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Budget 2027 : la "4ème voie" de Lecornu

Sébastien Lecornu a esquissé les grandes lignes du budget 2027, alors que le PLF et le PLFSS seront examinés au Parlement à partir d'octobre, en pleine campagne présidentielle. Le Premier ministre reconnaît que cette échéance électorale imposera un budget largement réversible, susceptible d'être un simple "budget de premier semestre" retravaillé par la majorité issue des urnes.

La voie parlementaire s'annonce périlleuse : après le recours réussi au 49.3 en 2026 grâce à la non-censure des socialistes, ce chemin semble désormais fermé. LFI a déjà annoncé qu'elle censurerait en cas de nouveau 49.3, le RN n'exclut pas non plus de censurer, et au PS, Boris Vallaud comme Olivier Faure ont prévenu qu'ils ne se laisseraient pas imposer une copie budgétaire jugée trop marquée à droite. Faute d'accord, deux issues existent : la loi spéciale, dont un rapport de l'IGF a pointé les risques, ou le recours inédit aux ordonnances de l'article 47 alinéa 3, évoqué par le président de l'UDI Hervé Marseille.

Face à cette impasse, Lecornu revendique une "quatrième voie" : ni laisser filer les dépenses, ni pratiquer l'austérité, mais prioriser une cinquantaine de mesures ciblées plutôt que quelques grandes réformes impossibles à faire voter. Les dépenses de l'État progresseraient moins vite que l'inflation (hors régalien et transition écologique, avec des efforts sur l'emploi), celles des collectivités locales suivraient l'inflation, tandis que les dépenses sociales augmenteraient plus vite qu'elle.

Sur les retraites, les petites pensions seraient préservées, mais une contribution des retraités aisés est à l'étude, notamment via l'abattement fiscal de 10 % pour frais professionnels, afin de financer la branche autonomie. Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou propose de son côté d'instaurer des négociations annuelles sur l'indexation des retraites, sur le modèle des NAO salariales. RSA et minimum vieillesse resteront en revanche indexés.

Le gouvernement veut aussi redresser la branche accidents du travail-maladies professionnelles : un décret abaisserait au 1er novembre le plafond des indemnités journalières de plus de trois Smic à 1,8 Smic (270 millions d'euros d'économies attendues), et le PLFSS prévoirait la fiscalisation intégrale de ces indemnités, aujourd'hui imposées à 50 % seulement (285 millions supplémentaires). Une "règle d'or" sur le remboursement des médicaments est également annoncée, pour réserver le remboursement aux traitements apportant un progrès thérapeutique réel.

Côté fiscalité des entreprises, Lecornu plaide pour la stabilité, jugeant qu'un choc fiscal fragiliserait une croissance déjà faible et qu'il ne revient pas à un gouvernement sortant de trancher les grands choix fiscaux avant la présidentielle. Le sort de la surtaxe d'IS sur les grands groupes, renouvelée depuis 2025, reste à négocier : la reconduire à l'identique enverrait, selon lui, un mauvais signal aux investisseurs internationaux.

Enfin, l'agriculture est présentée comme le dossier prioritaire de la rentrée, la sécheresse ayant touché 90 départements avec une ampleur inédite depuis trente ans. Un plan en deux temps est prévu : un soutien d'urgence pour passer l'hiver, détaillé jeudi par la ministre Annie Genevard (indemnité de solidarité nationale, dégrèvements de taxe foncière, prise en charge de cotisations MSA, évaluation des pertes par satellite Airbus), puis un plan de relance pour 2027 visant à éviter une décapitalisation durable du cheptel et des surfaces cultivées, avec reconduction des aides au GNR et aux engrais et des négociations engagées avec la Commission européenne pour un soutien accru à l'adaptation climatique.

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