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Néonicotinoides : c'est quoi le(s) problème(s) ?

Pourquoi ils posent problème.

Les néonicotinoïdes sont des insecticides systémiques : absorbés par la plante entière (y compris pollen et nectar), ils exposent les insectes pollinisateurs bien au-delà de la parcelle traitée.

Les études convergent sur trois points depuis le début des années 2010 : neurotoxicité chez les abeilles même à doses sublétales (désorientation, perte de mémoire olfactive, affaiblissement des colonies), forte persistance dans les sols et les eaux (demi-vie de plusieurs mois à années, contamination des parcelles suivantes et des haies adjacentes), et effets en cascade sur les invertébrés aquatiques et les oiseaux insectivores.

C'est ce corpus qui a justifié l'interdiction de l'acétamipride et du flupyradifurone en France depuis 2020, plus stricte que le cadre européen qui les autorise encore dans plusieurs pays.

Pourquoi on les réautorise quand même.

Le cas français de 2026 est un bon exemple concret et très actuel : la loi d'urgence agricole, adoptée le 20 juillet 2026 puis validée par le Conseil constitutionnel le 14 août

Le Conseil Constitutionnel déclare que la possibilité de déroger à l'interdiction de deux néonicotinoïdes est conforme à la Constitution mais assortie de deux réserves d'interprétation, réintroduit ces deux substances à titre dérogatoire, pour trois ans maximum, uniquement sur la noisette (acétamipride) et la pomme/cerise (flupyradifurone)

Les arguments avancés par ses défenseurs tiennent en trois points :

  • l'absence d'alternative efficace pour certaines cultures (la betterave sucrière face à la jaunisse virale transmise par pucerons en est le cas le plus documenté depuis l'interdiction de 2018),
  • une distorsion de concurrence puisque la France reste le seul pays européen à interdire totalement ces molécules alors que ses voisins les autorisent sous dérogation,
  • et un cadre désormais plus encadré qu'en 2025 pour répondre aux réserves du Conseil constitutionnel (limite temporelle, ciblage précis des filières, encadrement de la dispersion)

Ces dispositions répondent aux trois points de blocage soulevés par le Conseil constitutionnel : la limite temporelle de la dérogation, le ciblage des filières et la problématique de la dispersion des substances. 

Le point de friction reste que ces arguments économiques et de compétitivité n'annulent pas les données toxicologiques : le texte n'a pas été validé parce que le risque écologique a été jugé nul, mais parce que la procédure de dérogation a été jugée suffisamment encadrée au regard de la Charte de l'environnement

C'est un jugement de proportionnalité juridique, pas un verdict scientifique sur l'innocuité des molécules.

Mais pourquoi on ne fait pas sans ?

C'est là toute la difficulté : Deux rapports officiels, à quatre ans d'écart, ne concluent pas pareil. L'ANSES, en 2021, a identifié vingt-deux pistes alternatives aux néonicotinoïdes pour la betterave, dont quatre mobilisables à court terme (deux insecticides de substitution, deux pratiques agronomiques), et des études ultérieures montrent que ces deux insecticides seraient même plus efficaces que l'acétamipride. C'est cette expertise qui a servi de socle scientifique à l'interdiction de 2018. 

L'INRAE, dans un rapport remis fin octobre 2025 à la demande du ministère, nuance fortement : sur les six filières examinées (betterave, noisette, pomme, cerise, figue, navet), aucune combinaison alternative n'atteint l'efficacité des néonicotinoïdes, et le manque de solutions opérationnelles et disponibles fragilise ces filières.

La nuance technique est importante : les alternatives identifiées (biocontrôle, variétés tolérantes, prophylaxie, lâchers d'auxiliaires, plantes compagnes) fonctionnent en théorie mais exigent une approche combinatoire et une montée en compétence sur plusieurs années — elles ne remplacent pas un produit unique par un autre produit unique. 

Sur le terrain, deux cas concrets expliquent pourquoi le débat ne se referme pas :

Betterave : le ravageur réel n'est pas le puceron mais le virus de la jaunisse qu'il transmet ; les insecticides de substitution homologués (flonicamide, spirotétramate) sont soit insuffisants en cas de forte infestation comme en 2020, soit d'efficacité modérée et le second n'a plus de fabricant demandant son renouvellement depuis 2024.  Une comparaison souvent citée avec l'Allemagne, qui a conservé l'acétamipride, montre des rendements allemands supérieurs aux rendements français lors des deux années où la France en a été privée (2020 et 2024).
Noisette : le ravageur clé est le balanin (charançon perforant la coque), contre lequel les alternatives non chimiques convainquent peu ; les rendements de la filière se sont effondrés depuis l'interdiction de 2018, au point que l'INRAE évoque un risque de disparition de la filière avant que des alternatives soient opérationnelles. Chacune de ces filières est engagée dans une démarche de développement d'itinéraires de protection alternatifs, sous la pression de la réglementation et des retraits de matières actives mais avec le soutien de plans d'actions ambitieux. 

Le point sur lequel les deux camps s'accordent, en creux : personne ne dit que ces alternatives n'existeront jamais — le désaccord porte sur le calendrier (« pas encore opérationnelles à l'échelle » selon l'INRAE et les filières, contre « disponibles depuis des années si on les avait sérieusement financées » selon ANSES 2021 et les ONG). C'est un vrai clivage d'interprétation de la même littérature technique, pas un camp qui invente des données face à un camp qui les nie.

Pour comprendre les détails : Excellent site de vulgarisation : https://allo-frelons.fr/neonicotinoides-guide-complet 

 

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