20 Octobre 2007
Voici le texte de la dernière lettre du jeune résistant communiste Guy Môquet, fusillé par les Allemands le 22 octobre 1941 :
"Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,
Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas !
J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui, je l'escompte, sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans et demi, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.
Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, je vous embrasse de tout mon coeur d'enfant. Courage !
Votre Guy qui vous aime"
Guy Môquet, résistant communiste de 17 ans fusillé à Chateaubriant (Loire-Atlantique) par l'occupant allemand le 22 octobre 1941, a laissé une lettre à sa famille que Nicolas Sarkozy a décidé de faire lire dans tous les lycées de France.
La lettre a été lue le 16 mai, jour de la prise de fonctions du président Sarkozy, devant le monument de la Cascade du Bois de Boulogne, en hommage à d'autres résistants fusillés à cet endroit en 1944.
Fils d'un cheminot député communiste, Guy Môquet, lui-même militant des Jeunesses communistes, est arrêté le 13 octobre 1940 à Paris, gare de l'Est, lors d'une distribution clandestine de tracts.
Emprisonné à Fresnes, puis à Clairvaux, l'élève du lycée Carnot est ensuite transféré, malgré son acquittement, au camp de Châteaubriant, où il est détenu avec d'autres militants communistes.
Le 20 octobre 1941, le commandant des froces allemandes en Loire-Inférieure, Karl Hotz, est tué à Nantes par trois communistes.
Le ministre français de l'Intérieur, Pierre Pucheu, sélectionne des otages communistes "pour éviter de laisser fusiller cinquante bons Français": 18 emprisonnés à Nantes, 27 à Châteaubriant et 5 Nantais emprisonnés à Paris.
Deux jours plus tard, neuf poteaux sont dressés à la Sablière, vaste carrière à la sortie de Châteaubriant. En trois groupes, les 27 otages s'y appuient, refusent qu'on leur bande les yeux et donnent leur vie en s'écriant "vive la France". Guy Môquet est le plus jeune. Il est abattu à 16H00.
L'adolescent avait un jeune frère, Serge, 12 ans. Traumatisé par la mort de son aîné, il ne lui survécut que quelques jours.
Depuis 1946, une rue et une station du métro parisien portent son nom tout comme un lycée de Châteaubriant et de nombreux autres lieux en France.
Il est l'un des dédicataires du poème d'Aragon "La rose et le réséda": "Celui qui croyait au Ciel, Celui qui n'y croyait pas".