12 Septembre 2026
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Depuis la publication des résultats Pisa, les réactions se multiplient. Xavier Jaravel, économiste à la London School of Economics et président délégué du Conseil d'analyse économique, a pris la parole pour chiffrer ce que la baisse du niveau scolaire pourrait coûter au pays : jusqu'à 150 milliards d'euros de PIB en moins d'ici 2050, si les générations à venir ne redressent pas la barre.
Le raisonnement : Pour Jaravel, la chaîne de causalité est directe : des élèves moins bien formés aujourd'hui, ce sont des travailleurs moins productifs demain. Et cette perte de productivité, elle, se répercute sur toute l'économie. Il en tire d'ailleurs un chiffre rétrospectif : si le niveau éducatif ne s'était pas dégradé, la croissance française aurait été supérieure de 0,3 point par an en moyenne sur les dix dernières années. Ce n'est pas rien — cumulé sur une décennie, l'écart devient considérable.
L'effet ne s'arrête pas à la croissance. Il touche aussi les finances publiques. Selon l'économiste, le décrochage scolaire amorcé depuis les années 1990 prive chaque année l'État d'environ 65 milliards d'euros de recettes fiscales — soit, dit-il, près de la moitié du déficit public actuel. Autrement dit : une partie du trou budgétaire français s'expliquerait, indirectement, par ce qui se joue dans les salles de classe.
À court terme, les effets se feraient déjà sentir. Dans les cinq prochaines années, davantage d'échecs dans l'enseignement supérieur et une hausse du chômage des jeunes, faute d'une insertion professionnelle suffisante. Et on y voit une menace plus structurelle encore : la capacité de la France à former de bons ingénieurs, et donc à innover.
Un paradoxe surgit à ce stade : le rapport Pisa lui-même pointe les effets négatifs d'un usage quotidien de l'intelligence artificielle par les élèves, notamment sur leur capacité à résumer ou à rédiger. Mais Jaravel plaide malgré tout pour renforcer la formation à l'IA dès l'école — il craint, sinon, que la France ne produise plus assez d'entrepreneurs capables de réussir dans ce secteur, à l'image d'Arthur Mensch, fondateur de Mistral, avec en toile de fond un enjeu de souveraineté technologique.
Face à ce constat, l'économiste propose un plan de refonte à 4 milliards d'euros sur dix ans. Il prévoit une formation continue des enseignants renforcée (au moins 80 heures par an), la généralisation de certaines méthodes pédagogiques jugées efficaces, un dispositif de tutorat ciblé sur les 10 % d'élèves les plus en difficulté, et des classes plus petites au primaire.
Un autre front s'ouvre : l'accès à l'université
Le même jour, un autre membre du gouvernement était interpellé sur un sujet connexe. Philippe Baptiste, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a réagi à un rapport sénatorial qui recommande de mettre fin à l'accès automatique des bacheliers à l'université — un droit aujourd'hui quasi systématique en France.
Sans trancher le débat, il en reconnaît le fond : selon lui, trop d'étudiants poursuivent des études supérieures sans y être suffisamment préparés, ce qui alimente un taux d'échec élevé en licence — un constat que partageait déjà le rapport sénatorial. Il refuse pourtant d'en tirer une conclusion tranchée dès maintenant, renvoyant la question — celle de la place du baccalauréat comme sésame vers le supérieur — au débat présidentiel, en la qualifiant de « grand sujet de société ».