31 Mars 2010
L'alimentation halal --conforme à la religion musulmane-- souffre de l'absence d'une norme unique en France et de la multiplication des organismes de certification.
Halal signifie "licite" au regard de l'islam: sont interdits la viande de porc, y compris la gélatine qui sert par exemple à fabriquer des bonbons, et la viande provenant d'un animal qui n'est pas égorgé vivant.
Mais, contrairement aux produits casher, garantis par le Consistoire central des juifs de France, il n'existe pas dans l'Hexagone de label halal, reconnu par l'ensemble de la communauté musulmane, estimée à environ 5 millions de personnes, soit la plus importante d'Europe.
C'était pourtant une des missions confiées au Conseil français du culte musulman lors de sa création en 2003. En vain. "La seule sur laquelle ils se sont mis d'accord c'est sur l'orthographe du mot halal, avec un seul +l+", ironise Antoine Bonnel, fondateur du salon du halal, qui se tient à Paris les 30 et 31 mars. Depuis, "le problème reste entier", selon lui.
Dans les faits, trois mosquées --Paris, Lyon, Evry-- sont habilitées à délivrer des cartes de sacrificateurs, mais ce sont ensuite une multitude d'organismes, qui effectuent des contrôles, notamment dans les abattoirs, avec des méthodes et des définitions du halal différentes.
Ainsi le foie gras certifié halal par certaines structures est refusé par d'autres qui combattent le gavage comme une forme de maltraitance animale. Certaines entreprises sont quant à elles "autocertifiées", ou emploient elles-mêmes les contrôleurs, dénoncent plusieurs associations.
"Chacun fait du halal à sa sauce et, comme il n'y a pas de cadre juridique, beaucoup continuent à trafiquer. Le consommateur est abusé au quotidien", dénonce Najib Khaled, directeur commercial des viandes Gourault à Blois.
Or les enjeux financiers, y compris de la certification, sont d'importance: le marché du halal est estimé à 5,5 milliards d'euros en France cette année, selon l'étude du cabinet Solis.
Le coût de la certification est parfois très élevé, "jusqu'à 45 centimes d'euro le kilo pour AVS", l'organisme "A votre service", selon M. Bonnel, qui s'interroge sur le manque de transparence des fonds ainsi récoltés.