28 Mai 2008
La France, confrontée à un mouvement de protestation de ses pêcheurs, ulcérés par la hausse du prix du gazole, souhaite relever les limites fixées par l'UE aux aides nationales versées à la profession, a indiqué lundi son ministre de la Pêche, Michel Barnier.
Dans la cadre de la politique commune de la pêche de l'Union européenne (UE), la Commission européenne encadre strictement les aides financières que peuvent accorder les gouvernements, au nom du respect d'une saine concurrence.
En particulier, elle fixe un plafond aux aides nationales ne nécessitant pas de feu vert de Bruxelles car considérées comme ne causant pas distorsion à la concurrence.
Ces aides, appelées "de minimis" dans le jargon européen, ont déjà vu leur limite relevée l'an dernier de 3.000 à 30.000 euros sur trois ans par entreprise de pêche. Mais c'est encore jugé insuffisant par Paris dans le contexte actuel, marqué par une flambée des prix du carburant pour les chalutiers.
"Nous sommes bloqués par le système des aides d'Etat, sur le plafond des aides +de minimis+", a regretté M. Barnier devant quelques journalistes, en marge d'une réunion avec ses collègues européens de la Pêche et de l'Agriculture à Maribor, en Slovénie.
"Si l'on constate que le prix du gazole compromet l'existence même de la pêche européenne, ne faudrait-il pas poser la question du plafond de ces aides? C'est la question que je pose", a-t-il ajouté, estimant que "la politique de la pêche de l'UE n'est pas figée pour l'éternité et doit tenir compte du contexte".
M. Barnier a par ailleurs appelé de ses vœux "une évaluation pays par pays de la dépendance de la pêche européenne à l'égard du gazole".
"Le problème est européen car le prix du gazole a un effet sur l'activité de la pêche partout en Europe", a-t-il ajouté.
Il compte en discuter avec plusieurs ministres concernés en marge de la réunion en Slovénie, qui s'achève mardi soir.
Paris vient d'obtenir, après plusieurs mois de négociations, le feu vert de principe de Bruxelles à un plan d'aide au secteur de la pêche de 310 millions d'euros. Le plan se veut une réponse à la crise provoquée par la flambée des prix du gazole, qui a augmenté de 20 centimes d'euro par litre ces six derniers mois, après avoir crû dans une même proportion au cours des douze mois précédents.
La France vient aussi de débloquer une enveloppe de 40 millions d'euros pour soutenir les revenus des pêcheurs.
La volonté de Michel Barnier de mobiliser ses partenaires survient alors que le mouvement de grogne commence à gagner plusieurs pays.
Plusieurs centaines de marins-pêcheurs de Catalogne en Espagne ont entamé une grève lundi pour réclamer des aides et "soutenir" les actions de leurs collègues en France, qui ont bloqué des ports et dépôts de carburants pendant plusieurs jours et restaient partagés lundi sur l'opportunité de reprendre le travail. Une manifestation est prévue vendredi à Madrid devant le siège du ministère espagnol de la Pêche.
Au-delà du problème conjoncturel du gazole, le ministre français a réaffirmé sa volonté de discuter des moyens "de gérer mieux et de manière plus efficace" les systèmes des quotas de pêche de l'UE, régulièrement critiqués par les professionnels.
Ce débat doit être mené durant la présidence de l'UE que la France assumera pendant six mois à partir de juillet.