25 Août 2008
Longtemps oublié, le petit village tourangeau de Maillé, où se rend lundi pour la première fois un président de la République, a été le théâtre de l'un des pires massacres de civils par l'armée allemande en France durant la seconde guerre mondiale.
Le 25 août 1944, jour de la libération de Paris, 60 à 80 soldats allemands massacraient, au fusil ou à l'arme blanche, 124 des 500 habitants de Maillé, dont 42 femmes et 44 enfants, avant de bombarder le village.
Deuxième massacre de civils en France, derrière celui d'Oradour-sur-Glane (642 victimes, le 10 juin 1944), Maillé n'a pourtant été que rarement mentionné dans les livres d'histoire. Les habitants de la région, marqués par l'horreur de cette journée, l'appellent d'ailleurs "le massacre oublié".
La plus jeune des victimes avait trois mois, la plus âgée 89 ans, selon Sébastien Chevereau, un responsable de la Maison du souvenir de ce village, proche de Chinon. Selon lui, "c'est un sujet extrêmement sensible car il y a encore 28 orphelins de guerre à Maillé", tous âgés maintenant de plus de 65 ans.
A ce jour, le mystère reste entier quant aux auteurs du massacre, commis dans la confusion entourant le repli des unités allemandes sous la pression des forces alliées.
Les Allemands ont découvert l'existence de ce massacre en 1988. Une première enquête a été menée en 1990 par la justice allemande, sans aboutir, avant qu'un procureur de Dortmund ouvre en 2004, à la suite de travaux universitaires, une information judiciaire pour crime de guerre. Ce type de crime demeure imprescriptible outre-Rhin.
Ce procureur, Ulrich Maass, s'est rendu sur place le 15 juillet dernier pour faire avancer cette enquête, dont les résultats sont très attendus par les survivants. Ayant trouvé des "archives intéressantes", il doit revenir en novembre.
Une soixantaine de témoins ont déjà été entendus en France, en Allemagne et en Autriche.
"Durant le retrait des forces allemandes en Europe, des massacres ont été commis. Celui de Maillé a été oublié", a constaté M. Maass lors de son séjour en France.
Le massacre pourrait être lié à un accrochage, la veille au nord du village, entre un groupe de résistants et des soldats allemands et à la mort dans une embuscade d'un officier SS quelques jours auparavant. "De jeunes soldats étaient missionnés pour des représailles et tout porte à croire qu'ils ont commis ce massacre de leur propre initiative", selon M. Maass.