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La maternité ne produit pas l'inégalité, c'est l'organisation sociale de la parentalité

Présentation du rapport « Du plancher collant au plafond de mère — Quels leviers pour mettre fin à la pénalité maternelle et construire une réelle égalité socio-économique entre les femmes et les hommes ? », publié par le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes (HCE), septembre 2026, 166 pages.

Diagnostic du rapport et l'ensemble des mesures concrètes, une quinzaine sur les 45, les plus significatives.

Le diagnostic

Le HCE inverse le sens commun du débat nataliste actuel : ce n'est pas la maternité en tant que telle qui produit l'inégalité, mais l'organisation sociale de la parentalité — c'est-à-dire le fait que la charge de l'enfant retombe presque systématiquement sur la mère. Les chiffres avancés sont frappants et proviennent de sources reconnues (Insee, Ined, Conseil d'analyse économique, Drees) :

- La naissance d'un enfant entraîne une chute du revenu salarial des mères d'environ 40 % au moment de la naissance, qui reste proche de 30 % dans les années suivantes. Chez les mères les plus précaires, la chute atteint près de 70 % la première année.

- L'arrivée des enfants représenterait 88 % de l'écart de revenus entre femmes et hommes en France en 2020 (CAE), alors que l'écart de qualification s'est, lui, largement résorbé.

- 37,2 % des femmes salariées ayant deux enfants dont le plus jeune a moins de trois ans travaillent à temps partiel, contre 5,4 % des hommes dans la même situation.

- Un signal de grossesse ou de projet de parentalité réduit d'environ 15 % les chances d'obtenir une réponse positive à une candidature (étude DESPERADO IV, testing sur 688 offres et 3 440 candidatures fictives).

- À la retraite, la pension de droit direct des femmes est inférieure de 37,5 % à celle des hommes ; l'écart ne redescend qu'à 25,4 % après réversion — ce qui n'est pas un droit propre.

- Le travail domestique et parental représenterait, selon l'estimation intermédiaire retenue, 159 % du volume de travail rémunéré annuel, soit environ 33 % du PIB s'il était valorisé ; les femmes en assurent 64 %.

- Le HCE distingue deux mécanismes complémentaires : le « plancher collant » (concentration des femmes, dès avant toute maternité, dans des emplois moins rémunérés et moins évolutifs, du fait d'une maternité anticipée ou supposée par les employeurs) et le « plafond de mère » (le fait que la maternité, réelle ou anticipée, devienne un critère implicite d'évaluation des salariées une fois qu'elle est advenue).

Les mesures documentées

 (sur 45 au total)

Sur la conjugalité et l'éducation :

- Intégrer aux programmes EVARS un exercice annuel de mise en situation d'un foyer fictif, pour déconstruire les stéréotypes de répartition des tâches dès le plus jeune âge.

Sur les congés liés à la naissance — l'axe le plus travaillé du rapport :

- Un « mois solo du second parent », non transférable, intégré au congé supplémentaire de naissance, pris après le retour au travail de la mère ayant accouché (et non simultanément, comme c'est le cas dans 92 % des congés actuels). L'objectif explicite est d'éviter que la mère devienne, dès les premières semaines, la seule référente de l'enfant.

- Un droit temporaire à l'aménagement du retour au travail après un congé maternité (télétravail, horaires flexibles).

Sur l'entreprise et la carrière :

- Obligation, pour les entreprises de plus de 50 salariés, d'un suivi formalisé des trajectoires professionnelles des mères au retour du congé maternité, puis à 3 ans et à 10 ans après la naissance.

- Une meilleure visibilité des biais de genre dans les viviers de promotion internes aux entreprises.

- Une prise en compte plus explicite du partage du care dans les politiques d'égalité professionnelle et les index existants.

Sur le patrimoine et l'autonomie financière :

- Un rendez-vous obligatoire d'« autonomie patrimoniale » avant certains engagements conjugaux ou immobiliers — le rapport relève qu'une femme en couple sur cinq n'a pas de compte bancaire personnel et que 30 % ignorent le revenu exact de leur partenaire.

Sur la monoparentalité :

- Création d'un statut administratif de parent seul, pour faciliter et sécuriser les droits des familles monoparentales — un enjeu majeur puisque 82 % des familles monoparentales sont dirigées par une femme, et que 46 % des enfants vivant seuls avec leur mère sont sous le seuil de pauvreté (contre 22 % avec leur père).

Sur la mesure des politiques publiques :

- Mieux évaluer l'effet du service public de la petite enfance (places de crèche, disponibilité) sur le taux d'emploi effectif des mères.

Sur le fond

L'architecture du rapport est solide méthodologiquement — sources Insee/Ined/CAE convergentes, définitions précises (child penalty au sens économique standard, distinct de l'écart salarial brut) — et le diagnostic d'un basculement des inégalités de la sphère éducative vers la sphère parentale est cohérent avec la littérature académique internationale sur le sujet (Kleven et al. sur la « child penalty » notamment, dont les travaux sont très probablement une des sources indirectes mobilisées ici). Le point le plus contestable politiquement, et qui appellera sans doute débat, n'est pas le diagnostic chiffré mais le levier normatif retenu comme principal : l'obligation (congé imposé au second parent, quotas de suivi en entreprise) plutôt que l'incitation ou le libre choix du foyer — un choix de méthode assumé par le HCE mais qui n'est pas le seul viable pour traiter le même diagnostic.

Pour lire le rapport :

https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/rapport-du-plancher-collant-au-plafond-de-mere

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