16 Juin 2010
La prise en compte de la pénibilité du travail pour un départ anticipé en retraite, à 60 ans et à taux plein, suivra une logique individualisée et médicalisée, une approche contestée par les syndicats mais "une énorme avancée sociale" aux yeux du ministre du Travail Eric Woerth.
"Nous ouvrons un droit nouveau. Aucun pays au monde ne l'a fait", a fait valoir mercredi le ministre, qui prévoit de maintenir l'âge légal à 60 ans pour les salariés du secteur privé avec une incapacité d'au moins 20% ayant donné droit à une rente pour maladie professionnelle ou accident du travail.
Ces salariés, qui devront "souffrir d'un affaiblissement physique avéré au moment de la retraite", bénéficieront d'une retraite à taux plein même s'ils n'ont pas suffisamment cotisé.
Le ministre a rappelé qu'"aujourd'hui, il n'y a pas de possibilité (...) de prendre votre retraite sauf si vous avez 50% d'incapacité, et encore il faut que vous passiez devant une commission spécifique".
Le gouvernement évalue à 10.000 personnes par an le nombre de bénéficiaires de sa nouvelle "retraite pour pénibilité", soit moins que les besoins estimés rien que pour le BTP.
Le taux d'incapacité de 20% devra être "constaté par un médecin", a ajouté M. Woerth, lançant: "les médecins, c'est pas les diables de la République!".
Cette approche individuelle est rejetée par les syndicats, qui réclament un départ anticipé automatique pour certains métiers ou facteurs de pénibilité. Ils soulignent aussi que peuvent survenir des maladies à effets différés.
Avec les propositions faites mercredi, "on est loin du droit au départ anticipé avant 60 ans pour une retraite en bonne santé", a réagi la CGT.
Pour la CFDT, les mesures gouvernementales, qui comprennent aussi la poursuite du dispositif "carrières longues" pour ceux qui ont commencé à travailler avant 18 ans, constituent "une usine à gaz vide" qui crée de nouvelles injustices.
Le Parti socialiste a jugé le dispositif "absolument choquant", les associations Fnath et Andeva "injuste, inéquitable et de mauvaise foi".
Son financement - "quelques centaines de millions d'euros dans un premier temps" d'après M. Woerth - sera assuré par la branche accidents du travail et maladies professionnelles de la Sécurité sociale via "des cotisations exclusivement patronales".
"Bien sûr on pourrait faire toujours plus, et on pourrait dire que tous les métiers sont fatigants (...) et que lorsqu'on est éveillé c'est plus fatigant que quand on dort, mais à un moment donné il faut arrêter avec ce type de remarques anormales", a ironisé le ministre.