Un Républicain de Guingamp
Publicité

Légion d'honneur : Les récipiendaires exclus ou suspendus et ceux qui ont osé refuser

Legion-d-honneur.jpgL'Ordre de la Légion d'honneur compte plusieurs cas notoires de suspension ou d'exclusion définitive. Cette distinction est automatiquement retirée aux personnes reconnues coupables de "crime" -quelle que soit la peine infligée-, ou condamnées à une peine d'emprisonnement ferme, égale ou supérieure à un an.

 

Parmi les "exclus" de l'ordre:

 

- Nov 1999 - Maurice Papon, condamné à 10 ans de réclusion en 1998 pour complicité de crime contre l'humanité pour son rôle dans la déportation de juifs (entre 1942 et 1944), est exclu de l'Ordre de la Légion d'honneur, dont il était Commandeur depuis 1962.

 Libéré en septembre 2002 pour raison de santé, il est condamné en 2004 à 2.500 euros d'amende pour port illégal de cette distinction. A sa mort, en 2007, à l'âge de 96 ans, ses proches le font inhumer avec sa décoration.

 

- Juin 2005 - Le général Paul Aussaresses, condamné en décembre 2004 pour apologie de la torture à la suite de la publication de ses mémoires sur la guerre d'Algérie (parues en 2001), est exclu de la Légion d'honneur en sa qualité de Commandeur, et privé du droit d'en porter les insignes.

 

- Oct 2005 - Fernand Blanc, ancien président de la Chambre de commerce et d'industrie de Lyon, condamné à cinq ans de prison -dont deux ferme- pour avoir fauché cinq pompiers de Loriol (Drôme) sur l'autoroute en 2002, est exclu de la Légion d'honneur.

 

- Oct 2005 - Christian Dufour et Jacques Leport, deux personnalités condamnées par la justice en 2003 pour leur participation à un réseau de corruption lié à la passation des marchés publics dans les Yvelines, sont définitivement exclus de la Légion d'honneur.

 

- Juin 2008 - Le préfet hors-cadre Jean-Charles Marchiani, condamné en appel à des peines de prison -de trois et un an- dans deux affaires de commissions occultes, est privé de sa décoration de Chevalier de la Légion d'honneur.

 

- Août 2009 - L'ex-diplomate Jean-Pierre Castella, condamné en 2008 à six mois de prison ferme pour des actes de pédophilie, alors qu'il était en poste en Egypte dans les années 90, est privé définitivement de sa Légion d'honneur.

 

 Parmi les "suspendus":

 

- Août 2005 - L'ex-organisateur du Vendée Globe et vainqueur de la course autour du monde à la voile en solitaire Philippe Jeantot, condamné à deux ans de prison avec sursis, est suspendu pour deux ans de la Légion d'honneur qu'il avait reçue en 1986.

 

- Avr 2008 - Le commissaire-priseur parisien Jean-Claude Binoche est suspendu de sa décoration de chevalier pour une durée de cinq ans, à la suite d'une condamnation pour "abus de confiance aggravé".

 

- Août 2009 - Georges Pérol, ancien dirigeant de l'Office public des HLM de Paris, condamné à de la prison avec sursis en 2006 pour sa participation à des détournements de fonds publics, est suspendu pour cinq ans de la Légion d'honneur.

 

Ceux qui ont osé refuser "le hochet"

 

Napoléon Bonaparte assurait que "c'est avec les hochets qu'on mène les hommes", mais plus d'un a refusé le ruban rouge du prestigieux Ordre de la Légion d'honneur qu'il avait créé le 19 mai 1802.

De La Fayette à Jean-Paul Sartre, de Marie Curie à Brigitte Bardot, des dizaines de politiciens, hommes ou femmes de lettres, scientifiques, artistes, ou "anars" ont considéré cette "breloque" avec indifférence ou dédain.

Deux "promus malgré eux" du 14-Juillet dernier, Jacques Bouveresse, titulaire d'une chaire de philosophie au Collège de France et l'organiste et compositeur Jean Guillou, ont décliné sèchement la distinction.

En janvier 2009, les journalistes politiques Françoise Fressoz (Le Monde) et Marie-Eve Malouines (France Info) refusaient la décoration, arguant que "rien dans (leur) parcours professionnel ne justifiait pareille distinction".

Refus ferme, mais poli. Ce ne fut pas toujours le cas.

A ceux qui la lui proposaient, l'écrivain Marcel Aymé, répondit en 1949, dans un article, qu'ils pouvaient "se la carrer dans le train".

Le compositeur Hector Berlioz, auquel l'Etat voulait payer une messe de Requiem avec le ruban rouge, au lieu de lui verser les 3.000 francs promis, s'écria : "Je me fous de votre croix. Donnez-moi mon argent!"

Le comédien et humoriste Coluche avait prévenu: "Si on voulait me donner la Légion d'honneur, j'irais la chercher en slip pour qu'ils ne sachent pas où la mettre".

Si les poètes anarchistes Georges Brassens et Léo Ferré la brocardent en chantant, Jacques Prévert souligne que "c'est très bien de la refuser, mais encore faudrait-il ne pas l'avoir méritée".

D'autres s'indignent de la "désacralisation" d'une distinction, injustement refusée ou distribuée "comme des médailles en chocolat", selon Mme de Fontenay, qui présida le comité des Miss France.

Philippe Séguin, premier Président de la Cour des Comptes, ne voulut pas la recevoir, estimant qu'elle aurait dû revenir à son père, mort en 1944 pour la France.

L'écrivain Bernard Clavel s'estimant indigne de "porter le même ruban que (son) oncle qui avait versé son sang pour son pays", préféra rester "dans le clan de ceux qui l'ont refusée, où, disait-il, je côtoie Berlioz, George Sand, Littré, Courbet, Daumier, Maupassant, Eugène Le Roy et Marcel Aymé".

"Je m'y sens beaucoup mieux que dans la foule immense où, ceux qui ont mérité qu'on les distingue, se mêlent à ceux, innombrables, qui ont payé leur place".

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :