30 Mai 2007
Les questions agricoles connaissent aujourd’hui de profondes mutations. La croissance de la population, l’épuisement de certaines ressources, les changements climatiques, la contrainte énergétique ainsi que la part croissante des énergies issues de l’agriculture constituent pour la France autant de défis à relever. La modernité est à ce prix.
Les enjeux d’une modernisation de l’agriculture et de la pêche françaises sont considérables pour notre pays : il s’agit d’une formidable occasion de démontrer que croissance et développement durable peuvent aller de pair. Notre agriculture et notre pêche doivent se fixer, pour les cinq ans à venir, un double objectif : constituer un moteur de croissance et d’innovation pour notre économie, et achever de se réconcilier avec la société en lui garantissant indépendance et sécurité sur le plan alimentaire, tout en contribuant au respect de l’environnement.
1 – L’agriculture française est une chance pour la France : elle constitue une grande entreprise stratégique à caractère mondial.
Avec 62 Md€ de production (61,6 en 2005 dernier chiffre disponible), l’agriculture française est de loin la première d’Europe, loin devant l’Italie, l’Espagne ou l’Allemagne (autour de 40 Md€ chacune en 2005). Le monde entier nous envie nos 880 000 agriculteurs, pêcheurs et aquaculteurs (3,5% de la population active). En réalisant ces dernières années des investissements importants, ils ont préparé l’avenir et porté à 20% la part de la France dans la production agricole de l’Union Européenne (301 Md€ en 2005). Si les industries agro-alimentaires représentent aujourd’hui un chiffre d’affaires de plus de 125 Md€ (125,87 en 2005) et 400 000 emplois, c’est bien grâce aux ressources agricoles françaises.
Garante de notre indépendance et de notre diversité alimentaire dans un monde où la demande ne cesse de croître et les ressources de diminuer, l’agriculture et la pêche française doivent demeurer des activités de production et poursuivre leur effort de productivité, en évoluant vers une utilisation durable des ressources disponibles : ce qu’on appelle aujourd’hui l’agriculture raisonnée.
Si l’agriculture française est stratégique, c’est aussi parce qu’elle contribue à notre indépendance énergétique. Ce rôle s’accroîtra considérablement dans les années qui viennent, et nous devons tout mettre en œuvre pour réaliser nos ambitions en matière de biocarburants (10% de notre consommation de carburants d’ici 2015, avec cinq ans d’avance sur l’impératif européen). Cette orientation exige un réseau solide et compétitif de centres d’enseignement, de recherche et d’innovation, qui devra à la fois favoriser le développement rapide des filières nouvelles comme les biomatériaux, la biomasse, la chimie verte, et redynamiser les filières traditionnelles comme la forêt et le bois, largement sous-exploitées aujourd’hui, notamment du fait du morcellement des acteurs économiques.
L’agriculture et la pêche françaises participent à notre identité et à notre image internationale. Nos produits, terroirs et savoir-faire constituent un actif immatériel formidable que nous devons mieux valoriser. Les exportations agricoles représentent 40 Md€ par an (pour des importations de 30 Md€) ; la France est le deuxième exportateur agro-alimentaire au monde. Chaque seconde, six bouteilles de vins pétillants français sont ouvertes à l’étranger. L’agriculture française contribue au charme de nos paysages et à la renommée de notre mode de vie, autant d’éléments essentiels à l’aménagement et à l’attractivité de notre territoire ainsi qu’à notre industrie touristique. Le rôle des agriculteurs et des pêcheurs en ce domaine devrait être mieux reconnu.
2 – L’avenir de l’agriculture française passe par un nouveau pacte avec la société.
Ce pacte repose sur la garantie d’une alimentation sûre, diversifiée et de qualité. Le consommateur est en droit de disposer du plus haut niveau mondial de sécurité sanitaire. Cette exigence, tant pour les produits « made in France » que pour ceux importés, est déjà au cœur de notre démarche : l’évaluation des risques sanitaires et nutritionnels, ainsi que les différents contrôles, couvrent toute la chaîne alimentaire, de la fourche à la fourchette. Le ministre de l’Agriculture et de la Pêche prolongera et accentuera cette démarche en faisant certifier les « services de contrôle sanitaire », et prendra des initiatives pour optimiser les moyens de l’Etat en la matière.
Le consommateur français doit aussi disposer d’une offre alimentaire contribuant, par sa diversité et sa qualité nutritionnelle, à améliorer sa santé. L’agriculture française est en première ligne pour répondre aux défis de la santé et de la diversité « culturelle » des modes d’alimentation. Cela passe notamment par une nouvelle ambition en matière de « signes de qualité », qui sont notre marque de fabrique, et le fruit d’une tradition sans égale. Nous devons aussi développer l’offre alimentaire en nous appuyant sur la recherche, l’innovation, et des liens plus directs entre producteurs et consommateurs. Le ministre de l’Agriculture et de la Pêche organisera une concertation sur ce sujet avec toutes les parties prenantes, notamment la grande distribution et les représentants des consommateurs.
Les agriculteurs et les pêcheurs sont des acteurs à part entière de l’environnement, des entrepreneurs dont la nature est le principal actif. Au-delà de la préservation de ressources fragiles ou limitées, ils contribuent à maintenir l’équilibre de nos territoires et de nos espaces maritimes, la beauté des paysages, et la diversité des formes d’activité et de production. C’est le rôle de l’Etat d’y veiller et d’orienter en ce sens des ressources publiques.
Le ministre de l’Agriculture et de la Pêche identifiera avec tous les partenaires concernés les grands principes d’un « pacte pour une agriculture et une pêche durables », contribuant ainsi à la santé de tous, à la préservation des milieux naturels et des ressources en eau, des espèces, à la réduction des gaz à effet de serre, ainsi qu’à la diversité des métiers et au renforcement de l’attractivité de nos territoires. L’agriculture deviendrait ainsi l’un des ressorts principaux de la modernité de notre société. C’est le moyen de restaurer le prestige des agriculteurs et des pêcheurs parmi nos concitoyens.
Le Ministère a un rôle essentiel à jouer pour assurer le « pilotage » de cette évolution, selon une triple orientation : renforcement de ses fonctions d’appui et de conseil aux exploitants ; simplification des structures et des contrôles pour mieux accompagner l’évolution du secteur ; promotion de l’enseignement agricole comme un élément clé du développement rural. Il reviendra aux écoles et instituts de formation agricole de relever le défi du renouvellement des générations d’exploitants, d’adapter les formations, et de promouvoir les relations avec les pôles de compétitivité ainsi que l’insertion internationale. Tout cela sera fait dans une démarche « contractuelle ». C’est le cœur du projet MAP 2010.
3 – La France doit se donner les moyens de cette ambition :
Ce « projet » constitue une magnifique ambition, pour laquelle existe aujourd’hui une réelle attente, à la fois du côté des professionnels et de nos concitoyens. Il ne peut réussir qu’à condition de disposer des ressources nécessaires pour l’engager.
Il faut tout d’abord préserver nos marges de manœuvres dans le cadre international (négociations en cours du cycle de Doha et réforme de la PAC et mise en œuvre de la Politique Commune de la Pêche). C’est le premier front. A l’heure où se précise un accord à l’OMC qui ne profiterait qu’aux pays à agriculture extensive et exportatrice, sans bénéficier aux pays pauvres ni à la majorité des pays en développement, et qui nuirait fortement à l’Europe, nous devons à la fois refonder, avec nos partenaires européens, une solidarité autour d’une véritable préférence communautaire, et définir avec eux un projet ambitieux pour l’agriculture et la pêche de demain. Les principes qui viennent d’être exposés recouvrent très largement les préoccupations et les intérêts de tous les Européens. La France devra peser, lors de sa présidence et du rendez-vous de 2008 sur la PAC, pour faire partager ses orientations. Le ministre de l’Agriculture et de la Pêche a déjà engagé les premiers contacts avec ses collègues européens, et entamera cette semaine une série de déplacements pour en débattre avec eux et les mobiliser.
Le Ministère a assumé des contraintes de productivité qui sont les plus importantes de l’Etat en termes de réduction d’emplois. Il est prêt à poursuivre ses efforts pour redéfinir ses « nouvelles missions » et mieux les remplir encore. Pour s’engager de manière crédible sur cette voie, notamment vis-à-vis des professionnels, et mettre en œuvre un réel projet pluriannuel (MAP 2010), source d’économies, il doit rétablir à court terme des équilibres très dégradés. Le Ministre a lancé un audit qui permettra d’identifier les marges de manouvres budgétaires et financières disponibles.
Nous devons disposer d’un espace de liberté pour mener à bien le grand chantier de la modernisation de l’agriculture et la refondation d’un dialogue fructueux et fécond avec tous les acteurs : professionnels, chercheurs, citoyens, industriels, consommateurs, distributeurs. La première étape consistera, dès la rentrée, à tenir des assises de l’agriculture.