26 Janvier 2022
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“Ne met pas qui veut la France dans ses valises”, écrivait Malraux dans Les chênes qu’on abat. Le mouvement des Gilets jaunes l’a rappelé, – avant qu’il ne dégénère dans la violence – lorsque par milliers, ils sont descendus dans la rue pour dénoncer un président déconnecté des réalités du pays. Ils exprimaient alors le désarroi de ceux qui perdent espoir en la valeur travail et en la justice sociale dans notre pays. La verticalité d’un pouvoir solitaire est venue pendant ce quinquennat percuter la réalité d’un quotidien sans horizon.
Non, le travail ne paie plus : monétairement – minée par l’érosion du pouvoir d’achat – la rémunération ne sécurise plus la vie. Plus grave encore, il ne paie plus symboliquement, déconsidéré et ne permettant plus la reconnaissance et l’aspiration à l’élévation sociale de chaque génération.
Oui, les Français vivent avec angoisse l’augmentation de l’inflation, et notamment les ménages les plus modestes qui subissent notamment la hausse des prix des carburants. Avec la politique actuelle du gouvernement, les Français vont perdre 1% de pouvoir d’achat lors du premier trimestre 2022, alors qu’ils ont vu la note énergétique augmenter de 360 euros par an par rapport à 2019 et les dépenses contraintes (loyer, factures et autres frais obligatoires) passer de 29% de leur budget en 2019 à 35% en 2021.
Si la formule du “en même temps” a caractérisé le Président Emmanuel Macron, elle a aussi été le reflet de sa politique de contradictions flagrantes. Je me souviens des premiers vœux aux Français de décembre 2017 où un hymne au “gagner davantage” était présenté comme la clef de la pensée politique, voire philosophique, et un moyen d'émancipation pour que chacun puisse trouver sa place. Or, au moment du bilan, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Nous comptons en France pas moins de 2 millions de travailleurs pauvres. La semaine dernière, devant le Parlement européen, nous entendions le Président opposer deux visions : celle du progressisme et celle du populisme, comme si le monde se limitait étroitement à ces deux lectures. Je considère que le mot Progrès n’aura aucun sens aussi longtemps qu’il y aura 2 millions de travailleurs pauvres.
Le travail doit payer – pour tous – et être accompagné d’un véritable choc de pouvoir d’achat. Car oui, les Français dépensent de plus en plus d’argent pour les factures et de moins en moins pour eux. Tous les beaux discours sur les nouvelles mobilités ou la start-up Nation ne changeront rien à la réalité des ménages qui, en zone rurale, peuvent payer plus d’un SMIC en carburant simplement pour aller travailler.
Pour moi, le mot travail a un sens profond : il nous permet de nous accomplir et d’acquérir non seulement une rémunération, mais aussi un rôle social. Le travail est un des outils de l’accomplissement, par la maîtrise d’un savoir-faire, d’un geste, par la recherche de l’esprit d’équipe. C’est aussi l’engagement pour les autres et le don de soi, comme on l’a vu au pic de l’épidémie avec le courage des travailleurs de première ligne, dans les services publics, la grande distribution ou les hôpitaux. C’est la possibilité de transmettre à d’autres, notamment aux plus jeunes, et d’évoluer soi-même dans les responsabilités. C’est une des clefs d’une vie accomplie et les Français le savent. C’est pourquoi la politique de revalorisation du travail doit être la clé de voûte du prochain quinquennat. Je veux bâtir une France qui redonnera du sens au travail. Je veux rétablir une politique qui l’encourage. La qualité de vie, le pouvoir d’achat, la justice sociale ne peuvent pas se payer de mots.
Parce que la valeur travail est au cœur de tout, je veux un travail qui paie, tout en réduisant les taxes. Mon objectif est ainsi d'augmenter de 10% en cinq ans les salaires nets de 12 millions de salariés jusqu’à 2,2 SMIC (3 200 euros par mois). Dès l’été 2022, je baisserai le cotisations vieillesse salariales pour que le salaire net de tous les salariés et agriculteurs concernés progresse mécaniquement de 3%. L’État prendra en charge le coût. Nous mettrons aussi en place avec les partenaires sociaux des conférences sociales et salariales annuelles et un observatoire des salaires. Chaque année, nous verrons les hausses de salaires décidées par les entreprises. Nous ferons en sorte que les salaires nets progressent de 5% en 2022 et 2023 et que l’on atteigne les 10% hors inflation en 2027. Nous aborderons à cette occasion avec les entreprises les différents volets des réformes sociales. J’ai notamment l’intention de libéraliser le temps de travail pour permettre aux Français de travailler plus et donc de gagner plus par des accords de branche ou d’entreprise adaptés fixant la durée de référence au-dessus de 35 heures.
Dans tous les cas, même quand la durée de travail de référence est supérieure, les heures travaillées au-dessus de 35 heures continueront d’être exonérées de charges salariales et d’impôt sur le revenu, sans plafond. Pour les salariés en forfait jours, les entreprises pourront les racheter avec l’accord des salariés sans plafond et sans payer de cotisations sociales patronales. Les salariés pourront donc travailler plus et gagner plus, indépendamment de la hausse de 10% à temps de travail égal.
Enfin, nous devons passer à un capitalisme des parties prenantes, où le salarié peut davantage avoir accès aux bénéfices de l’entreprise. J’ai l’intention d’inciter les entreprises à ouvrir davantage leur capital aux salariés avec l’objectif de leur réserver 10% de l’entreprise. Les entreprises seront également incitées à étendre les mécanismes de la participation, qui doit devenir un véritable dividende salarié et dont l’imposition doit être abaissée.
Ce choc de pouvoir d’achat sera ma priorité. Il donnera tout son sens à la valeur travail. Un travail qui paie et sécurise le quotidien, mais qui donne aussi la reconnaissance et l’espoir nécessaire.