Un Républicain de Guingamp

Site d'information de Philippe Le Roux Ancien cadre local et national du RPR, de l'UMP et de LR Délégué de la Circonscription de Guingamp Conseiller auprès du Directeur général de l'UMP et Conseiller politique du Président de la République

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Entretien du président de la République au quotidien Le Monde

Un an après avoir lancé le processus de révision constitutionnelle, pensez-vous pouvoir faire adopter cette réforme controversée ?

Cette réforme est débattue, elle n’est pas controversée ! Il n’y a pas un responsable politique, pas un juriste, pas un journaliste, qui soit aujourd’hui partisan du statu quo. La véritable controverse aurait d’ailleurs dû avoir lieu au moment du passage du septennat au quinquennat car c’est à ce moment-là que s’est produit le vrai bouleversement institutionnel. Je n’ai pris personne en traître : j’avais annoncé durant ma campagne que je réformerais les institutions. Les mesures annoncées, à une ou deux exceptions près, figuraient toutes dans mon programme présidentiel.

 

Il n’empêche, le PS est hostile et une partie de la droite renâcle.

Pour les uns, je ne vais pas assez loin, pour les autres je vais trop loin. Ils oublient que, s’il y a une tradition gaulliste, c’est celle du changement profond, de la rupture. Et puis il y a des calculs partisans. Certains se disent : « N’offrons pas une victoire au président de la République », comme si les Constitutions ne valaient que pour celui qui les applique  au moment où elles sont votées ! Si la réforme échoue, ce sera un échec pour tout le monde, et d’abord pour la démocratie, pour le Parlement, pour les droits des citoyens. Heureusement, il y a dans les rangs du Parti socialiste quelques personnalités éclairées qui considèrent que la Constitution n’est pas simplement l’objet de leur futur congrès. Cette réforme est importante. Elle modifie quasiment la moitié des articles de la Constitution. Elle vise à faire émerger une démocratie exemplaire. Je veux dégager la pratique du pouvoir de l’esprit de clan, de secte et de « partisannerie » en donnant plus de pouvoir au Parlement, plus de possibilités de recours aux citoyens et en encadrant davantage les pouvoirs du président de la République.

 

Entre ces trois objectifs, quel est, à vos yeux, le plus important ?

Le renforcement des droits du Parlement. Lui donner la maîtrise de la moitié de son ordre du jour, c’est un progrès immense par rapport à la situation d’aujourd’hui où le pouvoir exécutif octroie chichement quelques heures de « niches » chaque mois aux parlementaires

 

Vous renforcez les pouvoirs du Parlement ou les pouvoirs de la majorité au Parlement ?

C’est extraordinaire de raisonner ainsi. La majorité d’aujourd’hui sera forcément l’opposition de demain. Acceptera-t-on un jour de me juger sur ce que je fais et non pas sur des a priori ?

 

Pour rééquilibrer les pouvoirs, certaines personnalités comme Jack Lang vous demandent des gestes supplémentaires. Notamment pour mieux garantir le temps de parole de l’opposition par rapport à celui du président.

J’y suis prêt. J’ai lu avec intérêts les suggestions de Jack Lang. Le président de l’Assemblée nationale a écrit une lettre à ce sujet, le CSA va formuler des propositions. Je prends l’engagement que des garanties seront apportées pour que l’opposition puisse répondre chaque fois que le président de la République tiendra un propos qui concerne la politique française. Les propositions de Bernard Accoyer sur les droits de l’opposition et des groupes parlementaires à l’Assemblée nationale seront mises en œuvre. Je suis pour que le seuil de constitution d’un groupe à lAssemblée soit abaissé à quinze. Je suis favorable à l’égalité du temps de parole entre majorité et opposition dans les débats, en particulier lors des questions d’actualité. Lors du vote de la loi organique, je veillerai à ce que le droit d’amendement de l’opposition soit garanti. Je souhaite que, chaque année, un certain nombre de commissions d’enquête puissent être créées à la demande de l’opposition.

 

Combien ?

Ce n’est pas à moi d’en fixer le nombre. J’annonce enfin que, pour le redécoupage électoral que le Conseil constitutionnel m’oblige à faire, l’opposition participera à la commission indépendante qui sera créée et qu’elle sera associée à la détermination du mode d’élection des députés des Français de l’étranger. J’espère que les socialistes sincères comprendront qu’il y aurait une certaine forme de ridicule à ne pas voter une réforme dont ils n’ont cessé de rêver les contours sans jamais la mettre en œuvre.

 

Vous plaidez pour une démocratie exemplaire mais votre pratique du pouvoir inquiète : depuis un an vous vous occupez de tout.

Croyez-vous qu’il soit plus respectueux de dire « j’ai été élu, je demande au gouvernement de faire ceci ou cela et de soupirer, quand ça échoue, je n’y suis pour rien » ? J’ai été élu pour cinq ans, j’assume le fait que je fixe le cap, parce que les Français m’ont accordé leur confiance, parce que j’ai fait campagne sur un projet présidentiel et que je le mets en œuvre.

 

La France ne retourne-t-elle pas au despotisme éclairé alors que les autres pays ont un régime parlementaire ?

Je rappelle qu’à la différence d’un despote, je suis élu. A la différence d’un despote, je limite le nombre de mandats successifs du Président. J’essaie ce faisant de résoudre un problème ancien de la vie politique française qui est celui de carrières infiniment longues. Tous les huit ans aux Etats-Unis on change de personnel politique. J’observe que dans les pays qui limitent la durée des mandats, les citoyens ont tendance à renouveler la confiance. Assumer ses responsabilités, dire qu’on fixe la ligne et qu’on est responsable des échecs et, peut-être, des succès, c’est être démocrate, profondément démocrate. 

Mais l’« hyperprésidence » est quand même une réalité.

Que me reproche-t-on ? Je propose de limiter le pouvoir de nomination du président de la République qui a été si souvent mis en cause, qu’il ait été du reste le fait d’un Président de gauche ou de droite. Aujourd’hui, j’ai le pouvoir de nommer en conseil des ministres sans aucune discussion. Si la réforme passe, il y aura audition obligatoire des candidats devant les commissions parlementaires. C’est du jamais-vu ! Puis possibilité d’émettre un avis négatif à la majorité des trois cinquièmes. C’est un changement considérable. Il est quand même extraordinaire, qu’un certain nombre d’hommes de gauche dénoncent les nominations claniques et refusent que ces nominations soient encadrées !

 

Pourquoi n’avez-vous pas clairement opté pour un régime présidentiel qui aurait mis face à face deux forces équilibrées : le président de la République et le parlement ?

Il aurait fallu, pour cela, supprimer le poste de premier ministre et supprimer le droit de dissolution. Or je pense que la fonction de premier ministre dans un pays de 64 millions d’habitants est utile. Le premier ministre peut soulager le président de la République dans les arbitrages entre ministres, dans la gestion des problèmes du pays et dans la dimension internationale de la fonction. Je ne crois pas au domaine réservé. J’ai été content de pouvoir compter sur François Fillon pour préparer la présidence française de l’Union européenne.

 

En même temps, on voit que François Fillon souffre beaucoup.  

François Fillon assume pleinement sa mission. En ce moment il souffre beaucoup du dos, c’est sûr, mais je ne pense pas qu’il souffre davantage dans l’exercice de sa fonction que Pompidou ou Debré sous De Gaulle ou que Mauroy sous Mitterrand. Il est normal que celui qui a été élu fixe le cap par rapport à celui qui est nommé.

 

Vous teniez aussi à conserver le droit de dissolution ?

Honnêtement je ne suis pas un fanatique de la dissolution depuis l’exemple de 1997 mais, dans certains cas de blocage, cela peut servir.

 

L’instauration aux élections régionales d’une proportionnelle à un tour avec prime majoritaire à la liste arrivée en tête a été évoquée à plusieurs reprises dans la majorité, à commencer par François Fillon lui-même. Comptez-vous modifier le mode de scrutin régional ?

Je propose de garder le mode de scrutin aux régionales, sauf si nous arrivions à trouver un consensus pour modifier les différents échelons administratifs français. Les régionales auront lieu en juin 2010 ; je pense que 2009 doit être l’occasion d’une réflexion, d’un débat et d’une concertation approfondis sur la question des communes, des communautés de communes, des départements et des régions. Soit on arrive à mener une réforme des niveaux administratifs : dans ce cas-là, il sera légitime d’avoir une réforme des modes de scrutin. Soit on n’y arrive pas : dans ce cas-là, il ne sera pas légitime de les réformer. La question des modes de scrutin sera fonction de ce qu’on aura réussi ou non à faire.

 

Et pour les élections européennes ?

Ce n’est pas raisonnable. On ne sait même pas comment les européennes se passeront : est-ce que ce sera selon les modalités du traité de Nice ou celles du traité de Lisbonne ? On ne connaît pas le nombre de députés que nous aurons. Lancer une réforme du mode de scrutin serait ridicule. Je vous confirme que le mode de scrutin pour les européennes ne changera pas.

 

Trouvez-vous normal que les sénateurs verrouillent la composition de leur collège électoral ?

Si les socialistes avaient voulu faire une réforme, il ne fallait pas qu’ils se gênent pour la faire. Ils ont eu deux septennats de François Mitterrand et cinq ans avec Lionel Jospin. Je ne comprends pas comment des gens qui ont été aussi longtemps au pouvoir durant ces trente dernières années n’ont rien réformé sur ce point.

 

Parce qu’une réforme du Sénat ne peut se faire sans l’accord du Sénat lui-même, où la droite est demeurée majoritaire sans interruption.

En effet ! Une réforme de la Constitution a aussi besoin de l’accord de l’opposition. Cela ne m’empêche pas de la proposer. Chacun sait que j’aurais souhaité aller un peu plus loin sur la réforme du Sénat. Cela n’a pas été possible, mais il y a des sénateurs ouverts à l’idée d’une réforme – je pense au sénateur Henri de Raincourt – et je sais qu’il envisage de présenter la proposition de loi qu’il avait déjà déposée en 1999 sur le collège électoral. Cela me paraît être une proposition raisonnable.

 

Vous avez accordé aux centristes le fait que le pluralisme soit « garanti » par la Constitution. Comptez-vous introduire une dose de proportionnelle dans une future loi électorale ?

Je n’ai pas « accordé » aux centristes : cela s’est fait dans un dialogue républicain. Qui peut nier que le pluralisme existe. La réalité est que la proportionnelle occupe déjà une grande place dans nos modes de scrutin. Les régionales sont à la proportionnelle, les municipales sont à la proportionnelle et il n’y a 52% sénateurs élus à la proportionnelle.

 Ne maltraitez-vous pas un peu trop les corps intermédiaires ?

Un des problèmes de la France a longtemps résidé dans la rigidité de ses corps intermédiaires. Mais jamais les discussions avec les syndicats n’ont été aussi fructueuses. Jamais un président n’a autant vu les syndicalistes. Je ne les bouscule pas. Quand je dis qu’on peut faire grève sans paralyser le pays, c’est la vérité. Quand un syndicaliste de SUD me dit « vous reculerez » sur les régimes spéciaux et que je ne recule pas, c’est la vérité. J’ai toujours contesté l’idée d’une fragilité de la France. Ce qui met en cause la démocratie française, c’est l’immobilisme, cet immobilisme qui conduit les gens au désespoir. Les Français ne me demandent pas de réussir tout, ils nous demandent d’essayer. Je me reconnais dans la volonté de réforme de François Mitterrand entre 1981 à 1983 même si je n’étais pas d’accord avec sa politique.

 

Après un an de mandat, allez-vous ralentir le rythme ?

En aucun cas. La question est plutôt d’accélérer, par exemple sur la recherche. Le ralentissement de l’économie ne fait que renforcer la nécessité de lancer de nouvelles réformes. Je récuse les plans de rigueur, pour une raison qui n’a rien d’idéologique : cela ne sert à rien. En revanche, la réduction des effectifs dans la fonction publique est un objectif central et incontournable : parce qu’il faut moderniser les administrations et parce que cela représente les deux tiers des dépenses du budget de l’Etat avec les retraites.

 

Avec les militaires, n’y êtes-vous allé un peu fort, notamment lorsque vous avez traité le chef d’état major de l’armée de terre d’incapable ?

Jamais je n’ai dit cela. C’est un mensonge. Pour le reste, je n’étais pas content après la tragédie de Carcassonne, c’est vrai. On le serait à moins. Je suis le chef des armées. Il est normal que je prenne des décisions quand il y a des dysfonctionnements. On annonçait un 14 juillet explosif, on allait voir ce qu’on allait voir. J’ai descendu les Champs-Elysées devant des dizaines de milliers de Français, j’ai vu passer des milliers de militaires, j’ai eu des centaines de contacts : le décalage entre la vie réelle et la vie décrite par certains est sans doute un problème.

 Allez-vous changer vos équipes ?

On est en présidence européenne, les ministres connaissent leurs dossiers, ce serait une légèreté que de changer d’équipe mais, à mi-quinquennat, il faudra se poser la question.

 Allez-vous déléguer davantage ?

Déléguer quoi ? La présidence de l’Union européenne ne se délègue pas, même si nous nous sommes partagés les voyages en Europe avec François Fillon. La présidence de l’union pour la méditerranée non plus, même si j’ai appelé Jean-Louis Borloo, lundi, pour lui dire de reprendre le dossier de dépollution de la méditerranée. Déléguer la présidence de la République ? Oui, j’ai vu les parlementaires hier, mais ne croyez pas que ce soit la marque d’un tempérament hyperactif. Les réformes se tiennent, tout est dans tout, la méthode importe autant que le fond. Il y a une logique, une cohérence.

 

Vous auriez pu choisir d’être mendésiste, de vous concentrer sur quelques priorités

En 1954, il n’y avait pas les médias et la mondialisation. Le grand sujet de préoccupation, c’était la décolonisation. En sept mois et quatre jours, Pierre Mendès France a réussi quelque chose de fantastique. Je me sens mendésiste dans l’idée que faire n’est pas forcément durer. Mais, aujourd’hui, tous les dossiers sont liés. Vous ne pouvez pas réformer la recherche sans l’université, l’université sans la formation professionnelle, la formation professionnelle sans le droit du travail. C’est ce qui rend passionnant ce travail, et je le fais avec passion.

 

Comment affirmer à la fois que les nominations vont être encadrées et que vous allez nommer vous-même le président de France Télévisions ?

J’ai dit qu’il n’était pas anormal que le président de la République nomme le président d’une entreprise propriété de l’Etat à 100%. Avec deux verrous : un avis conforme du CSA et celui des commissions du Parlement. Où est le trouble ? Il faut bien que quelqu’un propose un nom. En vingt ans, il y a eu sept présidents de France Télévisions. Le système ne devait pas marcher si bien. Cela fait vingt ans que la gauche dit qu’il ne faut pas de publicité sur France Télévisions. Ce n’est pas une invention de ma part. Quand je dis : il faut davantage d’Europe, d’environnement, de sciences sur les chaînes du service public, je ne mets pas en cause la démocratie !

 

Vous êtes l’un des présidents de la République qui intervient le plus dans la réorganisation des médias …

C’est faux. Je proposerai à l’automne des états généraux de la presse écrite mais c’est vous qui me le demandez. Parce que les journaux ont de moins en moins de lecteurs, de moins en moins de publicité, de plus en plus de difficultés à vivre. Il est important pour la démocratie d’avoir des médias qui puissent continuer à prospérer. Nous avons les journaux les moins bien diffusés du monde. Si ce n’est pas un problème, dites le moi !

La suppression de la publicité va avantager avant tout TF1.
Le problème de la France, c’est que nous n’avons pas de groupes de communication français de dimension internationale. Je le dis aux journalistes du Monde. Vous avez essayé de créer un groupe et, pour vous désendetter, vous avez vendu les uns après les autres ce que vous aviez acquis et vous êtes aujourd’hui toujours en déficit. Regardez la situation telle qu’elle est. Le grand groupe de communication français Lagardère n’a pas de télévision, et le grand groupe de télévision français Bouygues n’a pas de presse. Quant au groupe de télévision Canal+, il n’est présent qu’en France. Et vous êtes confrontés à Murdoch et à des géants de cette nature. N’est-ce pas de la responsabilité du président de la République que d’essayer de construire un modèle économique qui permettra à des grands groupes français d’être indépendants ? Il faut créer les conditions d’un modèle économique viable. 

Le problème en France n’est-il pas que le président ait besoin de gérer un secteur qui, par nature, est un contrepouvoir ?

Je conteste l’idée de « contre » pouvoir : les médias sont un pouvoir qui ne vit pas seulement dans la confrontation. Le président de la République n’est pas illégitime à développer la filière nucléaire française. Il n’est pas illégitime à sauver la sidérurgie française. Il n’est pas davantage illégitime à vouloir favoriser l’émergence de groupes de communication forts. La presse est un secteur économique, une industrie stratégique qui mérite d’être développée au même titre que la santé, les transports, l’environnement. Je veux changer la donne pour que ces groupes puissent vivre. Si vous ne pouvez être viable économiquement c’est la démocratie qui en pâtira.

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