21 Août 2026
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L’île de Taïwan (anciennement Formose) est un État indépendant de facto – appelé aussi république de Chine depuis 1949 ou en anglais ROC (Republic of China) – situé au large de la Chine continentale. Cependant, l'île est de jure une "province de Chine" sur laquelle la République populaire de Chine n'exerce actuellement aucun pouvoir. Par un traité de défense mutuelle entre les États-Unis et Taïwan, les forces armées américaines et taïwanaises assurent l'autonomie effective de l'île, alors que des politiciens taïwanais menacent la Chine d'une éventuelle déclaration d'indépendance. La capitale administrative est Taïpei, et la capitale officielle, Nanjing (Nankin).
L'île de 35 980 km² (à peu près la taille de la Belgique) est séparée du continent par le détroit de Taïwan et est entourée au nord par la mer de Chine orientale, par l'océan Pacifique à l'est, au sud par la mer de Chine méridionale.
Le cadre à poser d'emblée : "Taiwan devrait retourner à la Chine" est le cadrage de Pékin, pas un fait établi ni un objectif partagé par les Taïwanais eux-mêmes.
L'histoire, en bref
Taiwan n'a jamais été gouvernée par la République populaire de Chine (RPC), fondée en 1949.
L'île a été administrée par la dynastie Qing de 1683 à 1895, cédée au Japon après la guerre sino-japonaise (1895-1945), puis reprise par la République de Chine (ROC) nationaliste en 1945 (la République de Chine Tchang Kaï-chek ne doit pas être confondue avec la RPC / République Populaire de Chine de Mao).
Quand les communistes gagnent la guerre civile en 1949, Tchang Kaï-chek et le gouvernement nationaliste (Kuomintang, KMT) se replient sur Taiwan avec l'appareil d'État de la ROC — qui existe donc toujours, formellement, sur l'île.
La République Populaire de Chine (la Chine Maoiste donc) n'a jamais exercé de souveraineté effective sur Taiwan depuis sa création. C'est le nœud du problème : Pékin parle de "réunification" (retour à un ensemble déjà uni), Taipei et une bonne partie des observateurs internationaux considèrent qu'il s'agirait plutôt d'une annexion d'un territoire jamais contrôlé par la RPC.
Le Parti communiste chinois (PCC) fonde sa revendication sur plusieurs piliers :
Pékin s'appuie sur le "consensus de 1992" (le principe d'une seule Chine, chacun l'interprétant à sa façon) et propose la formule "un pays, deux systèmes" déjà appliquée — avec un succès très contesté — à Hong Kong qui n'en finit pas d'essayer de s'échapper de son encombrant tuteur.
Côté taïwanais, ce sont surtout des franges du KMT (l'opposition, plus proche de Pékin) qui portent un discours de rapprochement, sans pour autant endosser la réunification immédiate : Cheng Li-wun a précisé que la question de la « réunification » n'avait pas été abordée lors de sa rencontre avec Xi, expliquant qu'il n'existait pas actuellement les conditions pour en parler.
C'est là que le rapport de force avec l'opinion est net.
Les sondages récents à Taiwan montrent une préférence écrasante pour le statu quo plutôt que pour l'unification ou l'indépendance formelle immédiate : selon une enquête de juin 2026, 86 % des personnes interrogées soutiennent le maintien strict du statu quo géopolitique actuel.
Sur la durée, plus de 80 % des Taïwanais préfèrent fermement le statu quo, sous une forme ou une autre, une préférence restée stable dans l'ensemble de la population depuis plus d'une décennie. Le soutien franc à l'unification immédiate oscille historiquement autour de 5-10 %.
Les arguments taïwanais/occidentaux : Taiwan est une démocratie fonctionnelle depuis les années 1990 (élections libres, alternance politique, presse libre), alors que la RPC est un régime à parti unique où les libertés civiles sont fortement restreintes — l'expérience de Hong Kong depuis la loi sur la sécurité nationale de 2020 (démantèlement du pluralisme politique, arrestations d'opposants) est perçue à Taiwan comme la démonstration par l'exemple de ce que vaut la promesse "un pays, deux systèmes".
S'y ajoute une identité taïwanaise de plus en plus distincte, en particulier chez les jeunes générations, qui ne se reconnaissent pas du tout comme "chinois" au sens politique.
Le Parti démocrate progressiste (DPP), au pouvoir à Taipei, défend l'indépendance de facto sans provocation formelle.
Les États-Unis (via le Taiwan Relations Act de 1979 et une politique d'"ambiguïté stratégique"), le Japon et globalement les démocraties occidentales soutiennent le statu quo et s'opposent à tout changement par la force, sans pour autant reconnaître diplomatiquement Taiwan comme État indépendant — la plupart des pays, y compris les États-Unis, n'entretiennent pas de relations diplomatiques officielles avec Taipei pour ne pas rompre avec Pékin.
L'UE
La ligne officielle est constante depuis des décennies : politique d'une seule Chine, pas de relations diplomatiques "formelles" avec Taipei, mais opposition ferme à toute modification par la force du statu quo. Le Conseil européen l'a formalisé pour la première fois collectivement en 2023, réaffirmant qu'il « s'oppose à toute tentative unilatérale de modifier le statu quo par la force ou la coercition ». Le Parlement européen va plus loin et prend régulièrement des résolutions plus critiques envers Pékin : en juillet 2026, il a voté un texte qui « s'oppose » à la « distorsion constante » par la Chine de la résolution 2758 de l'ONU pour justifier sa revendication sur Taïwan, et « condamne fermement » les exercices militaires chinois près de l'île, appelant à rejeter tout « changement coercitif unilatéral du statu quo ». Cette résolution soutient aussi une participation accrue de Taïwan aux organisations internationales techniques (OMS, OACI). C'est une position politique du Parlement, non contraignante pour le Conseil et la Commission — d'où le décalage régulier entre les appels de Taipei à un engagement plus ferme et la prudence des exécutifs nationaux et de la Commission, qui gardent les relations "uniquement commerciales et informelles" pour ne pas rompre avec Pékin.
La France
Position constante depuis de Gaulle (1965), réaffirmée sans changement de fond jusqu'en 2025-2026 : dans le cadre de sa politique d'une seule Chine, la France reconnaît le gouvernement de la RPC comme son unique gouvernement légal, s'oppose à toute modification unilatérale du statu quo — a fortiori par la force ou la coercition — et encourage un dialogue constructif entre les deux parties pour éviter toute escalade.
Concrètement, cela se traduit par des passages réguliers de bâtiments de la Marine nationale dans le détroit de Taïwan au nom de la liberté de navigation, et par l'expression d'inquiétude officielle après chaque série d'exercices militaires chinois d'ampleur autour de l'île.
Macron avait suscité une polémique en avril 2023 en déclarant, lors d'une visite en Chine, vouloir éviter que l'Europe ne soit "entraînée" dans une crise sur un "rythme américain" ; il avait ensuite précisé que cela ne changeait rien au fond : la France est pour le statu quo et rejette toute tentative de le modifier par la force. C'est une nuance de ton (prudence vis-à-vis d'un alignement automatique sur Washington), pas un changement de doctrine.
L'ONU
Ici il faut distinguer le texte juridique et son usage politique.
La résolution 2758 de 1971 décide le rétablissement de la République populaire de Chine dans tous ses droits à l'ONU et la reconnaissance de son gouvernement comme seul représentant légitime de la Chine, expulsant les représentants de Tchang Kaï-chek du siège qu'ils occupaient.
C'est tout ce qu'elle dit : elle règle une question de représentation à l'ONU (qui siège au nom de "la Chine").
A aucun moment l'ONU ne mentionne jamais Taïwan et ne tranche pas son statut de souveraineté.
Pékin l'utilise pourtant systématiquement comme fondement juridique de sa revendication territoriale — un livre blanc chinois de 2022 affirme que la résolution 2758 est un document politique qui intègre le principe d'une seule Chine, dont l'autorité juridique ne laisse aucune place à contestation.
Cette lecture extensive est contestée par Taipei et par un nombre croissant de pays occidentaux (États-Unis, la France, l'Australie, les Pays-Bas notamment ont voté des motions parlementaires en ce sens), qui estiment que le Secrétariat de l'ONU et certaines agences (l'OMS en particulier) ont de facto adopté l'interprétation chinoise pour justifier l'exclusion de Taïwan des instances techniques, sans mandat juridique pour le faire.
En pratique, faute de siège, Taïwan n'a aucune voix directe à l'ONU et ne peut y porter sa position ; c'est un point de friction diplomatique permanent, distinct du fond de la question (à qui appartient Taïwan), sur lequel l'ONU en tant qu'organisation ne s'est jamais prononcée explicitement.
En résumé : les trois acteurs convergent sur une même ligne de fond — statu quo, refus de toute solution par la force, "politique d'une seule Chine" formelle mais sans reconnaître la souveraineté chinoise sur Taïwan de fait — tout en refusant, chacun à leur façon, de trancher la question politique elle-même. Aucun des trois ne soutient l'argumentaire de Pékin sur une "réunification inévitable", mais aucun ne soutient non plus une indépendance formelle de Taïwan.
Pékin mène une pression à plusieurs niveaux simultanés, pas une seule ligne d'action :
Côté taïwanais/occidental, la réponse s'organise autour du renforcement de la dissuasion militaire (ventes d'armes américaines, allongement du service militaire obligatoire à Taiwan, investissements massifs dans la défense), du renforcement des liens informels avec Washington, Tokyo et l'UE, et — c'est un point sensible en interne — une population qui, si elle rejette majoritairement l'unification, reste divisée sur sa volonté réelle de se battre : 54,1 % des personnes sondées ne sont pas prêtes elles-mêmes ou pour leurs familles à prendre les armes pour défendre Taïwan, un taux qui avoisine 70 % chez les 20-29 ans.
Pas de date fixe annoncée par Pékin, mais plusieurs échéances symboliques structurent l'analyse des observateurs :
Le XXIe congrès du PCC est programmé fin 2027, moment de recomposition interne du pouvoir à Pékin qui pèsera sur la ligne suivie.
Sur 2026 spécifiquement : la rencontre Xi-Cheng Li-wun d'avril a marqué la première visite d'une dirigeante du KMT en Chine continentale depuis dix ans, signe d'un dégel limité côté KMT sans avancée sur le fond ; en parallèle, la pression militaire chinoise (patrouilles, exercices) et le discours de fermeté envers les "séparatistes" se sont maintenus tout au long de l'année.
Le scénario le plus consensuel chez les analystes occidentaux et taïwanais n'est ni une invasion imminente ni une réunification pacifique proche, mais un maintien prolongé du statu quo sous tension croissante — Pékin pariant sur l'épuisement, l'isolement diplomatique progressif et l'attractivité économique plutôt que sur une opération militaire dont le coût et l'incertitude restent considérables, tout en se réservant l'option de la force si une déclaration d'indépendance formelle était proclamée à Taipei, ce que ni le DPP ni le KMT n'envisagent aujourd'hui.