12 Avril 2010
Le corps du président Lech Kaczynski, tué samedi dans l’accident de son Tupolev en Russie, a été rapatrié hier à Varsovie. Ses compatriotes lui ont rendu hommage.
Il aura fallu deux heures à la dépouille mortelle de Lech Kaczynski pour franchir les 10 km qui séparent l’aéroport du palais présidentiel, en plein centre de Varsovie. Le plus impressionnant, dans ce dernier voyage d’une intense lenteur, c’est le silence. Presque absolu.
Ils sont des dizaines de millier massés des deux côtés de l’autoroute, encore plus nombreux sur les bords des larges avenues désertes où quelques fleurs ont été déposées. Pas un magasin ouvert. Les seuls drapeaux qui ne sont pas en berne sont ceux que portent des enfants trop sages. Une foule compacte, recueillie, se presse devant les grilles noires du palais, à côté des milliers de bougies qui ont été allumées samedi, dès que la tragédie a été connue.
Tout un peuple attend, depuis des heures, l’arrivée du cortège funéraire. Sans un mot. Les larmes qui coulent sur les visages bouleversés, les prières sont muettes. Stanislas Sudolski, 31 ans, technicien audiovisuel, yeux bleus un peu rougis, cheveux ras, dit d’une voix très basse qu’"il a été assommé et que, maintenant, les mots n’ont pas le pouvoir d’atténuer le chagrin". Il a cousu un petit ruban noir au revers de sa veste. « En signe de deuil, bien sûr, chuchote-t-il. Et de solidarité. Il n’y a pas que le président de mort. Notre pays a été décapité. » Le jeune homme s’est « levé très tôt » pour pouvoir signer l’un des registres de condoléances mis à la disposition des Varsoviens dans l’entrée du palais présidentiel. "Il y avait beaucoup de monde. J’ai patienté très longtemps. Et quand j’ai écrit, ma main tremblait un peu", souffle-t-il.
A midi, le temps s’était arrêté pour deux minutes de silence sur le tarmac de l’aéroport où Marta, la fille du président défunt, et Jaroslaw, son inséparable frère jumeau, le teint livide, ont été les premiers à se courber sur le cercueil noir recouvert du drapeau polonais. On a entendu la sonnerie au mort et une marche funèbre de Chopin. Si dans la rue les gens ne parlent plus, comme étouffés par la tristesse, la musique est omniprésente à la radio comme à la télévision. Des requiem y accompagnent la retransmission de la procession, sans le moindre commentaire sur la majorité des chaînes. Les présentateurs comme les officiels à l’aéroport sont vêtus de noir. Beaucoup retiennent leurs larmes à l’écran.
La voiture noire glisse enfin au cœur de la ville. Foulard sombre sur les cheveux, croix d’argent autour du cou, Elisabieta se dresse, jette les roses qu’elle tient à la main sur le capot de la limousine qui transporte le président. D’autres femmes et quelques hommes l’imitent. La procession ralentit encore aux abords de la présidence. Et une houle, soudain, parcourt la marée humaine. Des prières, murmurées, s’élèvent vers le ciel, un Notre Père, un Je vous salue Marie. Puis c’est un cantique, poignant, repris très bas par des centaines de milliers de personnes. Derrière les grilles du palais, six militaires s’emparent du cercueil pour l’emporter sur l’épaule.
Slawomir, un commerçant de 40 ans, « s’autorise » une photo, « même si ce n’est pas tellement respectueux », s’excuse-t-il. Hier, il espérait pouvoir rendre un dernier hommage au président. Un vœu qu’il pourra exaucer mardi puisque le cercueil de Lech Kaczynski sera exposé au public mardi au Palais présidentiel à Varsovie.