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A trois mois des législatives, Merkel semble sans rival

Au zénith de sa popularité, la chancelière Angela Merkel semble sans rival à trois mois des législatives en Allemagne, pourtant sa réélection n'est pas assurée, estiment des analystes.

A première vue, les jeux semblent faits. D'un côté, la "femme la plus puissante du monde", en quête d'un troisième mandat de quatre ans, qui caracole en tête des sondages. De l'autre, un social-démocrate (SPD) mal aimé et qui peine à incarner les valeurs d'un parti profondément divisé.

Chef du gouvernement, elle occupe naturellement la scène médiatique: aux côtés des victimes d'inondations, en leader international au G8, recevant le président américain Barack Obama à Berlin.

Son adversaire, Peer Steinbrück, s'est seulement illustré il y a peu en versant une larme après que sa femme Gertrud l'a défendu publiquement contre les attaques médiatiques récurrentes.

Avec constance, les sondages donnent les Unions chrétiennes CDU/CSU de Merkel largement en tête le 22 septembre. Mercredi, une enquête Forsa pour Stern et RTL les créditait de 40% d'intentions de vote contre 22% pour le SPD (son plus bas de l'année) et 15% pour les Verts. L'allié libéral (FDP) de Merkel était donné à 6%, ce qui permettrait de reconduire la coalition gouvernementale actuelle. La gauche radicale Die Linke pointait à 8%.

Et s'ils pouvaient élire directement leur chancelier, 58% des Allemands voteraient pour Merkel, 18% pour Steinbrück.

"Même si elle a toutes les cartes en main, la chancelière sait que les jeux ne sont pas faits", affirme pourtant Lothar Probst, politologue de l'université de Brême.

"La CDU/CSU est quasi-certaine d'arriver en tête, essentiellement grâce à la popularité de Merkel. Mais cela ne veut pas dire qu'elle est assurée de rester chancelière", estime aussi Oskar Niedermayer, chercheur en Sciences politiques à l'Université libre de Berlin.

Il souligne qu'en Allemagne on vote pour des partis, pas pour des personnalités, à la quasi-proportionnelle.

"D'après les sondages, il suffit d'un mouvement de 2 ou 3 points pour passer d'une victoire de la coalition au pouvoir à une victoire de l'opposition SPD/Verts, ou bien à une situation ou aucun des deux blocs n'aurait de majorité ce qui conduirait probablement à une grande coalition des conservateurs avec les sociaux-démocrates", explique-t-il.

Populaire comme défenseuse acharnée des intérêts de son pays dans la crise de l'euro, "pragmatique et modeste" comme l'aiment les Allemands, selon M. Probst, elle commençait à être critiquée sur le thème de l'isolement de l'Allemagne en Europe.

Mais depuis le début de l'année, elle a multiplié les initiatives sur l'emploi des jeunes en Europe ou la croissance, resserrant les liens avec le président socialiste français François Hollande.

Dans le programme des conservateurs, qui doit être présenté dimanche, elle aligne les promesses sociales: hausse des retraites des mères de famille ou des allocations familiales, mise en place d'un salaire minimum par branche, notamment.

Elle coupe l'herbe sous le pied du SPD, qui critique la hausse des inégalités dans un pays vanté pour ses performances économiques.

En décidant en 2011 l'abandon du nucléaire, elle avait déjà subtilisé aux Verts un de leurs thèmes historiques.

"La CDU s'est recentrée, tant sur les questions sociales qu'en développant les places de crèche, la politique d'éducation, la politique familiale", souligne M. Probst.

En face, le SPD se débat avec l'héritage du chancelier social-démocrate Gerhard Schröder.

Ses réformes du marché du travail au début des années 2000 sont louées par la droite qui le crédite d'avoir relancé la compétitivité d'un pays alors présenté comme l'homme malade de l'Europe. Mais les inégalités sociales ont explosé, divisant le SPD et affectant son image.

Le parti souffre aussi de l'incapacité de Steinbrück à faire décoller sa campagne.

Il ne s'est jamais remis de ses débuts ratés avec une polémique sur ses conférences grassement payées auprès de grandes entreprises et une déclaration malheureuse sur la rétribution selon lui "insuffisante" du chancelier.

Les analystes pointent le manque de crédibilité d'un homme de la droite du parti, qui fut ministre des Finances de Merkel, pour incarner un programme marqué à gauche.

Or, en ces temps de crise économique "il est particulièrement important pour les électeurs d'avoir un leader en qui ils ont confiance", souligne Klaus-Peter Schöppner, chef de l'institut de sondage TNS Emnid.

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