24 Août 2026

Faut-il abandonner le scrutin majoritaire à deux tours pour la proportionnelle, comme le réclament des figures aussi diverses que Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe ou François Bayrou ?
Une étude de la Fondation pour l'innovation politique revient sur le débat relancé par l'instabilité politique depuis la dissolution de juin 2024 :
L'auteur part du constat d'une crise de la représentation nationale, souvent imputée au mode de scrutin hérité de 1958. Ce système, pensé par de Gaulle pour stabiliser les institutions, avait réussi à pousser la vie politique française vers une bipolarisation quasi parfaite entre 1976 et 1981. Mais l'introduction progressive de doses de proportionnelle (européennes dès 1979, correctifs départementaux aux législatives et régionales de 1986) a permis l'émergence de forces jusque-là marginales, notamment le Rassemblement national, transformant le paysage en un système tripolaire que Bidegaray juge structurellement instable, les forces antagonistes se neutralisant au Palais-Bourbon.
Il reconnaît toutefois les défauts du scrutin majoritaire actuel : de fortes distorsions de représentation (en 1958 déjà, le Parti communiste obtenait dix fois moins de sièges que le CNI à score équivalent), aggravées par un découpage des circonscriptions calé sur la population et non les inscrits, et par une abstention proche de 50 % qui fausse le calcul des seuils d'éligibilité au détriment des petits partis.
Sur la proportionnelle elle-même, l'étude pèse le pour et le contre de façon nettement déséquilibrée. Les avantages avancés sont classiques : une représentation plus fidèle de la diversité des opinions, un vote plus libre car moins soumis à la logique du vote utile, une parité mieux garantie par l'alternance sur les listes, et un moindre poids du clientélisme local. Mais la liste des inconvénients est plus longue et plus développée. D'abord, il n'existe pas une mais des proportionnelles, dont l'effet varie selon le type de liste, la méthode de calcul des restes ou la taille des circonscriptions retenues. Ensuite, la liberté de l'électeur serait largement illusoire, celui-ci ne choisissant ni les candidats ni leur ordre sur la liste. Surtout, les coalitions se négocient après le vote, entre états-majors, privant les électeurs de toute visibilité sur le gouvernement à venir ; les petits partis charnières obtiennent un pouvoir de blocage disproportionné ; la formation des gouvernements s'en trouve ralentie, avec un risque de dérive vers l'instabilité chronique de la IVe République ; enfin, rien ne garantit que les élus respectent, une fois en poste, le mandat pour lequel ils ont été choisis.
L'étude, dans sa construction même, penche donc vers une conclusion sceptique : la proportionnelle, souvent présentée comme un remède à la crise de représentativité, comporterait des risques structurels au moins aussi sérieux que ceux du système actuel qu'elle est censée corriger.