6 Août 2009
Face à la prolifération des algues vertes qu'il faut ramasser, un casse-tête qui empoisonne le quotidien des maires et grève le budget des collectivités bretonnes depuis près de 40 ans, les élus impuissants sont en première ligne.
Malgré les coûteux programmes nationaux et régionaux de lutte contre ces "marées vertes", renouvelés chaque année et payés par le contribuable, le phénomène ne cesse de progresser: "début août, nous en sommes déjà arrivés à la même quantité d'algues ramassées que pour l'année dernière dans sa totalité (fin octobre)", témoigne le maire de Hillion, au fond de la baie de Saint-Brieuc.
"Notre maximum d'algues ramassées était de 21.000 tonnes il y a 2 ou 3 ans. Mais cette année, on va pulvériser les records", renchérit René Ropartz, maire de Saint-Michel-en-Grève.
Pour les seules plages de Hillion, le coût du ramassage s'est élevé à 500.000 EUR en 2008, dont 100.000 euros supportés par la commune et le reste par le conseil général des Côtes d'Armor.
Conséquence des nitrates rejetés par l'agriculture intensive, les algues vertes se développent au printemps et en été, quand les eaux du littoral se réchauffent et que la lumière est plus importante. Chaque année, elles gagnent de nouveaux territoires: ces dernières semaines, les secteurs de Piriac et Pornichet (Loire-Atlantique).
Ces algues affectionnent les vastes espaces maritimes peu profonds et à faible renouvellement d'eau, des grandes baies bretonnes aux lagunes italiennes de l'Adriatique. Jusqu'à présent, elles constituaient surtout un préjudice visuel et olfactif pour des communes littorales.
Les choses ont pris une tournure plus dramatique la semaine dernière avec la mort fulgurante d'un cheval et le sauvetage in extremis de son cavalier à Saint-Michel-en-Grève. Venant après plusieurs autres incidents de même nature, les algues vertes sont désormais soupçonnées de constituer un danger pour la santé publique.
"Jusqu'à présent, ça ne nous posait pas de souci majeur, hormis le ramassage et son coût. Maintenant, la sécurité des personnes et des animaux est en cause", estime le maire de Tredrez-Locquémeau.
Du coup, l'élu a pris cette semaine un arrêté d'interdiction de circulation sur une portion de 200 mètres du littoral de sa commune, un secteur difficilement accessible au ramassage et où les algues finissent par s'accumuler. Car le danger ne vient pas des algues vives mais des amas d'algues en décomposition dont se dégagent, quand ils sont remués, des émanations d'hydrogène sulfuré, un poison brutal à l'origine d'accidents dans des fosses à vidange ou à lisier.
Les élus sont en première ligne: Le code des communes précise que "le rivage de la mer jusqu'à la limite des eaux" est sous la responsabilité des maires. Or les algues vertes, "c'est tout le problème de l'agriculture. Ca dépasse le simple territoire et les compétences des élus locaux.
"C'est un problème qui nous empoisonne. Je fais tout pour qu'on s'en sorte, mais le rapport de force n'est pas en notre faveur. On a écrit à tout le monde", se désole M. Ropartz.
Le seul soutien aux élus vient des associations de défense de l'environnement, qui ont appelé à une manifestation dimanche à Saint-Michel en Grève.