14 Novembre 2008
Ce n'est pas encore la révolution mais c'est déjà un frémissement, un léger mieux, la preuve qu'il n'y a pas de fatalité. Dans son rapport 2008 que nous nous sommes procuré, l'Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus), organisme public, note une « embellie » de la réussite scolaire dans les 751 quartiers populaires. Même si l'échec y est encore largement supérieur à la moyenne nationale, la banlieue s'est bel et bien lancée dans une longue séance de rattrapage : le taux de réussite au brevet a augmenté en 2007 de 4,1 points, soit une amélioration plus rapide qu'ailleurs. La proportion d'élèves en retard de deux ans ou plus en sixième continue de diminuer plus nettement dans ces territoires en difficulté. Au baccalauréat, les candidats des cités des séries ES et STI progressent eux aussi davantage que leurs camarades des "beaux quartiers ".
Les fruits des politiques d'éducation prioritaire. "Au-delà de l'écume des jours, il y a un courant profond de l'éducation prioritaire qui avance, un bon vent qui souffle et qui ne doit pas être masqué par les faits de violence", insiste Jean-Michel Blanquer, recteur de l'académie de Créteil. Selon lui, le label Ambition réussite, lancé en 2006 et offrant à 254 collèges sensibles de l'Hexagone davantage de moyens, contribue à l'évolution positive des résultats. Pour Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la Ville, il faut s'attendre à une "accélération de la progression" car les politiques initiées depuis un an en faveur des quartiers - et non prises en compte dans le rapport - vont porter leurs fruits, à l'image de l'accompagnement éducatif ("l'école après l'école"). Bruno Mer, l'un des responsables du Snes, syndicat majoritaire des profs dans le secondaire, ne partage pas cet optimisme. "Attendons de voir si cette tendance se confirme ! Moi, en tout cas, je constate que les moyens ne sont pas là et que les quartiers s'enfoncent inexorablement dans la pauvreté."
Un changement des mentalités. Fini le temps où le petit génie des barres HLM était obligé de raser les murs par peur de passer pour un "bouffon". La réussite par l'école, détrônant celle par le sport ou le rap, est désormais ancrée dans les moeurs. "L'excellence et l'ascension sociale sont davantage crédibles », applaudit le recteur Jean-Michel Blanquer.
Les élèves méritants honorés. De plus en plus d'établissements en banlieue organisent des cérémonies de remise de diplômes (brevet et bac) afin de valoriser les bons élèves et donc de les stimuler. "A chaque fois, c'est un grand succès", se félicite Jean-Michel Blanquer. "Je suis très favorable à ces rituels car nos jeunes manquent de reconnaissance", estime Fadela Amara. Selon elle, il faut désormais encourager "l'investissement des parents" dans la scolarité de leurs enfants et renforcer leur rôle au sein des établissements en leur dédiant systématiquement une salle.
Les portes de l'excellence se sont ouvertes. Les grandes écoles, celles qui forment l'élite de la nation, à l'instar de Sciences-po, HEC, l'Essec, Polytechnique, ou le lycée Henri-IV, ont multiplié ces dernières années les conventions avec les lycées de banlieue afin de diversifier leur recrutement. Une saine émulation est ainsi née. "Cela casse le ghetto mental qui existait dans la tête des jeunes, décrit Fadela Amara. Nos écoliers ont désormais la conviction que tout est possible.'