15 Juin 2010
La commission Saville, qui a rendu mardi son rapport sur le drame du Bloody Sunday, le 30 janvier 1972 à Londonderry en Irlande du Nord, en a imputé la responsabilité aux soldats qui ont "perdu leur discipline" et tiré sur des victimes ne constituant "aucune menace".
Voici ses principales conclusions:
- Aucun des treize hommes tués ce jour-là (un quatorzième est décédé quelques mois plus tard) "ne posait une menace mortelle ou (ne risquait de provoquer) des blessures graves".
- "L'immédiate responsabilité (...) incombe aux membres de la compagnie (de parachutistes) de soutien dont les coups de feu injustifiables ont causé ces morts et blessures."
- Aucune des victimes ne portait d'armes et, bien qu'il y ait eu des tirs de paramilitaires républicains, "aucun de ces coups de feu n'a fourni de justification pour la fusillade de victimes civiles".
- Aucun des manifestants catholiques n'a jeté ou menacé de jeter des bombes incendiaires, contrairement aux "fausses déclarations" ultérieures des soldats destinées à justifier leurs coups de feu.
- Les parachutistes britanniques ont ouvert le feu les premiers, sans coups de semonce. Les militaires ont "perdu le contrôle d'eux-mêmes (...) oubliant ou ignorant leurs instructions et leur entraînement". Il y a eu dans leurs rangs une "perte grave et répandue de la discipline d'ouverture du feu".
- Ni le gouvernement, ni l'armée n'avaient planifié ou anticipé ce qui s'est passé, ni n'avaient l'intention qu'un tel drame se produise.
- L'actuel vice-Premier ministre nord-irlandais Martin McGuinness, qui était numéro deux de l'IRA à Londonderry à l'époque des faits, était "probablement" armé d'une arme automatique dont il a "peut-être" fait usage. Mais cela ne peut être prouvé et "il ne s'est engagé dans aucune activité qui ait fourni aux soldats la moindre justification pour ouvrir le feu".
- Une personne a été visée tandis qu'elle "rampait afin de s'éloigner des soldats" et une autre "tandis qu'elle gisait par terre mortellement blessée".
- Le Bloody Sunday a constitué "une catastrophe pour les Nord-irlandais", qui a "accentué le ressentiment des nationalistes et l'hostilité à l'encontre de l'armée, et exacerbé le conflit violent les années suivantes".
- L'ordre de se rendre dans le Bogside, le quartier de Londonderry où avait lieu la manifestation, "n'aurait pas dû être donné" à l'armée.
- Il n'y avait aucun membre des deux branches alors en exercice de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) parmi les victimes, à l'exception de l'un d'entre eux qui était membre d'un mouvement de jeunesse.
- Il est impossible de dire s'il y avait une culture d'impunité parmi les soldats servant en Irlande du Nord à l'époque.
- Les soldats ont tiré plus de 100 balles pendant ces événements. Les coups de feu meurtriers ont été tirés en l'espace de dix minutes.