Un Républicain de Guingamp
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Mme Bachelot : "Je veux préserver l'hôpital de proximité"

Bernardo :  A combien de kilomètres de chez lui – en moyenne – un Français est-il et sera-t-il hospitalisé ? 
Roselyne Bachelot : Tout dépend de la sévérité de son opération, de l'intervention ou du traitement qui justifie son hospitalisation. Par exemple, j'ai pris l'engagement qu'aucun Français ne sera à plus de 20 minutes d'un service d'urgence. Et c'est toute la justification de l'hôpital de proximité que je veux préserver.  

RACHID : En quoi le fait de regrouper des hôpitaux sans qu'aucun ne ferme va-t-il générer des économies ?  
Roselyne Bachelot : Le but de la création de communautés hospitalières de territoire n'est pas d'abord de générer des économies, mais d'assurer une meilleure qualité des soins. A l'hôpital de proximité, l'urgence, les soins courants, les soins post-aigus, comme la gériatrie, les soins de suite et de réadaptation. 
A l'hôpital de deuxième niveau, les plateaux techniques : on sait que pour assurer une chirurgie de qualité, un service doit mutualiser les compétences d'une centaine de personnes.  
Enfin, le troisième niveau où s'exercent l'enseignement, la recherche, les soins de pointe est en général assuré par les CHU. Mais des mutualisations doivent s'exercer entre ces trois niveaux à travers les futures communautés hospitalières de territoire, systèmes d'information, logistique, personnels.  
Bien entendu, cela pourra générer des économies. Les systèmes d'information, par exemple, permettront de ne pas multiplier les examens et de faire des échanges d'expertise entre les établissements amenés à prendre en charge un malade.  
Si vous êtes opéré sur un plateau technique de pointe et que vous suivez votre réadaptation dans votre hôpital de proximité, les techniques déployées dans la communauté hospitalière de territoire éviteront la répétition d'examens parfois douloureux et d'analyses inutiles et coûteuses. On peut mieux gérer et mieux soigner.  

Lionel : Pourquoi permettre aux médecins, dont la plupart sont riches, le droit de pratiquer des dépassements d'honoraires alors que les classes moyennes sont de plus en plus fauchées ?  
Roselyne Bachelot : L'autorisation de dépassement d'honoraires est accordée à certains médecins en fonction de qualifications ou de capacités d'expertise. La grande majorité des médecins est en secteur I, là où ils doivent exercer à tarifs de la Sécurité sociale.  
Chaque malade doit avoir accès à l'information qui lui indiquera où trouver au plus près de chez lui un praticien qui exerce au tarif de la Sécurité sociale.  
Dans chaque caisse primaire d'assurance-maladie, cette information est disponible. De plus, les médecins qui pratiquent des dépassements d'honoraires doivent le signaler à leur patient dans la salle d'attente. Si l'acte qui comporte un dépassement d'honoraires dépasse 70 euros, il doit faire l'objet d'une information écrite préalable remise au patient et un certain nombre de sanctions sont applicables aux médecins qui ne respectent pas ces obligations.  

Utilisateur7 : Que pensez-vous de l'exercice privé d'une activité médicale en milieu hospitalier public ?  
Roselyne Bachelot : Cette possibilité a été autorisée pour certains praticiens hospitaliers universitaires pour garantir l'attractivité de notre hôpital public. Ces médecins peuvent donc consacrer 20 % de leur activité à une activité privée.  
Un récent décret du Conseil d'Etat a indiqué que la redevance qu'ils devaient dans ce cadre à l'hôpital où ils exercent leur activité devait être assise sur les honoraires réellement versés, et non sur le tarif remboursable par la Sécurité sociale. C'est une mesure de justice que je m'attache à faire appliquer.  
Bien entendu, la notion de tact et de mesure doit plus que jamais s'appliquer puisqu'il s'agit d'une activité exercée dans le cadre de l'hôpital public.  

Baodai : La fonction de praticien hospitalier devient de moins en moins attractive (casse du statut, réduction sensible du niveau des retraites, ...). Trouvera-t-on encore dans l'avenir des médecins pour exercer cette fonction et prendre en charge les patients dans un secteur public ?  
Roselyne Bachelot : Je suis très attachée à la sauvegarde du statut des praticiens hospitaliers. C'est d'ailleurs le sens des propositions que j'ai faites aux quatre organisations représentatives des praticiens hospitaliers pour sauvegarder leur système de retraite.  
Ce système de retraite était menacé de grandes difficultés, et nous avons proposé d'apporter 180 millions d'euros à l'Ircantec pour le préserver au-delà de 2040.  
Certains praticiens hospitaliers souhaiteraient pouvoir bénéficier d'autres modes de rémunération et de statut dans le cadre de l'hôpital public et voir mieux rémunérer certaines prises de responsabilités ou certains modes de participation à la vie de l'hôpital public.  
J'ouvre cette possibilité dans le cadre de la loi "Hôpital, patients, santé, territoire".  

Ludovic : Pouvez-vous nous assurer qu'il n'y aura pas une "fuite" des actes de chirurgie les plus simples vers le privé, le public gardant les actes les plus complexes et les plus onéreux ?  
Roselyne Bachelot : C'est une vision caricaturale, car la réalité, c'est que le partage entre actes de haute technologie ou difficiles ne se fait pas de cette façon, et bien souvent l'hôpital privé peut exercer des activités de pointe, nous en avons de nombreux exemples.  
Pour autant, dans le cadre du financement à la tarification à l'activité, j'ai souhaité que celle-ci soit modulée selon la sévérité des cas rencontrés. Et lors de la prochaine campagne tarifaire, qui s'ouvrira le 1er mars 2009, les établissements qui accueillent les cas les plus graves verront donc une augmentation de leur financement.  
Il est à signaler que j'introduirai également un coefficient de précarité car il est reconnu que les patients les plus démunis nécessitent une prise en charge plus longue et plus coûteuse.  

cedric44 : Les personnes atteintes de troubles mentaux pourront-elles être soignées près de chez elle ? De quelle manière comptez-vous organiser la réponse à cette demande ?  
Roselyne Bachelot :  La psychiatrie française est un secteur qui mobilise des moyens très importants : 73 000 lits et places, 63 000 infirmiers, près de 14 000 médecins. Il est notoire que nous avons le système psychiatrique qui mobilise le plus de moyens humains et matériels en Europe.  
Ce secteur psychiatrique a évidemment besoin de se réhabiliter et de progresser. C'est ainsi que le plan Psychiatrie santé mentale qui se termine à la fin de 2008 a permis la réhabilitation de 342 structures hospitalières, l'embauche de 2 018 personnels supplémentaires, dont 250 médecins, 228 psychologues, plus d'un millier d'infirmiers.  
Ces réhabilitations se sont structurées autour d'axes forts : la psychiatrie infanto-juvénile, la prévention du suicide, la prise en charge de la précarité avec 92 équipes mobiles spécialisées en précarité, et la prise en charge médico-sociale avec 1 200 places en établissements médico-sociaux spécialisés.  
Ce n'est donc pas de moyens supplémentaires que la psychiatrie française a besoin, mais d'une optimisation de ses moyens.  
C'est la raison pour laquelle j'ai confié à M. Edouard Couty le 7 juillet dernier une mission chargée de me faire des propositions pour réussir cette optimisation.  

Jacqueline : Je ne comprends pas pourquoi le ministère de la santé oblige les médicaments génériques soi-disant pour faire des économies. Mais une boîte de Spasfon générique coûte 2,13 euros et une boîte de Spasfon de marque 2,13 euros. Aucune différence de prix ! Alors pourquoi obliger les gens à acheter des génériques ? Il y a un mensonge là-dessous !  
Roselyne Bachelot : Dans un système de solidarité, il est bien normal que la recherche de l'efficience d'un produit de santé se fasse au meilleur coût pour la collectivité.  
C'est la raison d'être du générique, c'est une stratégie gagnant-gagnant puisqu'à terme, ce qu'il est convenu d'appeler le produit "princeps" voit son prix s'aligner sur les génériques.  

Corinne Souciet : Les mesures pour remédier à la désertification sont insuffisantes dans le projet présenté à l'Assemblée. Sont-ce les étudiants qui décident de l'avenir de la santé des Français ou l'Etat ?   
Roselyne Bachelot : Le débat de fond sous-tendu par votre question est : faut-il obliger les médecins à s'installer dans les zones désertifiées ? J'ai fait le pari de la liberté et de la responsabilité. 
Le défi est une obligation de résultats. Pour cela, la loi HPST propose plusieurs pistes. Par la création des agences régionales de santé, une carte sera établie au niveau régional, instituant un schéma régional d'organisation des soins ambulatoires fixant avec précision les territoires de santé menacés par la désertification.
Ces territoires pourront élaborer un projet de santé, projet élaboré avec les professionnels, les élus, les associations de malades. L'agence de santé se comportera comme un guichet unique attribuant les aides à l'installation des médecins sur ces territoires. L'agence portera des aides permettant d'instituer des maisons médicales pluridisciplinaires. C'est également l'agence qui, avec les professionnels de santé, sera responsable de la permanence des soins (tableau des gardes).  
Mais il convient également de rendre plus attractive la carrière de médecin généraliste, professionnel majeur des soins ambulatoires. C'est le sens de la rénovation de la filière universitaire de médecine générale.  
J'ai également augmenté le nombre d'étudiants admis au concours de première année de médecine, et j'ai veillé à ce que cette augmentation favorise les facultés situées dans les zones les plus défavorisées, car nous savons bien que 70 % des jeunes médecins s'installent dans les secteurs où ils ont fait leurs études.  

Didier_1 : Que pensez-vous de la délégation de tâches telles que la vaccination, la délivrance de certificats médicaux, à des professionnels de santé autres que les médecins. En effet, ces derniers sont bien souvent surchargés de telles tâches qui les empêchent d'accorder de leur temps aux patients ?  
Roselyne Bachelot : Dans un contexte de démographie médicale déclinante, libérer du temps médical est une priorité.  
De plus, des professionnels de santé très qualifiés souhaitent voir valoriser leurs capacités professionnelles.  
Je souhaite que le partage des compétences, encore appelé délégation de tâches, puisse s'exercer dans une démarche qui part du terrain.  
L'agence régionale de santé sera d'ailleurs un outil très utile pour l'incitation et l'évaluation de ces pratiques.
J'ai moi-même ouvert la voie en ce qui concerne la vaccination antigrippale, où j'ai autorisé le renouvellement de la vaccination antigrippale aux infirmiers et infirmières.  

Geronimo : L'infirmière hospitalière est un professionnel qui n'est pas reconnue et rémunérée à la hauteur de ses compétences et de ses responsabilités. Quand le diplôme d'Etat sera-t-il reconnu licence et donc rémunéré bac +3 et non pas bac +2 !  
Roselyne Bachelot : C'est un des chantiers majeurs de revalorisation des carrières hospitalières que de voir valoriser ces métiers dans le cadre de la procédure LMD.  
Il est à signaler que cela ne concerne pas seulement les infirmières, mais l'ensemble des métiers paramédicaux et de certaines professions médicales comme la profession de sage-femme.  
Le travail a commencé avec les huit syndicats représentatifs de la fonction publique hospitalière et les organisations de professionnels exerçant en secteur libéral.  
Une mission d'inspection a été confiée à l'Inspection des affaires sociales et de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur. C'est un processus complexe, car les professionnels sont très attachés à conserver l'aspect professionnalisant de leur formation. Mais nous avançons ensemble, et je suis résolue à permettre la validation du diplôme d'infirmier au niveau licence. 

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