Un Républicain de Guingamp
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Israël / Palestine - une solution à 2 Etats : Qu'est-ce qui bloque ?

Commençons par évoquer les différents scénarios « deux États »

Accords d'Oslo et Paramètres Clinton : toujours la référence internationale

L'expression exacte utilisée par les spécialistes est "Clinton Parameters" et renvoie précisément au document que le président Bill Clinton a présenté aux deux délégations le 23 décembre 2000, à la Maison Blanche, après l'échec du sommet de Camp David de juillet 2000.

Ce texte fixait pour la première fois, noir sur blanc et de manière relativement détaillée, les grands équilibres : environ 94-96 % de la Cisjordanie pour l'État palestinien avec échanges de territoires compensatoires pour le reste, partage de souveraineté à Jérusalem selon une logique démographique (quartiers arabes à la Palestine, quartiers juifs à Israël), formule sur l'esplanade des Mosquées/Mont du Temple, et renoncement de facto au retour massif des réfugiés en échange de compensations.

Ces paramètres ne sont pas nés de rien : ils prolongent directement la logique lancée par les accords d'Oslo de 1993 (reconnaissance mutuelle OLP-Israël, création de l'Autorité palestinienne, méthode des négociations graduelles sur le statut final) et ont ensuite été retravaillés à Taba en janvier 2001, où les délégations se sont encore rapprochées sans conclure avant le changement de gouvernement en Israël. C'est ce corpus cumulé — Oslo comme méthode et cadre, paramètres Clinton comme contenu chiffré, Taba comme dernier point de rapprochement — que la diplomatie internationale (ONU, UE, France) continue de citer comme référence de base, même vingt-cinq ans après, faute d'un texte plus récent et plus abouti négocié par les parties elles-mêmes.

Ces textes reprennent les frontières de 1967 comme base, avec

  • Échanges de territoires équivalents pour intégrer les grands blocs de colonies proches de la Ligne verte,
  • Jérusalem partagée en capitales des deux États,
  • Sécurité garantie par des dispositifs internationaux
  • Règlement du contentieux des réfugiés par compensation plutôt que retour massif.

C'est la ligne portée sans discontinuer

  • par l'ONU (résolutions 242, 338, 2334),
  • par la quasi-totalité des capitales européennes et par la France depuis Camp David puis Taba (2000-2001).
  • L'UE a formalisé sa position dès la déclaration de Venise de 1980,
  • L'UE l'a réaffirmée par ses conseils européens successifs, et la juge seule voie vers deux États démocratiques coexistant en paix à l'intérieur de frontières sûres et reconnues.

Limite structurelle : ce paramètre suppose deux partenaires capables de négocier et de faire appliquer un accord ; or côté israélien, aucun gouvernement depuis 2009 n'a repris ce cadre à son compte, et côté palestinien, l'Autorité (Fatah) contrôle la Cisjordanie mais pas Gaza.

La confédération israélo-palestinienne / "deux États, un espace"

Deux souverainetés pleines mais frontières ouvertes, libre circulation des personnes entre les deux entités, colons pouvant rester sous souveraineté palestinienne comme résidents (et symétriquement des réfugiés palestiniens rentrer en zone israélienne comme résidents), Jérusalem ville ouverte avec deux capitales imbriquées.

Portée par des think-tanks israélo-palestiniens (l'IPI - Israeli-Palestinian Initiative) et reprise récemment par des cercles américains comme une manière de contourner le casse-tête des colonies sans les démanteler.

Limite : c'est un montage juridique très sophistiqué, jamais testé, qui suppose un niveau de confiance mutuelle aujourd'hui inexistant, et qui séduit surtout des experts, pas les opinions publiques.

Le scénario régionalisation / intégration arabe

L'État palestinien naît comme pièce d'un dispositif plus large, associant les accords d'Abraham et une normalisation saoudienne, avec garanties de sécurité régionales, investissements du Golfe dans la reconstruction, et un État palestinien démilitarisé sous supervision.

C'est la logique du plan américain post-guerre de Gaza (le "pathway to statehood" conditionné à la réforme de l'Autorité palestinienne et à la démilitarisation), relayé au Conseil de sécurité via la résolution 2803, avec un rôle de garants confié à l'Égypte, au Qatar, à la Turquie et aux États-Unis.

Limite majeure, largement documentée par les analystes eux-mêmes : le texte ne dit jamais que la Palestine aura un État, seulement que les conditions pourraient un jour être réunies — ce que les Palestiniens lisent comme un droit à l'autodétermination transformé en faveur accordée par Israël, alors qu'il s'agit selon eux d'un droit et non d'un privilège.

Le scénario jordanien / option orientale

Ancienne idée (relancée périodiquement, y compris récemment par des cercles proches de la droite israélienne) consistant à rattacher tout ou partie de la Cisjordanie à la Jordanie hachémite plutôt qu'à créer un État palestinien indépendant — la "Hashemite Kingdom of Palestine".

Séduit une partie de la droite israélienne qui y voit un moyen d'éviter un État palestinien souverain adossé au Fatah ou au Hamas.

Limite : rejeté catégoriquement par la Jordanie elle-même (où les Palestiniens sont déjà majoritaires démographiquement et où ce schéma menacerait la stabilité du royaume), par l'OLP et par la quasi-totalité de la communauté internationale ; reste une position marginale, pas un scénario négocié.

Limites, soutiens et oppositions

Scénario

Points forts

Limites principales

Qui soutient

Qui s'y oppose

Oslo/Clinton

Cadre juridique international établi, précédent Taba

Aucun partenaire israélien actuel pour le porter ; colonisation a rendu la contiguïté territoriale très difficile

ONU, UE, France, Autorité palestinienne

Coalition Netanyahou et droite religieuse israélienne, Hamas (rejette la légitimité même d'Israël)

Confédération

Contourne le problème des colons sans démantèlement

Aucune expérience de mise en œuvre, exige une confiance quasi inexistante

Think tanks israélo-palestiniens, une partie de la gauche israélienne

Droite israélienne (perte de contrôle sécuritaire), droite palestinienne (dilue la souveraineté)

Intégration régionale (plan post-Gaza)

Mobilise des garanties financières et sécuritaires arabes concrètes

Statehood conditionnelle et non garantie ; aucune consultation palestinienne à sa conception

Gouvernement américain, Égypte, Qatar, Turquie, Arabie saoudite, EAU

Autorité palestinienne (méfiante sur les conditions), Hamas, Israël (sur le volet démilitarisation/retrait)

Option jordanienne

Évite la création d'un État palestinien indépendant

Rejetée par toutes les parties directement concernées

Franges de la droite israélienne

Jordanie, OLP, communauté internationale quasi unanime

 

Ce que demandent l'ONU, l'UE et la France, concrètement

L'ONU maintient sa position constante depuis 1967 :

  • non-reconnaissance de toute annexion,
  • deux États sur la base des lignes de 1967,
  • Jérusalem-Est occupée.

Le Secrétaire général répète que seule une solution avec un État palestinien pleinement indépendant, démocratique, contigu, viable et souverain aux côtés d'Israël reste viable.

L'UE a la même ligne de principe mais elle est divisée dans son application : 16 des 27 États membres reconnaissent aujourd'hui la Palestine comme État souverain, mais l'Union en tant que telle n'a jamais pu se prononcer d'une seule voix, certains membres (Allemagne, Italie, République tchèque, Hongrie) s'y refusant pour des raisons historiques ou stratégiques propres.

La France a franchi le pas de la reconnaissance en septembre 2025 tout en la conditionnant politiquement : pas de Hamas dans la gouvernance future, réforme et démilitarisation de l'Autorité palestinienne, élections générales prévues en 2026 dont le Hamas serait exclu.

Les acteurs qui ne veulent aucun des scénarios précédents

Il faut ici distinguer nettement plusieurs registres, qu'on aurait tort de fondre dans un même bloc.

L'Iran ne défend pas un « scénario à deux États » du tout : sa doctrine officielle, portée depuis 1979, est le rejet de l'existence même d'Israël, présenté comme une entité à faire disparaître plutôt qu'un État avec lequel négocier des frontières.

C'est ce logiciel idéologique qui a financé et armé le Hezbollah libanais et soutenu le Hamas comme pièces de l'« axe de la résistance ». Ce même axe est aujourd'hui très affaibli — Hezbollah et Hamas fortement dégradés militairement, régime Assad tombé — sans que cela change la doctrine de fond de Téhéran.

Le Hamas est un cas plus ambigu qu'on ne le dit souvent :

Sa charte de 1988 rejette l'existence d'Israël, mais certains de ses dirigeants ont, à plusieurs reprises depuis les années 2000, laissé entendre qu'ils pourraient accepter une trêve de longue durée (hudna) sur les lignes de 1967 sans reconnaissance formelle d'Israël — une position tactique, pas une adhésion au principe des deux États négociés.

Le mouvement a, en 2026, appelé l'Iran à ne pas cibler les pays voisins tout en revendiquant le droit de l'Iran à riposter à Israël et aux États-Unis — signe que ses intérêts et ceux de Téhéran ne sont pas totalement alignés, contrairement à l'image d'un bloc homogène.

Le Hezbollah, lui, reste constitutionnellement lié à la doctrine iranienne de non-reconnaissance d'Israël et défend le concept de résistance armée plutôt qu'un règlement négocié, même s'il a été militairement neutralisé sur une large part du sud-Liban depuis le cessez-le-feu de novembre 2024.

Il faut enfin se garder d'amalgamer ces acteurs armés et étatiques avec l'ensemble des opinions publiques arabes ou musulmanes, ou avec l'Autorité palestinienne elle-même, qui reconnaît Israël depuis Oslo et défend précisément la solution à deux États — la différence de fond entre le Fatah/l'OLP et le Hamas est justement là.

Et les autres groupes terroristes islamiques ?

Et c'est l'idée justement contre-intuitive : ces groupes ne sont pas des alliés de la cause palestinienne comme on pourrait le supposer par réflexe. Le tableau est plus fragmenté et plus révélateur que ça.

Daech / État islamique.

C'est le cas le plus surprenant : Daech méprise ouvertement le Hamas. Dans sa propagande, l'EI a explicitement "vomi" sur les Frères musulmans dont est issu le Hamas, les jugeant trop mous — un mouvement nationaliste centré sur un territoire précis, prêt à des trêves, alors que le projet de Daech est un califat transnational sans frontières.

Très peu de combattants venus de Gaza ont rejoint l'EI dans les années 2010, et l'attrait n'a jamais été réciproque.

Un document de propagande de l'EI a même expliqué pourquoi le groupe n'attaquait pas prioritairement Israël : selon ce texte, le jihad contre les "tyrans" qui gouvernent les terres d'islam — au premier chef la monarchie saoudienne — a priorité sur la guerre contre les Juifs, ces "apostats" étant jugés des infidèles plus graves encore.

Autrement dit, pour Daech, la cause palestinienne est instrumentalisée en surface, mais l'ennemi prioritaire reste les régimes arabes eux-mêmes, jugés insuffisamment islamiques. Une branche s'est toutefois installée dans le Sinaï égyptien, adossée en partie à la logistique du Hamas (tunnels, soins médicaux), sans alignement idéologique.

Al-Qaïda

Plus proche du registre classique : seule organisation majeure à avoir félicité le Hamas après le 7 octobre 2023 (l'EI est resté silencieux), elle défend une lecture religieuse plus large de la libération de la Palestine comme devoir de tout musulman, mais reste en rivalité doctrinale constante avec Daech sur la définition même du jihad.

AQMI et les groupes sahéliens (JNIM/Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, branche EI au Sahel, Boko Haram, Al-Shabaab, etc.)

Ils sont d'un tout autre registre : leurs cibles, leurs revendications et leur recrutement sont presque exclusivement locaux — renversement de gouvernements maliens, nigériens, algériens jugés impies, imposition de la charia régionale, lutte contre la présence militaire française et occidentale au Sahel.

La Palestine y figure en toile de fond idéologique très générale, dans les motifs justificatifs (griefs contre l'Occident, listés par exemple par Abou Moussab Al Souri : soutien à Israël, classification du Hamas comme terroriste, présence militaire en terre musulmane), mais ce n'est pratiquement jamais un objectif opérationnel : aucune de ces organisations n'a mené d'action dirigée contre Israël ou en soutien direct à Gaza. C'est un grief parmi d'autres dans une rhétorique anti-occidentale plus large, pas un axe de combat.

Ce que ça révèle, et qui nuance beaucoup le tableau initial. Il ne faut pas lire ces groupes comme une internationale unie derrière la cause palestinienne — c'est même l'inverse : leur rivalité mutuelle (Daech contre Al-Qaïda, Daech contre Hamas) est souvent plus vive que leur hostilité commune à Israël.

Des chercheurs interrogés sur ce sujet insistent d'ailleurs sur le risque de l'amalgame inverse — comparer le Hamas à Daech — jugé le fruit d'une campagne de communication plutôt qu'une analyse partagée par les chercheurs spécialistes des deux organisations, les différences structurelles (ancrage national contre projet transnational, ennemis et méthodes) étant jugées majeures. La Palestine sert, pour la plupart de ces groupuscules jihadistes globaux ou sahéliens, de motif rhétorique mobilisateur bien plus que de cause réellement combattue sur le terrain — ce qui distingue nettement leur posture de celle du Hamas ou du Hezbollah, eux authentiquement engagés militairement contre Israël sur un théâtre d'opération précis.

Conclusion : Les points durs, et pourquoi ils sont durs

Jérusalem

Elle reste le nœud le plus rigide : aucun gouvernement israélien n'a jamais accepté un partage de souveraineté sur la Vieille Ville et l'esplanade des Mosquées/Mont du Temple, et aucune direction palestinienne ne peut politiquement renoncer à Jérusalem-Est comme capitale sans se délégitimer face à sa propre opinion.

Les formules de « souveraineté divine » (Clinton à Camp David) ou de gestion internationale n'ont jamais convaincu ni l'un ni l'autre camp durablement.

Les colonies et la contiguïté territoriale :

Plus de 700 000 colons vivent aujourd'hui en Cisjordanie et Jérusalem-Est, ce qui rend un État palestinien géographiquement continu de plus en plus difficile à dessiner sans démantèlements massifs — politiquement explosifs en Israël — ou sans enclaves qui videraient la souveraineté palestinienne de son sens.

Les réfugiés et le droit au retour :

La Palestine ne peut, sans se renier, abandonner formellement le principe du droit au retour inscrit dans la résolution 194 ; Israël ne peut, sans mettre en cause son caractère d'État à majorité juive, accepter un retour massif. Les formules de compensation financière n'ont jamais été acceptées comme substituts complets par les Palestiniens.

La sécurité et la démilitarisation :

Israël exige un contrôle durable des frontières et du ciel palestinien, la Palestine y voit une souveraineté tronquée — c'est précisément le point sur lequel bute aujourd'hui le plan post-Gaza, entre exigence israélienne d'un désarmement « véritable » du Hamas et refus de ce dernier de désarmer sans contrepartie politique claire.

La reconnaissance mutuelle de fond :

Au-delà des textes, ni le Hamas (charte de 1988) ni l'aile dure du gouvernement israélien actuel (opposition déclarée à tout État palestinien) n'ont, sur le fond idéologique, franchi le pas que les accords d'Oslo présupposaient déjà en 1993 — ce qui rappelle que la difficulté n'est pas seulement technique ou territoriale, mais touche à la reconnaissance réciproque du droit à l'autodétermination de l'autre.

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