19 Janvier 2022
Oui nous pouvons féliciter ces 25 licornes françaises. Oui bien sûr c’est une fierté nationale de compter dans l'hexagone 25 start-ups évaluées à plus d'1 milliard d'euros.
Et oui c’est bon signe de savoir que nos start-ups tricolores ont atteint 11,57 milliards d'euros en termes de levées de fonds en 2021 et que l'Europe dénombre 321 licornes ayant levé 121 milliards de dollars sur la même année.
La course au développement du capital-risque bat son plein, et 2022 semble poursuivre cette trajectoire. À côté, nous pourrions aussi rappeler les milliards levés outre-Atlantique et en Chine, nous pourrions aussi citer les « décacornes », ces start-ups valorisées à plus de 10 milliards, ou encore bientôt les « pentacornes », évaluées à plus de 50 milliards dont certains doivent rêver la nuit.
/image%2F1528308%2F20220203%2Fob_f5ce5c_1642611386203.png)
Voilà un bel hymne à la joie pour une hyper-accélération financière présentée comme le modèle unique à atteindre : notre horizon pour la France des entreprises. Personnellement, je pense que nous nous trompons de combat, que notre économie ne doit pas être une simple réplique des modèles dominants. Je pense que la France et l’Europe ont une autre course à gagner et un autre espoir à donner sur la prochaine décennie : celle d’une France capable de créer davantage de richesses et d’emplois au service d’une économie qui change la vie des concitoyens et qui sert un avenir durable. Je pense que la France doit s’engager dans une autre bataille culturelle et politique contre d’autres visions de l’entreprise et des équilibres économiques, financiers et sociaux pour définir une alternative aux capitalismes à l’anglo-saxonne ou à la chinoise.
Des champions nationaux pour une France robuste
Je pense qu’il faut avoir une vision plus juste du tissu productif national, de ce qui pourra propulser notre économie et servir les entreprises de demain.
Sur 3,82 millions d’entreprises françaises, 287 grandes entreprises emploient 3,9 millions de salariés en équivalent temps plein, soit 29 % du total. 3,67 millions, soit 96 %, sont des micro-entreprises ; elles emploient 2,4 millions de salariés en équivalent temps plein (18 % du total).
À côté, nous avons 163.000 emplois directs et indirects générés par les entreprises du Next40. La France ne se résume donc pas à la “Startup-Nation”.
Non, nous n’avons pas à segmenter les forces vives de notre économie. Nous devons au contraire les unifier pour libérer les richesses et protéger l’indépendance et la souveraineté économique. La concurrence déloyale portée par un capitalisme constitutif de monopoles qui sont le synonyme de croissance plus faible ne sert ni la productivité, ni la croissance de la France et de l’Europe.
Je veux donc parler dans l’unité aux grands industriels, aux petits patrons, aux forces motrices de la nouvelle économie, à cette France du Progrès qui prend, à chacun des échelons, des risques en investissant tant dans le capital humain que dans l’avenir de la Nation.
Je veux leur dire que le courage d’une entreprise face aux attentes des Français, le courage d’une entreprise face à une économie dont la production se définira autrement demain par la capacité à allier croissance verte et technologie, devra être soutenu par l'État.
Requalification, fléchage des investissements, réindustrialisation dans les secteurs tels que les énergies renouvelables, investissement dans la R&D, autant de leviers pour ne pas faire de la France et de l’Europe la boîte à chagrin de la bataille économique.
Pour cela, nous devons libérer notre économie en mettant la valeur travail au cœur de la société, en favorisant par des incitations la présence des salariés dans le capital des sociétés cotées, pour atteindre l’objectif de 10% en 2027.
Nous devons aussi protéger notre économie en faisant de l’État un garant de notre souveraineté économique, notamment dans les secteurs qui détermineront notre quotidien et notre avenir (comme l'énergie, la santé, la sécurité). C’est pourquoi je veux rassembler la recherche et l'industrie dans un même ministère pour investir et flécher les investissements capables de soutenir une économie réelle et toutes les branches de l’avenir (l’informatique quantique, l’hydrogène, la biologie synthétique...).
L'effort de recherche de la nation n’est pas suffisant aujourd’hui. Il se situe certes au-dessus de celui de la moyenne des 28 pays de l’Union européenne (2,06 %), mais encore en dessous de l’Allemagne (2,9%).
Je veux aussi renforcer le Crédit Impôt Recherche (CIR) pour qu'il bénéficie aux PME et créer une aide à l'investissement de proximité (crédit d'impôt sur les investissements dans les communes de moins de 20 000 habitants).
Je veux créer un Haut Conseil de la souveraineté économique et numérique sous l'autorité du Premier ministre chargé d'autoriser les investissements étrangers.
Notre impuissance à croire en quoi que ce soit si ce n’est aux modèles capitalistiques traditionnels ne sert pas notre productivité et notre croissance. Cela sert à nous maintenir dans un confort illusoire. La France a une identité, elle est une “exception culturelle”. À nous désormais de proposer une “économie exceptionnelle”. Pour piloter ce modèle spécifique à la française, que j’appelle de mes vœux, il faut un capitaine, un chef d’orchestre. Je suis prête.