Un Républicain de Guingamp
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L’hypothèse RN bouscule les réflexions des élèves de l’INSP sur leurs choix de postes

Acteurs publics a recueilli les témoignages d’une vingtaine d’élèves de l’Institut national du service public (INSP) sur leur perception de la situation politique et sur les conséquences qu‘aurait, pour eux, une arrivée du Rassemblement national au pouvoir. Ces aspirants hauts fonctionnaires sont nombreux à s’interroger sur la posture qu’ils adopteront le cas échéant, mais aussi sur l’obligation de neutralité qui s’impose à la haute fonction publique.

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Note de Philippe Le Roux : 

2 points émergent de ce texte particulièrement éclairant.

Les étudiants n'ont pas été interrogés sur LFI ou leur perception du danger strictement identique que LFI fait peser sur les institutions est particulièrement "amoindrie", ce qui indique un biais réel dans ce qui constitue, pour eux,  le cadre républicain de l'exercice de leurs fonctions.

Deuxièmement, pour avoir été directement à la manœuvre pendant de nombreuses années, j'ai pu personnellement constater le pouvoir des cadres de l'administration publique faisant tout ce qui était en leur pouvoir pour bloquer ou ralentir les dispositions prises par le Parlement ou les Gouvernements de droite que ce soit sous les mandats de Jacques Chirac ou de Nicolas Sarkozy.

La préservation de la continuité de l'Etat a un prix parfois si lourd que de nombreux pays démocratiques ont décidé de changer leur administration à chaque changement de gouvernement, pour garantir la possibilité de mettre en place les politiques et réformes pour lesquels ils ont été élus.

Etre un administrateur public, c'est aussi respecter le choix d'un peuple et les verdicts de la démocratie. L'esprit de "compréhension supérieur" de ce qui est bon pour le peuple, chez les éditorialistes ou les cadres publics montre bien les frontières ténues qu'il y a entre le respect des valeurs républicaines et démocratiques , et la diffusion ou l'application d'une politique et de valeurs dont ils pensent être les gardiens, détenteurs d'une autorité qu'ils n'ont jamais reçue.

Je ne parle pas ici d'un délire complotiste de "gouvernement profond", mais plutôt d'individus qui ont infiltré un système lourd et puissant qu'ils veulent brider lorsque celui-ci ne prend pas la direction qu'ils souhaitent. L'ex-ENA (aujourd'hui INSP), mais aussi l'Ecole Nationale de la Magistrature ou les organes de direction des Universités (les présidences principalement), ou les organes de contrôle (Commission des programmes de l'Education nationale, etc) ou les organisme de mutation au sein des administration, sont clairement TRES politisés et orientés, infléchissant inexorablement les politiques votées mais jamais transformées en réalité concrète parce que toujours bloquées par des gens qui pensent "agir en résistants" et qui en fait luttent contre les choix de la démocratie.

L’hypothèse RN bouscule les réflexions des élèves de l’INSP sur leurs choix de postes

L’hypothèse de voir le Rassemblement national (RN) à Matignon n’émeut pas seulement les hauts fonctionnaires en poste. Elle agite aussi sensiblement l’Institut national du service public (INSP), l’école des futures élites de l’administration qui a remplacé la célèbre ENA, où les aspirants hauts fonctionnaires s’interrogent, comme leurs aînés, sur les futures élections législatives et leurs conséquences sur l’appareil administratif, mais aussi sur la conduite qu’ils tiendront, à leur sortie de l’Institut, en cas de victoire du RN et d’accession au pouvoir du parti de Marine Le Pen et de Jordan Bardella. De quoi, aussi, questionner tout bonnement leur engagement au sein de la fonction publique.

Acteurs publics a interrogé une vingtaine d’élèves actuellement en scolarité à l’INSP sur leur perception de la situation politique actuelle, sur les conséquences, selon eux, d’une éventuelle arrivée du RN au pouvoir et sur la posture qu’ils comptent adopter dans cette hypothèse en tant que futurs hauts fonctionnaires. Des témoignages recueillis sous le sceau de l’anonymat, dont se dégage un fort sentiment de sidération et d’inquiétude.

“La situation ne me semble pas étonnante car la montée de l’extrême droite est un phénomène saillant des dernières décennies, mais la dissolution inattendue de l’Assemblée nationale et l’impréparation des partis donnent l’impression d’un saut dans l’inconnu et sans parachute”, affirme ainsi un élève. Cette dissolution “a naturellement suscité une profonde inquiétude, voire une certaine angoisse, abonde un autre. Nous savions que nous aurions à appliquer des décisions que nous n’approuverions pas. Le rôle d’un fonctionnaire reste en effet la mise en œuvre des décisions du politique, mais je crois qu’aucun de nous ne s’était vraiment imaginé servir un jour l’extrême droite.” Et d’ajouter que, depuis une semaine, nombreux sont les élèves de l’INSP à “être rongés par des réflexions” qui leur semblaient jusqu’ici “lointaines ou conceptuelles”.

“Pas un parti comme les autres”

Dans quelques mois, en effet, alors que certains élèves partiront en stage en préfectures, d’autres intégreront la haute fonction publique et devront signer un engagement décennal envers l’État. Cet engagement “pourrait nous conduire à servir un gouvernement d’extrême droite, redoute une élève. Pourtant, en passant les concours d’entrée à l’INSP, nous étions tous animés par la volonté de servir la République et ses valeurs fondamentales”. Des valeurs qui, à ses yeux, pourraient “être mises à mal par le Rassemblement national et ses alliés”. Un constat et une inquiétude largement partagés par ses camarades, qui s’inquiètent aujourd’hui du sort qui pourrait être réservé aux services publics en cas d’arrivée du RN au pouvoir.

“Nous savions, dès le moment où nous avons passé le concours d’entrée, que ce chemin pourrait nous conduire à travailler pour des gouvernements de toutes tendances politiques, explique une condisciple. Toutefois, le RN n'est pas un parti comme les autres dans la mesure où il s’inscrit en dehors des valeurs républicaines, au fondement de l’État et de son administration.” Redoutant que ce parti s’en prenne “aux institutions” et à “la séparation des pouvoirs”, celle-ci estime ainsi que le Rassemblement national “assume pleinement des propositions anticonstitutionnelles et contraires au cadre juridique national et européen” ou encore qu’il “porte le projet d’une rupture d’égalité devant les services publics en fonction de l’origine”. Selon elle, il en ressortirait ainsi “une grande perte de sens derrière la vocation de haut fonctionnaire”. “Comme mes camarades, j’ai passé le concours d’entrée à l’INSP par volonté de servir mon pays et l’intérêt général et non pour contribuer à des violations de l'état de droit et à la dégradation des services publics, voire à la catégorisation de leurs usagers en fonction de leurs origines”, insiste-t-elle.

Plusieurs élèves tiennent toutefois à préciser que les inquiétudes qui traversent actuellement la haute fonction publique concernent le seul programme politique du RN et non celui du Nouveau Front populaire. “Une partie de la sphère politique parle des extrêmes au pluriel, mais les hauts fonctionnaires n’ont, à ma connaissance, aucune inquiétude sur une éventuelle arrivée au pouvoir du bloc de gauche, explique un élève. Pour le dire clairement, personne ne n’envisage de quitter son poste ou de changer d’affectation en cas de victoire du Nouveau Front populaire, puisque contrairement au RN, et quoi qu’on pense de ce projet politique, cette alliance des gauches ne menace ni nos institutions ni nos principes fondamentaux.” Même s’ils sont porteurs de potentielles difficultés de gouvernance, les scénarios d’une majorité à gauche à l’issue des législatives ou d’une absence de majorité claire “sont nettement moins inquiétants parce qu’il n’y a pas de remise en cause des institutions républicaines et de l’égalité des citoyens”, renchérit une élève.

Choisir des postes moins exposés politiquement

Dans tous les cas, dans l’hypothèse d’une arrivée du RN au pouvoir, les élèves de l’INSP auront rapidement à faire des choix, notamment à la sortie de l’institut, lorsqu‘ils auront à choisir le poste et l’administration qu’ils souhaitent rejoindre. Sur la vingtaine d’élèves interrogés, la très grande majorité confie que leurs choix d’affectation pourraient être profondément impactés et réorientés si le prochain gouvernement devait être dirigé par une personnalité du Rassemblement national. “Je ne peux pas servir un gouvernement d’extrême droite, tranche ainsi un élève. Je ne prendrai donc pas de poste qui me mettra dans une situation d’appliquer ou de concevoir les pans du programme du RN les plus iniques.”

Nombreux sont ainsi les élèves de l’INSP à envisager un poste “le moins exposé politiquement possible” en cas d'arrivée du RN au pouvoir. Dans cette hypothèse, beaucoup d’entre eux excluent notamment de rejoindre le ministère de l’Intérieur. “Je n’y prendrai pas un poste de sortie car je suis en opposition absolue avec les mesures sécuritaires promues par le RN”, confirme ainsi un élève, en référence notamment à la question de l’immigration, l’une des priorités du parti de Marine Le Pen. “J’hésiterais également à rejoindre un ministère social de peur de devoir mettre en œuvre des réformes en contradiction totale avec mes valeurs, avec le droit et avec les aspirations légitimes des Français”, ajoute-t-il. Il envisage alors une “solution de repli” du côté des tribunaux administratifs ou des corps d’inspection ou encore un détachement dans une collectivité ou dans les secteurs privé ou associatif.

“Rejoindre un corps d’évaluation et de contrôle me paraîtrait un moyen intéressant d’agir contre le dévoiement des valeurs républicaines tout en restant au cœur du service public“, projette une autre élève. “Je pense m’orienter vers des postes moins exposés politiquement pour œuvrer coûte que coûte sur des politiques publiques qui doivent être protégées à tout prix, comme la transition écologique”, renchérit un autre. Le choix d’un autre ses camarades se porterait quant à lui sur un poste en juridiction, où il s’estimerait “en mesure de faire valoir les principes et limites” du droit. “À défaut, ajoute ce dernier, j’envisagerai sérieusement une disponibilité dans le secteur associatif ou privé, voire, en dernier recours, de démissionner de la fonction publique.”

Un autre élève se montre quant à lui plus défaitiste au regard des changements introduits par la récente réforme de la haute fonction publique et notamment la fin de l’accès direct aux grands corps à la sortie de l’INSP : “Nous n’avons plus accès au Conseil d’État, à la Cour des comptes ou aux inspections générales en sortie d’INSP, alors que ces corps auraient pu représenter des solutions pour continuer à servir l’intérêt général sans travailler directement avec un gouvernement RN. Nous n'avons pas non plus directement accès, à la sortie de l’école, aux tribunaux administratifs ou aux chambres régionales des comptes. Presque tous les postes qui nous sont proposés seront donc directement concernés par l’arrivée au pouvoir du RN.” Pour rappel, depuis cette réforme, les élèves qui sortent de l’INSP intègrent en effet le nouveau corps interministériel des administrateurs de l’État et ne peuvent postuler à des emplois dans les grandes institutions qu'après une expérience opérationnelle sur le terrain.

Questionnements sur l’obligation de neutralité

Quels que soient les résultats qui sortiront des urnes le 7 juillet, la posture des aspirants hauts fonctionnaires interrogera en tout cas l’obligation de neutralité qui s’impose à eux comme à tous les agents publics. Ce qui ne manque pas de faire débat au sein des promotions en scolarité à l’INSP. “Vaut-il mieux devenir directeur de cabinet dans la préfectorale sous l’autorité d'un ministre de l’Intérieur RN pour s’ériger en rempart des droits fondamentaux et éviter l’entrisme de soutiens du Rassemblement national ? Ou une telle posture ne constitue-t-elle pas, au contraire, un renoncement à l’engagement de servir un gouvernement élu au prix de nos convictions personnelles ?” interroge ainsi un élève.

Pour une de ses condisciples, tout haut fonctionnaire “a le devoir de servir l’État et de préserver le niveau d’expertise et de compétences au plus haut niveau dans l’hypothèse d’un gouvernement RN, sauf atteintes à l’état de droit et aux valeurs fondamentales de la République qui justifieraient une mise en retrait”.

Un autre s’étonne pour sa part du “foisonnement intellectuel qui semble courir dans la fonction publique depuis la dissolution” et tient à rappeler que la fonction publique est “tenue à des devoirs de service et loyauté vis-à-vis du gouvernement élu souverainement par les suffrages des Français”. À ses yeux, les idées et sensibilités politiques de chacun seraient ainsi “à proscrire très strictement” dans le cas de l’arrivée du RN à Matignon. L’occasion pour ce dernier de critiquer “certains éléments très politisés” qui, selon lui, “représentent une très faible minorité à l’INSP” et dont, explique-t-il, “on peut s’interroger sur la pertinence du recrutement”. “J’estime que les fonctionnaires et élèves de l’INSP se tiendront en grande majorité à leurs devoirs légalement établis par le statut et à la disposition du gouvernement quel qu’il soit”, conclut-il.

Pour un autre élève, “une accession du RN au pouvoir est un saut dans l’inconnu”. Mais, ajoute-t-il, la haute fonction publique “doit s’en tenir à son devoir d’obéissance et de neutralité, dans la limite évidemment de directives manifestement illégales ou portant gravement atteinte à un intérêt public”. Selon lui, une “démission collective” de la haute fonction publique constituerait même un “grave manquement” puisqu’il estime que les hauts fonctionnaires “doivent exercer un rôle de conseil, garantir la continuité du service public et respecter le choix démocratique”. Et de conclure : “La haute fonction publique a de bonnes raisons de s’inquiéter, mais à quel moment a-t-elle pensé que l’exercice de ses fonctions serait confortable à chaque instant ?”

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