10 Mars 2022
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Claude Chirac accorde rarement des interviews à la presse. La fille de l'ancien président Jacques Chirac, conseillère départementale en Corrèze, est sortie de sa réserve dans La Montagne, pour apporter son soutien à Valérie Pécresse, qui tient ce vendredi 11 mars un meeting à Brive. Elle aborde également un thème qui lui est cher : celui de la prise en charge des personnes vulnérables.
Dans un entretien à La Montagne, Claude Chirac annonce officiellement son soutien à Valérie Pécresse, qui tient ce vendredi 11 mars un meeting à Brive. Une question de « fidélité » et de combat contre l’extrême droite, dit-elle, alors que la candidate LR, en difficulté, a besoin de tous les appuis possibles. À commencer par celui de la fille de l’ancien président, son mentor en politique.
Vous avez décidé d’annoncer votre soutien à Valérie Pécresse. Pourquoi ?
Je la connais depuis longtemps, nous avons travaillé ensemble au côté de Jacques Chirac pendant plusieurs années. Et la politique ce n’est pas abstrait, c’est aussi fait de relations personnelles qui se tissent avec le temps. Nous partageons également un lien puissant avec la Corrèze.
Elle a fait ses preuves, je pense que chacun l’a vu, à la tête de la première région de France. Elle porte un projet de transformation en profondeur du pays à partir de ses territoires et c’est quelque chose à laquelle je crois. Je pense qu’en Corrèze et sans doute partout en France, on mesure que la solution à beaucoup de nos problèmes est dans le réveil et le renouveau de nos territoires.
L’autre chose essentielle à mes yeux, c’est la fidélité, surtout dans ces temps de confusion politique et d’attitude individuelle. C’est en particulier important vis-à-vis des militants qui contribuent à faire vivre notre démocratie au quotidien.
Faites-vous cette annonce parce qu’il y a un meeting à Brive, ou parce que la campagne de Valérie Pécresse a besoin d'un coup de boost ?
Pour tout vous dire, j’ai du mal à considérer que mon soutien est une chose importante?! Mais pour s’exprimer il faut, a minima, une légitimité et, si elle existe me concernant, elle est en Corrèze (Claude Chirac est conseillère départementale du canton de Brive 2 depuis 2021, NDLR). C’est donc naturellement que ce soutien s’exprime depuis Brive.
Avec la fidélité, il y a aussi, et peut être surtout, pour moi un enjeu essentiel pour l’avenir de notre pays, c’est le combat vital contre les extrêmes droites et leurs nouveaux visages. Mon mari, Frédéric Salat-Baroux, qui a été le secrétaire général de Jacques Chirac, l’a expliqué dans un texte paru dans Le Monde en octobre. C’est un combat, à nos yeux, fondamental.
Pour la démocratie et l’intérêt général, il est essentiel d’apporter notre soutien à Valérie Pécresse, d’avoir un second tour entre deux candidats aux valeurs républicaines incontestables et un véritable débat qui permettra aux français de faire un choix éclairé. Parce que plus la droite sera forte et fidèle à son histoire et à sa vocation républicaine d’opposition sans merci à l’extrême droite, mieux cela sera pour notre démocratie et l’avenir du pays.
C’est d’ailleurs la conception qui a toujours été celle de Jacques Chirac, et avec le recul, je pense que cela aura été l’un de ses combats les plus fondamentaux.
Valérie Pécresse est-elle l’héritière de votre père ?
Il n’y a pas d’héritier en politique. C’est-ce que disait toujours mon père. Valérie Pécresse s’inscrit dans la fidélité à Jacques Chirac mais trace son propre chemin. Elle incarne ce qu’elle porte elle-même, son projet. Et c’est déjà beaucoup.
Comment jugez-vous cette campagne présidentielle ?
Par définition, chaque campagne est unique. Évidemment, l’époque actuelle est très particulière, de par le contexte international. Il y a la nécessité de se rassembler et de soutenir le président de la République dans les efforts qu’il fait, et que je veux saluer, pour préserver la paix en Europe. Pour autant, il faut que le débat démocratique ait lieu.
Vous témoignez dans le livre de Sophie Cluzel, secrétaire d’État, chargée des personnes en situation de handicap. Pourquoi ce choix, vous qui êtes d’habitude discrète ?
Je pense que la dépendance, le grand âge, le handicap, sont des sujets majeurs, sur lesquels on a tous collectivement besoin de progresser. Une société ne peut être forte que si elle sait se préoccuper avec cœur et respect des plus vulnérables, qui en réalité sont les plus humains d’entre nous. J’ai été élevée par des parents, en particulier mon père, qui ont été extrêmement sensibilisés et engagés sur les sujets du handicap. D’ailleurs la trace est forte en Corrèze.
Mon père nous a transmis, à ma sœur et à moi, l’importance de l’attention que l’on doit accorder aux plus vulnérables. Il nous emmenait, quand nous étions petites, dans des institutions pour handicapés lourds pour nous apprendre que cette différence, il ne faut pas en avoir peur. Qu’au contraire, c’est une richesse et qu’encore une fois, s’occuper des plus vulnérables, c’est un des premiers devoirs d’une société et que le faire avec cœur et respect, c’est un progrès pour tous.
Vous êtes vous-même une « aidante » ?
Mon destin familial a fait que, il y a quelques années, j’ai fait le choix d’accompagner mes parents dans un moment de vie plus fragile. C’est un choix que font des milliers de familles. D’autres font le choix d’installer leurs parents dans des institutions. Il n’y a pas un bon ou un mauvais choix. Moi j’ai fait celui d’être aidant et je pense que c’est cette expérience de vie qui a intéressé Sophie Cluzel.
Regrettez-vous que ce sujet de la dépendance ne soit pas plus abordé pendant la campagne ?
C’est un sujet qui doit être pris à bras-le-corps par tous ceux qui prétendent exercer une responsabilité. Il n’y a pas que les aidants, la problématique du personnel soignant et de l’attractivité de ces métiers sont tout à fait majeures, celle des Ehpad, tristement d’actualité, ou du maintien à domicile… Bref, comment la société s’organise pour prendre en charge humainement le vieillissement de sa population??
J’ai fait le choix à titre personnel de permettre à mes parents de finir leur vie chez eux. Les Ehpad, je n’en ai pas l’expérience. En revanche, j’ai beaucoup parlé avec des aides-soignantes qui y avaient travaillé.
Ce n’est pas possible. Il y a la responsabilité de l’État, à travers la qualité des établissements publics qui n’est pas toujours satisfaisante, mais aussi à travers la loi à laquelle tout le monde doit se plier, y compris les acteurs économiques. Mais il y a aussi la responsabilité des familles. On sait tous qu’il y a des personnes âgées qui sont très seules, des familles très absentes qui ont par conséquent du mal à se rendre compte des difficultés qui existent dans tel ou tel établissement. C’est donc en réalité l’affaire de tous.
Je ne porte pas de jugement de valeur sur les choix de chacun. J’ai eu la chance de pouvoir m’occuper de mes parents, parce que j’ai un mari qui l’a accepté. Ce qui n’est pas évident, parce que c’est très contraignant. Il m’a soutenu affectivement et matériellement, ce qui est très important. Sans son soutien, cela aurait été impossible. Car il y a beaucoup de familles qui n’ont pas cette possibilité matérielle. Voilà pourquoi rien n’est noir ou blanc, chacun fait ce qu’il peut. L’important, c’est de faire les choses avec cœur et avec respect.
Comment se porte Bernadette Chirac ?
Les choses sont paisibles, elle va le mieux possible. On espère tous, et elle la première, pouvoir aller en Corrèze au mois d’avril. Ce qui me permettrait d’être plus présente à Tulle et Brive et la rendrait sans aucun doute très heureuse.