20 Janvier 2022
A quelques jours de l'ouverture des JO d'hiver de Pékin, l'Assemblée nationale a adopté, jeudi 20 janvier, une résolution dénonçant le génocide des Ouïghours (communauté turcophone musulmane de la province chinoise du Xinjiang (nord-ouest)) par la Chine. Même s'il n'a pas de portée contraignante, le texte a été défendu à la tribune par le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, dans le cadre d'une journée réservée au groupe socialiste. Il a reçu le soutien des députés LR et LREM et a été adopté à la quasi-unanimité (169 votes pour, un contre et cinq abstentions).
C’est bien sur le mot génocide qu’a porté une partie des débats et les interventions des députés. «Un mot qui fait l’histoire», dit le député socialiste Alain David, porteur de la résolution. «Il est temps de sortir du silence pour mettre un mot sur des maux», a souligné Constance Le Grip pour les Républicains.
L'Assemblée "reconnaît officiellement les violences perpétrées par les autorités de la République populaire de Chine à l'encontre des Ouïghours comme constitutives de crimes contre l'humanité et d'un génocide", et les "condamne". Elle "invite le gouvernement français" à faire de même et à adopter "les mesures nécessaires auprès de la communauté internationale et dans sa politique étrangère à l'égard de la République populaire de Chine" pour faire cesser cette situation.
Franck Riester, le ministre chargé du Commerce extérieur, a évoqué des "violences systématiques" et des "témoignages accablants", même s'il a fait valoir que la qualification formelle de "génocide" relevait d'instances internationales (comme le Tribunal Pénal International ou l'ONU), mais pas du gouvernement. Il a toutefois assuré que le sort de cette communauté était "évoqué au plus haut niveau" lors des entretiens avec les officiels chinois et rappelé qu'elle avait été évoquée la veille dans l'intervention du président Emmanuel Macron devant le Parlement européen.
En appelant à «briser le silence», les députés ont rappelé comment les Ouïghours, mais aussi d’autres minorités turciques de la région (Kazakhs, Kirghizes, Ouzbeks et Tatars) faisaient face à un «anéantissement» total. On été listés les sévices subis par ces populations dont on estime de 2 à 3 millions le nombre de membres internés dans des camps : «Stérilisation forcée, viols, chocs électriques vaginaux, prélèvements forcés d’organes, séparations des familles, séances de tortures systématisées, etc.» Des crimes également détaillés par Cédric Villani (Groupe Ecologie Démocratie Solidarité) qui a rappelé que la «vérité [était] simplement atroce» et que les «faits couvraient toutes les catégories de la convention de 1948 sur le génocide».
Olivier Faure a dénoncé à la tribune "la machine implacable qui vise à l'éradication culturelle et biologique d'un peuple", et aussi fustigé les grandes entreprises et marques occidentales "qui continuent à utiliser le travail forcé" de cette .
Des organisations de défense des droits de l'Homme accusent la Chine d'avoir notamment enfermé plus d'un million de musulmans dans des camps de rééducation politique. Les Ouïghours sont particulièrement visés après une série d'attentats attribués à des islamistes et des séparatistes. Pékin affirme que les camps sont en fait des centres de formation professionnelle destinés à les éloigner de la radicalisation.
Les députés communistes et La France Insoumise ont refusé de voter en faveur de cette résolution, considérant que la qualification des faits n'était pas pas suffisamment documentée d'un point de vue scientifique ; Jean-Paul Lecoq du Parti communiste a refusé de suivre les autres groupes parlementaires : «La désignation d’un génocide n’appartient pas au législateur», a déclaré l’élu de Seine-Maritime en fustigeant d’une manière embrouillée une «concurrence mémorielle malsaine». Il a rejeté une logique faite de «confusion» et de naïveté faisant de «la Chine un État sanguinaire» (sic)