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Syrie : les oppositions entre la Turquie et Israël décryptées

Le fond de cette rivalité tient à une divergence stratégique profonde sur l'avenir de la Syrie post-Assad, qui s'ajoute à une dégradation ancienne des relations turco-israéliennes.

Le contexte immédiat : la Syrie post-Assad

Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, la Syrie est passée sous l'autorité de nouvelles forces dirigeantes proches d'Ankara. La Turquie, qui a longtemps soutenu des factions de l'opposition syrienne, est devenue le parrain militaire et politique privilégié du nouveau pouvoir : formation de l'armée syrienne, remise à niveau d'infrastructures, présence de délégations militaires turques sur le terrain. La base d'Abou al-Duhur, désaffectée depuis 2012, sert désormais de centre d'entraînement pour la nouvelle armée syrienne depuis la chute de l'ancien régime, selon une source militaire syrienne.

Israël, de son côté, considère toute montée en puissance militaire turque en Syrie comme une menace directe à sa frontière nord, d'autant qu'il a lui-même déployé des troupes dans le sud du pays. Le général Eyal Zamir a affirmé qu'Israël ne laisserait pas des forces hostiles s'implanter à ses frontières et qu'il saurait utiliser ses capacités opérationnelles où et quand il le faudrait.

La frappe du 18 août sur Abou al-Duhur s'inscrit dans cette logique : Israël a justifié l'opération par la perspective d'un déploiement militaire turc sur cette base, estimant que Damas était sur le point d'autoriser une implantation militaire turque sur cette installation.

Fait notable, la Syrie conteste cette lecture : les autorités syriennes affirment que les travaux visaient à permettre à l'armée de l'air syrienne de réutiliser la base, sans déploiement permanent de forces turques prévu. 

Un point de désaccord de fond, non résolu

Un article publié par Libnanews cette semaine résume bien l'enjeu structurel : Israël acceptera-t-il que la Turquie aide la Syrie à reconstruire des capacités militaires que Jérusalem considère comme une menace potentielle, et inversement Ankara acceptera-t-elle qu'Israël dispose de facto d'un droit de veto sur les bases que la Turquie peut utiliser en Syrie ? C'est cette question qui structure l'ensemble de la confrontation actuelle. 

L'arrière-plan historique turco-israélien

Au-delà de la Syrie, la relation bilatérale s'est dégradée sur le temps long : rupture des relations militaires après l'incident du Mavi Marmara (2010, flottille pour Gaza), réchauffement partiel dans les années 2020, puis nouvelle détérioration sévère depuis la guerre à Gaza (2023-2025), Erdogan s'étant positionné comme l'un des critiques les plus virulents de Netanyahu au niveau international. La Syrie est ainsi devenue le nouveau terrain où se rejoue cette rivalité, faute d'autre théâtre direct de confrontation entre les deux pays.

La dimension électorale israélienne

Le facteur intérieur israélien pèse aussi : dans le cadre de sa campagne pour sa réélection, Netanyahu a fait afficher les photos de plusieurs dirigeants, dont Erdogan, avec la mention "Ils veulent voir perdre Netanyahu", ce qui alimente la lecture de l'opposition (Yaïr Golan) selon laquelle l'escalade contre la Turquie sert aussi des calculs de politique intérieure. 

Un mécanisme de retenue mutuelle, pour l'instant

Ankara a condamné l'attaque mais n'a pas répondu militairement, et Washington s'implique déjà : le représentant spécial américain pour la Syrie, Tom Barrack, a qualifié l'attaque d'"escalade inutile", et les Etats-Unis ont commencé à travailler sur un mécanisme plus fiable pour prévenir les incidents militaires entre Israël, la Turquie et la Syrie. C'est ce filet de sécurité diplomatique, plus que la retenue spontanée des deux capitales, qui limite pour l'instant le risque d'escalade directe

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