24 Janvier 2009
Il se sera passé onze semaines entre la victoire de Barack Obama à l’élection présidentielle le 4 novembre 2008 et son entrée en fonction à la Maison Blanche le 20 janvier 2009. Onze semaines au cours desquelles le président élu a mis sur pied son équipe gouvernementale (nombreux sont issus de l’ancienne administration Clinton) et annoncé quelles seraient ses priorités dès son entrée en fonction (voir l’annonce de son plan de relance contre la crise économique présenté le 5 janvier), tout en se gardant de s’investir trop tôt dans les sujets brûlants d’actualité internationale, ce qui aurait pu porter atteinte à sa côte de popularité au plus haut à présent. En effet, 82% des Américains déclarent que le Président élu leur inspire confiance et approuve la manière dont il gère la transition avec les années Bush (sondage CNN-Opinion Research. 14 janvier 2009).
L’investiture, une tradition inscrite dans la Constitution américaine (Vingtième amendement)
Cette cérémonie appelée Inauguration Day, a été introduite après l’élection de George Washington en 1789. Elle consacre le début du mandat du Président nouvellement élu, ainsi que de son vice-président. Depuis la réélection de Franklin D. Roosevelt en 1937, la date d’investiture a été fixée le 20 janvier suivant l’élection du Président, la période de 4 mois qui prévalait jusque-là ayant été jugée trop longue.
Deux temps forts consacrent cette cérémonie qui se déroule à Washington : D’une part, le serment présidentiel prononcé devant le Capitole (siège du Congrès). Barack Obama a prêté serment sur la Bible utilisée par Lincoln lors de cette même cérémonie en 1861. Les paroles prononcées sont les mêmes que celles que George Washington énonça pour sa propre investiture en 1789. Elles formulent la promesse de remplir fidèlement les fonctions de Président des Etats-Unis, et de mettre tous les moyens en œuvre pour sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis.
D’autre part, le discours d’investiture prononcé sur les marches du Capitole lors duquel le Président est censé annoncer les grandes lignes de sa présidence. Or le discours de Barack Obama fut davantage un discours de crise qu’un discours programme. Restant vague sur sa feuille de route et les premières mesures politiques qu’il imposerait, il a davantage centré ses propos sur les valeurs avec lesquelles l’Amérique devait renouer, une façon de confirmer la rupture souhaitée avec l’ère Bush. Il a ainsi mis en valeur les idéaux de paix, de tolérance, de bien commun, de respect, de réconciliation des religions et des peuples. Il a précisé vouloir réinventer l’Amérique.
Pour autant son discours fut offensif et déterminé à l’égard des terroristes qu’il a précisé vouloir combattre et vaincre, à l’égard de la crise économique qui exige « une action audacieuse et rapide pour jeter les nouvelles fondations de la croissance », à l’égard des peuples des nations pauvres enfin, auxquels il a promis de les aider à accéder à la prospérité.
Quels changements attendre de la Présidence Obama ?
Vu l’ampleur des réformes économiques et sociales annoncées, ainsi que l’immense espoir suscité par son élection, il y a lieu de penser que la présidence de Barack Obama pourrait provoquer quelques désillusions au sein de l’électorat américain et dans le monde. Ne serait-ce que parce la crise économique obligera le nouveau Président à revoir son budget à la baisse et à prendre des mesures impopulaires, mais aussi parce que cette crise creuse le déficit budgétaire évalué aujourd’hui à 1200 milliards de dollars. Déjà quelques voix s’élèvent dans son propre camp pour reprocher à Obama les insuffisances de son programme d’investissements publics et de son plan de relance, trop axé sur les allègements fiscaux et pas assez ambitieux en termes de dépenses publiques.
En matière de politique étrangère, la question demeure de savoir quelle sera la marge de manœuvre dont il disposera pour mener une autre politique que celle de son prédécesseur : un seul exemple, Guantanamo. Le Président élu a annoncé qu’il entendait fermer très vite le centre de rétention « de la honte ». Or cette mesure nécessite que des pays acceptent d’accueillir les prisonniers qui ne peuvent être renvoyés chez eux car risquant d’être immédiatement exécutés. Premiers visés, les pays d’Europe qui ne débordent pas d’enthousiasme pour le moment à l’idée d’accueillir ces prisonniers. Pour ce qui est du Proche-Orient (que le Président investi n’a d’ailleurs pas évoqué dans son discours), Barack Obama va également avoir besoin de temps. En effet, la situation sur le terrain rend difficile la mise en œuvre d’une autre politique, plus équilibrée : en Israël, l’opinion s’est radicalisée, les colonies se sont considérablement étendues sur la Cisjordanie, tandis que les Palestiniens sont désormais divisés en deux camps ennemis…
« Enfin les difficultés commencent !» formulait un proche de Léon Blum à l’occasion de l’arrivée de ce dernier à la Présidence du Conseil en 1936 ; une formule qui s’applique tout autant à Barack Obama, faisait remarquer Etienne Mougeotte dans Le Figaro il y a quelques jours.
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