Un Républicain de Guingamp
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"J'ai mal dans le dos...": le 9 novembre, vers 19H15, le général s'écroule

General-de-Gaulle.jpgLe général Charles de Gaulle est mort le lundi 9 novembre 1970 à 19H30 dans sa propriété de La Boisserie à Colombey-les-Deux-Eglises (Haute-Marne), où il résidait depuis sa démission de la présidence de la République un an et demi plus tôt.

Il aurait eu 80 ans le 22 novembre.

L'ancien chef de la France Libre et fondateur de la Ve République s'apprêtait à dîner, après avoir travaillé l'après-midi à ses "Mémoires d'espoir" dans son bureau. Il venait de gagner la "bibliothèque" où, comme chaque soir il s'était assis devant sa table de bridge et avait étalé ses cartes à jouer pour une réussite, en attendant le journal télévisé. Seule à ses côtés, Yvonne de Gaulle écrivait, installée à son secrétaire.

Vers 19H15, le général murmura : "J'ai mal dans le dos..." et s'affaissa dans son fauteuil, perdant connaissance. Le Dr Guy Lacheny et le curé de Colombey arrivèrent dix minutes plus tard. Le médecin diagnostiqua une rupture d'anévrisme abdominal. De Gaulle expira en recevant les derniers sacrements.

Sa mort fut tenue secrète jusqu'au lendemain matin, Mme de Gaulle désirant prévenir leurs deux enfants. Il n'y eut aucun communiqué, aucune annonce officielle. Les rumeurs se répandirent dès les premières heures de la matinée. "La France est veuve...", déclare à la télévision le président Georges Pompidou le 10 novembre, en fin de matinée.

 

Il a pris soin de rédiger dès 1952 ses dernières volontés pour ses funérailles: “je veux que mes obsèques aient lieu à Colombey-les-Deux-Eglises. Si je meurs ailleurs, il faudra transporter mon corps chez moi, sans la moindre cérémonie publique. Ma tombe sera celle DÙ repose déjà ma fille Anne et où, un jour reposera ma femme. Inscription : Charles de Gaulle (1890 -… ). Rien d’autre. La cérémonie sera réglée par mon fils, ma fille, mon gendre, nia belle-fille, aidés par mon cabinet, de telle sorte qu’elle soit extrêmement simple. je ne veux pas d’obsèques nationales. Ni président, ni ministres, ni bureaux d’assemblées, ni corps constitués. Seules, les Armées françaises pourront participer officiellement, en tant que telles; mais leur participation devra être de dimension très modeste, sans musiques, ni fanfares, ni sonneries. Aucun discours ne devra être prononcé, ni à l’Eglise ni ailleurs. Pas d’oraison funèbre au Parlement. Aucun emplacement réservé pendant la cérémonie, sinon à ma famille, à mes Compagnons membres de l’ordre de la Libération, au Conseil municipal de Colombey. Les hommes et femmes de France et d’autres pays du monde pourront, s’ils le désirent, faire à ma mémoire l’honneur d’accompagner mon corps jusque sa dernière demeure. Mais c’est dans le silence que je souhaite qu’il y soit conduit, je déclare refuser d’avance toute distinction, promotion, dignité, citation, décoration, qu’elle soit française ou étrangère. Si l’une quelconque m’était décernée, ce serait en violation de mes dernières volontés.”

C’est selon ces dernières volontés que se déroulent ses funérailles. Mais l’émotion est telle que la République décide d’organiser une messe de requiem solennelle à Notre-Dame de Paris, le 12 novembre, où se presse une foule compacte, mêlant petits et grands de ce monde. Un demi-million de Parisiens ont ce jour-là remonté les Champs-Elysées sous la pluie pour déposer des fleurs place de l'Etoile.

“Il était ainsi fait qu’il ne pouvait que servir son pays, et, au milieu de notre tristesse, nous lui devons encore ceci d’avoir vu un jour, sous les voûtes de notre vieille cathédrale, les nations unies autour de nous dans le respect et l’amitié.

Sans doute leurs représentants sont-ils venus saluer une dernière fois le dernier des Grands de la Seconde Guerre mondiale, mais qui, dans cette foule attentive et muette, n’aura pas senti que la courtoisie diplomatique n’était qu’une des raisons mineures de ce concours inouï de délégations funèbres, et qui n’aura pas compris qu’il s’agissait de bien autre chose que d’un témoignage international d’admiration rendu au prestige d’un homme d’Etat

En fait, le monde politique a fait taire un instant ses dissentiments et ses ambitions pour s’incliner devant une volonté qui n’était pas une volonté de puissance, devant une grandeur qui devait bien peu de choses à la force, devant une intelligence tournée vers la paix, et, en fin de compte, c’est à “une certaine idée de la France” qu’il est venu rendre hommage”, écrit André Frossard, dans “Le Figaro”.

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