsabilité".
Harlem Désir avait en ligne de mire la récente vidéo du PCF fustigeant de façon sarcastique les sept premiers mois de François Hollande à l'Elysée en les comparant avec les promesses qu'il avait avancées comme candidat.
"Ce clip est de mauvaise foi, mensonger et caricatural: il est une faute contre la gauche (...), épargne totalement la droite et l'extrême droite" et constitue "une honte pour ses auteurs", a accusé le responsable socialiste.
Les communistes "sont clairement dans l'opposition", s'est agacé aussi sur son blog le président du Parti radical de gauche, Jean-Michel Baylet, un allié très proche du PS.
La vidéo diffusée sur internet et qui a mis le feu aux poudres constitue la dernière illustration des relations de plus en plus ambiguës et tendues entre le PCF et la majorité gouvernementale.
Le PCF ne se considère pas comme faisant partie de l'opposition. Il n'empêche que les communistes ont manifesté de plus en plus clairement leur malaise profond vis-à-vis d'une politique à leurs yeux ouvertement "sociale-libérale".
Leurs sénateurs ont rejeté ces dernières semaines l'ensemble des textes budgétaires présentés par le gouvernement, comme le projet de loi de finances 2013, le budget de la sécurité sociale, le projet de loi de finances rectificative 2012.
Le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles, s'est étonné vendredi dans un communiqué de la vigueur de la réaction de Harlem Désir à la diffusion de la vidéo, la qualifiant de "totalement disproportionnée".
"Notre clip (...), ne mérite en rien l'usage d'une artillerie aussi lourde", a-t-il ajouté, en glissant au passage que la vidéo controversée a connu "près de 200.000 visites dès les deux premiers jours".
"2013 doit être une année de conquêtes, de luttes face aux puissances de l'argent qui gouvernent", a souligné le porte-parole.
Du côté du Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, l'allié du PCF au sein du Front de gauche, on s'est félicité au contraire de la vidéo.
"C'est vrai que ce clip augure bien de la suite (...). On n'hésite pas, le PCF et nous, à parler d'une opposition à la politique d'austérité du gouvernement", dit à l'AFP Eric Coquerel, responsable du PG, en rappelant que le Front de gauche mènera à partir de janvier une "grande campagne contre les politiques d'austérité" du gouvernement.
Entre le PS et son ex-allié communiste, "on sent que le divorce n'est pas totalement consommé mais on n'en est pas loin", remarque Eddy Fougier, chercheur associé à l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques).
Mais ce politologue doute que le PCF "aille jusqu'à la rupture" totale. "Ils ont besoin du PS pour avoir des municipalités, avec la dimension financière qui est importante pour le parti", explique-t-il.
Les prochaines élections municipales sont prévues en mars 2014.
"Localement, le PCF est pris dans des alliances très fortes avec le PS (...). Les listes (pour les municipales) vont être construites dans six mois", confirme l'universitaire Rémi Lefebvre, membre du PS.
Le PCF, ajoute-t-il, "est devenu un parti d'élus" dont les ressources sont précisément "ses élus qui, très concrètement, financent le fonctionnement" du parti.