26 Mars 2007
Comme lui, son programme ne choisit pas : il hésite, il louvoie, il évite les vraies difficultés et contourne les obstacles. Mais à force de manquer de courage, on finit par manquer d’ambition. Et à force d’opportunisme, on finit par manquer de cohérence et de crédibilité.
1. Exonération de charges pour 2 embauches nouvelles par entreprise
Deux emplois sans charges (hormis 10%) pendant cinq ans avec un "plafond" à 5 000 €. Cette idée de baisser les charges pour favoriser l’embauche est au cœur de notre politique économique. Mais…
· Une mesure mal calibrée et élitiste : les allègements de charges retirent des recettes à
· Une mesure facilement manipulable : puisque seules les embauches sont exonérées, alors beaucoup de salariés vont être licenciés pour que les entreprises puissent embaucher à leur place des salariés sans charges ;
· Donc une mesure ruineuse : le coût de la proposition atteint 7,4 Md€, pour, selon les estimations 90 000 emplois à créer, soit un coût par emploi faramineux : 5 fois plus cher que les emplois jeunes de Ségolène ROYAL !
· Une mesure dont le financement pénalise l’emploi : comme il faut bien financer une mesure pareille, François BAYROU propose de réduire les allègements de charges actuels (on limite à 1,3 SMIC contre 1,6 aujourd’hui) dont profitent tous les salariés qui ont aujourd’hui de petits salaires. Cette décision devrait détruire, à elle seule, 230 000 emplois. Au final, c’est 140 000 emplois qui vont disparaître, essentiellement pour les ouvriers et employés français. Ils auront la consolation de savoir que leurs entreprises ont embauchés de cadres « sans charges »…
Au final, en refusant de s’attaquer aux contraintes du code du travail, on propose une mesure ultra-coûteuse et sans efficacité. C’est pour cela que nous proposons de franchir le cap de la flexi-sécurité et du contrat de travail unique, qui équilibre la souplesse dont les entreprises ont besoin et la sécurité que méritent les salariés.
2. Rémunération des heures supplémentaires à un coût unique de 35%, le surcoût par rapport à l’heure normale étant déductible pour l’entreprise
La logique n’est pas mauvaise, mais l’absence de volonté de s’affranchir des 35 heures aboutit à une demi-mesure. Pour nous, il faut sortir de
3. Promesses mirifiques sur les petites retraites…
On peut promettre ce qu’on veut sur les retraites. D’ailleurs François BAYROU et Ségolène ROYAL promettent n’importe quoi. On peut promettre des retraites au niveau du SMIC, à 10 fois le SMIC, la retraite à 55 ans ou dès la sortie de l’école. La seule question est : comment on finance les promesses ? François Bayrou a promis de porter les petites retraites et le minimum vieillesse à 90% du SMIC, ce qui représente un coût de l’ordre de 10 milliards d’euros pour la collectivité. Où et comment le candidat de l’UDF trouvera-t-il les ressources nécessaires tout en réduisant les déficits et la dette : mystère…
Lorsque Nicolas SARKOZY promet de revaloriser les petites retraites, il est le seul à dire comment il fait : grâce à la réforme des régimes spéciaux. Arrêtons les référendums, les rapports, les commissions et passons à l’action, pour rétablir la justice entre les Français face à la retraite et pour dégager de véritables marges de manœuvres sans obérer davantage les comptes publics.
4. Réduction de l’endettement : des incantations sans mode d’emploi
François Bayrou a fait de la réduction de l’endettement le principal cheval de bataille de son combat politique. Au-delà de la posture, fort louable au demeurant, il ne dit rien ou presque sur la manière dont il s’y prendra. Inscrire dans notre Constitution l’interdiction pour le gouvernement de présenter un budget de fonctionnement en déficit, l’endettement ne devant servir qu’à financer l’investissement, ne suffira pas comme par enchantement à réduire les déficits et la dette. Contrairement à Nicolas Sarkozy qui s’est prononcé en faveur de cette « règle d’or » bien avant le candidat de l’UDF, François Bayrou ne semble pas prêt par exemple à assumer l’objectif d’une réduction des effectifs de la fonction publique, alors que les dépenses de personnel représentent aujourd’hui près de la moitié du budget de l’Etat. Il mise tout sur la croissance en ne ciblant par ailleurs que le seul budget de l’Etat, soit un tiers de la dépense publique, laissant de côté les dépenses des collectivités locales et de la sécurité sociale. Si l’on ajoute que l’impact de son programme sur la croissance est considéré comme négatif par l’institut Rexecode et qu’il propose un effort de maîtrise des dépenses de l’Etat bien moins important que la tendance actuelle, force est de constater que M. Bayrou ne se donne pas les moyens de sa politique, à moins que la baguette magique dont il dit disposer pour trouver une majorité de gouvernement ait également le pouvoir de faire disparaitre les dettes…
5. Fiscalité : stabilisation des prélèvements obligatoires, plafonnement des niches fiscales sur l’impôt sur le revenu et élargissement de l’assiette de l’ISF
Pour François BAYROU, les Français ne paient pas trop d’impôts, le travail n’est pas trop taxé et les entreprises ne sont pas handicapées dans la concurrence internationale. Parce qu’il n’est pas facile pour lui de réduire les dépenses, surtout lorsqu’on refuse de parler des effectifs de fonctionnaires, alors François BAYROU propose de ne pas baisser les prélèvements qui pèsent sur les Français.
Au contraire, François BAYROU pense que l’impôt sur le revenu n’est pas assez lourd pour ceux qui le payent : il veut plafonner les « niches fiscales ». Mais qu’est-ce que c’est que les niches fiscales ? Par exemple, l’abattement de 10% sur les pensions et les retraites, c’est une niche fiscale, comme la prime pour l’emploi ou l’exonération d’impôt sur le revenu pour l’allocation adulte handicapé ou les pensions d’orphelins, sans parler des aides à l’investissement dans le logement locatif ou les mesures qui incitent à investir en outremer. Sur tous ces sujets-là, François BAYROU pense qu’il y a 4 milliards d’euros d’économies à faire. Les Français vont le sentir passer…
Sur l’ISF, le comble du ridicule est atteint : après avoir annoncé qu’on allait y mettre tout le patrimoine, y compris le patrimoine professionnel, marche arrière toute ! On va inciter les Français à déclarer honnêtement leur patrimoine... En réalité, on se prépare à liquider l’ISF sans l’avouer. Le taux actuel est entre 0,55 et 1,8%. Avec François BAYROU, il passerait tranquillement 0,1% !
D’ailleurs, il critique le bouclier fiscal, en refusant de voir que 90% des bénéficiaires du bouclier fiscal sont des Français modestes, qui ont eu le malheur de voir leurs revenus baisser très fortement d’une année sur l’autre et qui se retrouvent "étranglés".
6. Un manque criant : rien sur l’assistanat ! Tout sur les droits, rien sur les devoirs !
Une partie de nos concitoyens a été abandonné dans un profond état d’assistanat. Il est criminel de faire comme si cette situation que tout le monde connait n’existait pas. Bien sûr, il faut revaloriser le travail et que, pour chacun, reprendre un emploi rapporte davantage que l’inactivité : tout le monde est d’accord, François BAYROU aussi. Mais il faut aussi avoir le courage de poser le principe que le RMI sera versé demain avec une contrepartie pour le bénéficiaire ; les droits des chômeurs seront respectés, mais il aura aussi des devoirs, notamment celui de ne pas refuser plus de 2 emplois correspondant à ses compétences. Là, François BAYROU, parce qu’il a peur de la vérité, est muet.
Pour finir, François BAYROU dénigre les propositions qu’il ne peut pas suivre. Lorsque Nicolas SARKOZY annonce une réduction forte des prélèvements en même temps qu’un assainissement financier, c’est parce qu’il sait pouvoir agir contre la dépense publique inutile ou inefficace. Selon BAYROU, baisser le taux de prélèvements obligatoires de 4 points en 10 ans en France est impossible, Margaret THATCHER n’ayant jamais réussi le tiers d’une telle baisse. Nos références sont différentes :