17 Octobre 2026
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Le projet en bref
Depuis 2012, la France taxe les boissons contenant du sucre ajouté ou des édulcorants. Cette « taxe soda » est pour l’instant le seul exemple de fiscalité nutritionnelle en France, et elle a rapporté environ 800 millions d’euros en 2025.
L’article 8 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027 en étend le principe aux aliments solides. Le gouvernement l’a présenté le 1er octobre, et la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale l’a validé dans la nuit du 14 au 15 octobre. Le but affiché est double : réduire la consommation de sucre, surtout chez les jeunes, et rapporter environ 200 millions d’euros par an à la Sécurité sociale.
Ce n’est pas encore voté. Le texte doit être inscrit dans le projet de loi lors de l’examen en séance publique, à partir du mardi 20 octobre. Le gouvernement n’a pas de majorité à l’Assemblée, donc le sort final reste ouvert.
La taxe pèse sur le fabricant ou l’importateur, pas directement sur le consommateur. Elle peut toutefois être répercutée dans les prix en rayon.
Produits visés
D’après l’exposé des motifs de l’article, il s’agit des produits préemballés sucrés suivants :
Ce qui a changé en commission
Barème
(Sous réserve d'adoption du texte final) :
En clair, le plafond de 22 € par quintal représente environ 4 centimes pour un paquet de 200 g.
Les industriels, par la voix de l’Ania (Association nationale des industries alimentaires), parlent d’un coût pouvant atteindre un milliard d’euros à terme et d’un effet sur le pouvoir d’achat.
Comment ça a marché dans le passé ?
Les évaluations sont plus nuancées que dans le débat public : ces taxes marchent surtout par la reformulation des recettes, bien moins par la baisse de consommation, et les échecs tiennent souvent à la conception de la taxe.
France : une première taxe peu convaincante, puis une réforme
La taxe de 2012 était forfaitaire et faible. Une synthèse d’universitaires français explique que sa justification sanitaire initiale avait été reléguée derrière des motifs budgétaires, et qu’elle a eu des effets modestes sur la consommation.
La réforme de 2018 a introduit un barème proportionnel au sucre, sur le modèle britannique.
Un document de travail de l’université de York (mai 2026) compare six pays européens. Il trouve de la reformulation de façon constante, mais des effets sur la consommation seulement avec des taxes progressives.
Royaume-Uni : la référence, avec une taxe à paliers
Le Soft Drinks Industry Levy, en vigueur depuis avril 2018, est progressif : plus la boisson est sucrée, plus le taux monte. Les fabricants ont réagi avant même l’entrée en vigueur.
Selon une étude économique publiée dans la Review of Economics and Statistics, presque toutes les grandes marques ont réduit le sucre de leurs recettes pour échapper aux paliers. Les auteurs attribuent 80 % de la baisse de calories absorbées à cette reformulation. Selon le ministère de la Santé britannique, la teneur moyenne en sucre des boissons a baissé de 46 % entre 2015 et 2020.
Sur la santé, une étude de l’université de Cambridge sur un million d’enfants conclut à une baisse relative de 8 % de l’obésité chez les filles de 10-11 ans. Elle ne trouve aucun effet constant chez les garçons du même âge ni chez les plus petits. C’est une étude d’observation, donc la causalité reste discutée. Les chercheurs notent aussi un report partiel vers les boissons « light ».
Danemark : l’échec le plus cité
Le pays a créé en octobre 2011 une taxe sur les graisses saturées, supprimée à peine plus d’un an après. Le gouvernement invoquait la hausse des prix, les emplois menacés et les achats transfrontaliers. L’étude des universités d’Oxford et de Copenhague relevait pourtant une baisse de 4 % de la consommation de graisses saturées. Le Danemark a aussi abandonné sa vieille taxe sur les sodas, en citant le commerce transfrontalier. Le contexte compte : le pays a une frontière terrestre avec l’Allemagne, ce que la France n’a pas au même degré, sauf dans les zones frontalières (et la Belgique est un cas d’école).
Mexique : un effet réel mais limité
D’après l’OMS, la taxe de 2014 a fait monter les prix d’environ 10 % et baisser la consommation de 6 %.
Enseignements pour le projet français