28 Septembre 2008
Face à la crise du secteur de la pêche dans l'UE, des voix s'élèvent pour proposer qu'on responsabilise les professionnels en leur attribuant des droits de capture monnayables sur le marché. Un système en vigueur ailleurs dans le monde mais qui reste critiqué.
Cette question figurera au menu d'une réunion lundi à Bruxelles des ministres de la Pêche de l'Union européenne, qui aujourd'hui privilégient une gestion collective et administrée.
Chaque année, les Etats membres se répartissent entre eux à l'issue de tractations houleuses des quotas de capture par espèce et zone maritime. Ils sont ensuite transmis à des organisations collectives de pêche qui se chargent de les distribuer à leurs bateaux, selon des critères historiques.
D'autres pays fonctionnent différemment. La Norvège, l'Islande, la Nouvelle-Zélande ou l'Australie ont mis en place un système de "quota individuel transférable". Au sein de l'UE, le Danemark et les Pays-Bas l'expérimentent.
Des droits quantitatifs de capture sont attribués une fois pour toutes à chaque pêcheur et deviennent ensuite négociables sur un marché. Les pouvoirs publics n'interviennent plus.
Avantage? Le système pousse les professionnels à prendre soin de la ressource halieutique pour pouvoir revendre un jour leur quota au meilleur prix possible. Si le poisson disparaît, le fonds de commerce perd toute valeur.
Selon une toute récente étude publiée par la revue Science, ce système a permis, là où il est en vigueur, de mieux lutter contre l'effondrement des stocks de poissons.
Le système administré et annuel de quotas choisi par l'UE ne fournirait lui aux pêcheurs aucune incitation à préserver l'espèce et entraînerait des abus.
Les droits transférables "font appel à l'intérêt (financier) personnel et direct des pêcheurs, ce qui est humain. Ils veulent voir revenir chaque année le poisson" pour faire fructifier leur droit, en cas de revente, souligne Aaron Mc Loughlin, spécialiste des questions de pêche au Fonds mondial pour la nature.
Problème? "Cela conduit à une consolidation du secteur" sur quelques grandes entreprises, les plus rentables, dit-il. Les petits pêcheurs artisanaux sont tentés, passés la cinquantaine, de vendre leur quota au plus offrant.
"Cela constitue une très bonne caisse de retraite" avec des montants atteignant parfois une dizaine de millions d'euros, et le développement d'un véritable marché, avec ses courtiers professionnels, dit-il.
La France, qui préside l'UE, penche pour une option intermédiaire afin d'éviter une trop forte concentration de la pêche: des droits individuels mais qui resteraient attribués par l'Etat et ne seraient donc pas monnayables. Ce système existe déjà pour le thon rouge en Méditerranée. D'autres expérimentations pourraient suivre.