Site d'information de Philippe Le Roux Ancien cadre local et national du RPR, de l'UMP et de LR Délégué de la Circonscription de Guingamp Conseiller auprès du Directeur général de l'UMP et Conseiller politique du Président de la République
2 Février 2022
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Si je vous dis qu’en ayant recours à des plates-formes informatiques en nuage (« cloud ») émanant de superpuissances, la France subit une forme de colonialisme numérique ? Si je vous dis qu’en déroulant le tapis rouge aux solutions issues par exemple des GAFAM, la France se fragilise et remet en question sa stabilité et son économie ? Si je vous dis que la non-maitrise d’infrastructures numériques essentielles peut être synonyme de mise sous tutelle et de perte de contrôle sur des sujets structurants comme la santé, l’industrie, la défense… le croirez-vous ?
Oui, nous sommes devenus dépendants. Dépendants d’acteurs incontournables qui, de par leur importante force de frappe, déploient au plus grand nombre des services et des technologies jusqu’à écraser la moindre concurrence et exercer un monopole incontestable. Quelle réponse de la part de la puissance publique ? Quels moyens déployés par la France et par l’Europe face à ces géants aux moyens considérables ?
Il ne s’agit pas d’être défaitiste et encore moins de pointer du doigt la révolution numérique, qui a tant apporté à notre société. Mais c’est une lecture lucide, « techno-réaliste », de notre époque qu’il nous faut avoir. Une nouvelle vision du monde s’est progressivement imposée à nous et a changé nos modes de vie. Cette vision, c’est celle du big data, de l’intelligence artificielle, de la cybercriminalité… et tant d’autres sujets qui échappent aujourd’hui aux pouvoirs publics et judiciaires de notre pays.
L’équité fiscale, la concurrence ouverte et loyale, le respect des réglementations nationales, la protection et la sécurité des entreprises et des individus, sont des principes nationaux bafoués. Ce sont aussi indirectement des dérives et des excès croissants qui ont été rendus possibles par le laxisme des gouvernements, qui non seulement n’ont pas su anticiper cet état de fait, mais surtout n’ont pas su y faire face, en tenant un discours ferme en direction des GAFAM et en y mettant les moyens nécessaires.
Il nous faut défendre avec force nos intérêts nationaux et décider d’actions concrètes permettant de progressivement, tracer le chemin vers moins de dépendance et plus de liberté.
Alors, je veux vous le dire : Je m’engage à doter la France d’une ambition numérique et des moyens nécessaires pour tendre vers plus d’autonomie. Certes, la bataille est loin d’être gagnée, mais je ne me résous pas à ne pas la livrer ! Je veux une France numérique indépendante, qui développe son écosystème qui ne soit pas « GAFAM-dépendant ». Je veux une France en position de pays leader dans la grande campagne de numérisation du monde, celle du XXIème siècle, celle au cœur des enjeux économiques, géopolitiques, moraux ou encore écologiques
La récente politique offensive du Vieux Continent révèle une prise de conscience indéniable que l’absence de règles détruit la liberté, que l’absence d’outils de contrôle et de sanction des systèmes techniques ultradominants menace nos équilibres et nos valeurs. À cet égard, l'adoption du « Digital Market Act » et du « Digital Services Act » au Parlement européen, ou encore l’instruction par l’Autorité de la Concurrence sur les pratiques dans le secteur du cloud, constituent des efforts certains pour corriger le retard européen. De même que le futur « Chips Act » - qui selon Thierry Breton, a pour ambition « d’être leader sur les prochaines générations de puces » notamment pour faire face à la pénurie de semi-conducteurs, permet d’espérer un sursaut quant à notre capacité de production dans les matériaux et composants d’avenir.
Mais la redistribution des forces politiques pour un contrôle du domaine numérique ne se fera pas sans une conception globale de notre souveraineté dans ce domaine. J’appelle à une doctrine commune ouvrant sur un cloud souverain, au développement des pôles d’excellence, à la transformation des Licornes en entreprises puissantes (et dont les fonds issus de levées ne viendraient pas quasi exclusivement de l’étranger) et ciblées dans des domaines stratégiques majeurs pour notre pays. Au déploiement d’un programme majeur de sécurité de nos systèmes et de réarmement numérique garantissant la maîtrise de nos données. J’appelle au contrôle de la loyauté des IA et des algorithmes que nous utilisons, à titre professionnel ou personnel.
Je compte ainsi ouvrir une troisième voie, alternative aux visions américaine et chinoise, a contrario du gouvernement actuel qui a abandonné nos données de santé à Microsoft. Une voie où les infrastructures d’État ne seront pas laissées à Amazon, comme avec l’hébergement retenu par BPI France. Une voie où nous devons durcir le ton pour clarifier qui est souverain en France et selon quels critères. Une voie où c’est à nous de fixer nos règles, et non aux lois non européennes de s’imposer chez nous.
Oui, j’appelle de mes vœux à sortir d’une spirale d’intégration subie pour entrer dans un système indépendant. J’appelle ainsi toutes les forces publiques et privées du secteur de la tech à se mobiliser autour de la construction d’un cloud souverain, à l’échelle européenne, qui protégera nos données personnelles et publiques d’ici 2030. Cet outil sera un gage fondamental de notre indépendance, à l’heure où les États-Unis violent toute confidentialité en s’arrogeant le droit d’accéder aux données hébergées par leurs entreprises sur notre sol national et communautaire. Par ailleurs 72% des Français se déclarent opposés à ce que leurs données personnelles soient conservées hors de l’Union européenne.
Plus largement, j’appelle à nous battre pour défendre nos fleurons nationaux et européens, pour assurer notre souveraineté en encourageant le développement de nos entreprises de technologies. En effet, si nos chercheurs comptent parmi les meilleurs au monde, notre pays peine à convertir cette ressource intellectuelle en puissance économique et industrielle. Une récente étude BPI France / PhD Talent met en lumière cette contradiction : près d’un chercheur sur deux envisage la création de start up comme choix de carrière, mais seulement 20% se sentent encouragés à valoriser leurs travaux de recherche ou à créer leur entreprise… et 74% pensent qu’il est difficile de financer sa start-up en France. Or les chercheurs d’aujourd’hui sont les « start-up » de demain ! Se battre pour notre souveraineté, c’est d’abord se battre pour favoriser la création de fleurons technologiques dans notre pays.
Je veux que les entreprises françaises et européennes qui investissent le champ de la cybersécurité ou de l’intelligence artificielle deviennent championnes de notre souveraineté, à l’image de scale-up comme Tehtris ou OVH.
La souveraineté nationale comme priorité stratégique doit aussi s’enraciner dans nos institutions. Je compte pour cela créer un poste de coordonnateur du numérique, sorte de Chief Technical Officer de la République, en lien permanent avec la Présidence, afin de mieux coordonner l’action publique depuis le plus haut niveau de l’État. Je veux également installer un Haut Conseil de la souveraineté économique et numérique, sous l'autorité du Premier ministre, qui pourra contrôler les investissements étrangers à l’aune de ces enjeux stratégiques.
C’est entre Bruxelles et tous les territoires de France que je veux tracer la voie d’une véritable vision techno-réaliste, lucide sur les bénéfices potentiels comme sur les menaces, à la fois protectrice et émancipatrice, qui éclairera nos choix stratégiques au cours des prochaines décennies.