Le Royaume-Uni, la France, l'Italie et l'Allemagne ont publié une déclaration conjointe exigeant qu'Israël retire immédiatement l'appel d'offres du projet de colonisation "E1" en Cisjordanie et mette fin à l'expansion des colonies. Concrètement :
- Un nouvel appel d'offres a été lancé pour 7 complexes résidentiels (1234 logements), avec une échéance de dépôt fixée au 19 octobre — une semaine avant les élections législatives israéliennes du 27 octobre.
- Le programme E1 complet prévoit 3400 logements sur 12 km² entre la colonie de Maale Adoumim et Jérusalem, une zone dont la construction couperait en deux le territoire palestinien et compromettrait toute continuité territoriale d'un futur État.
- Les quatre pays évoquent un risque de "complicité de graves violations du droit international" pour les entreprises qui participeraient au projet, et un affaiblissement de la position internationale d'Israël.
- Le Royaume-Uni avait déjà convoqué la chargée d'affaires israélienne ; le ministre israélien Gideon Saar a rejeté ces critiques, invoquant le droit du peuple juif à vivre "sur l'ensemble du territoire d'Israël".
- En parallèle, l'Australie s'est dite "outrée" par la clôture de l'enquête pénale sur la mort de l'humanitaire Zomi Frankcom (World Central Kitchen, avril 2024), le Premier ministre israélien avait précédemment admis que l'armée israélienne avait tué les bénévoles "par inadvertance".
E1 n'est pas un projet nouveau — c'est un serpent de mer diplomatique vieux de plus de 30 ans. Les premières tentatives remontent au début des années 1990 sous Yitzhak Shamir. Le plan a été formellement approuvé en 2012 par le gouvernement israélien, provoquant déjà un tollé international, avant d'être gelé sous la pression conjointe des États-Unis et des Européens. Une nouvelle tentative de relance en 2020 a échoué pour les mêmes raisons. C'est le ministre des Finances d'extrême droite Bezalel Smotrich qui a relancé le projet à l'été 2025, en le présentant explicitement comme un moyen d'"enterrer l'idée d'un État palestinien" — une formulation qui confirme ce que Paris dénonce depuis des années : l'objectif du projet n'est pas seulement immobilier, il est géopolitique.
La position française est constante et documentée. Le Quai d'Orsay a réitéré à plusieurs reprises depuis 2025 que E1 est "contraire au droit international" et menace "la solution à deux États", rappelant que le projet était resté gelé depuis 2021 avant cette relance. Cette déclaration à quatre pays (Royaume-Uni, France, Italie, Allemagne) s'inscrit donc dans une ligne diplomatique européenne déjà ancienne.
Le cadre juridique invoqué est celui, très majoritaire au niveau international, qui considère les colonies en Cisjordanie comme illégales au regard du droit international humanitaire (occupation depuis 1967, quatrième Convention de Genève), position que ne partagent ni le gouvernement israélien actuel ni les États-Unis depuis l'administration Trump — ce dernier ayant, selon Smotrich, donné son feu vert informel à la relance du projet, ce qu'aucune des deux parties n'a confirmé officiellement.
Ce qui distingue cet épisode des précédents, c'est le calendrier électoral : l'appel d'offres expire une semaine avant les législatives israéliennes du 27 octobre, ce qui alimente une lecture où la relance de la colonisation sert aussi une stratégie de politique intérieure pour la coalition Netanyahu, dépendante du soutien de l'extrême droite (Smotrich, Ben Gvir) sur ce dossier précis.
Sur le plan méthodologique : les condamnations occidentales de la colonisation sont récurrentes depuis des décennies (déclarations, votes à l'ONU, mises en garde) mais se sont historiquement traduites par peu de mesures contraignantes concrètes — ni sanctions économiques significatives, ni conditionnalité réelle des relations commerciales ou d'association UE-Israël. Il sera donc pertinent, pour juger la portée de cette déclaration, de vérifier si elle s'accompagne cette fois de mesures au-delà du verbal (convocations, mise en garde aux entreprises), ou si elle reste, comme les précédentes, une prise de position sans suite opérationnelle.