5 Août 2009
La crise financière a conduit plusieurs instances, notamment le G20, à proposer des règles encadrant les bonus des traders, mais elles ne sont pour l'instant appliquées que par quelques banques, dont les françaises.
"Les pratiques de rémunération au sein des grands établissements financiers sont l'un des nombreux facteurs qui ont contribué à la crise financière qui a démarré en 2007", a estimé le Forum de stabilité financière (FSF) dans un document publié à l'occasion du G20 de Londres, début avril.
Pour cet organisme consultatif réunissant régulateurs et banquiers centraux, devenu depuis le conseil de stabilité financière, ces bonus ont été des "encouragements pervers" à la prise de risque.
Le conseil a donc publié une liste de recommandations, dont l'essentiel a été repris par le G20 dans sa déclaration de Londres.
Elles requièrent un renforcement du rôle du conseil d'administration dans le suivi des rémunérations variables, un lien étroit entre le risque et la rémunération et l'étalement des bonus sur plusieurs années pour tenir compte de la durée de vie des opérations.
En outre, le G20 demande aux banques de publier "une information claire, complète et opportune" sur leurs rémunérations.
A ce jour, seules certaines banques, occidentales pour l'essentiel, se sont pliées à ces recommandations.
Dès début février, à la demande du gouvernement, les banques françaises avaient pris une série d'engagements, dans l'esprit de ceux du G20.
Le régulateur britannique, la FSA, doit publier prochainement un code de conduite qui entrera en vigueur début 2010. Elle indique que d'éventuels manquements pourraient être sanctionnés.
Malgré des déclarations menaçantes en début d'année, les autorités américaines ont renoncé à obtenir des engagements de leurs banques, qui sont parmi les plus importantes au monde.
Certaines d'entre elles, notamment l'Américaine Morgan Stanley, ont néanmoins annoncé une modification de leurs pratiques.
Outre les préceptes du G20, beaucoup souhaiteraient voir disparaître les bonus garantis. Sans condition de performance, ces enveloppes sont régulièrement offertes par de grandes banques pour débaucher un trader vedette chez un concurrent.
Le principe du plafonnement pur et simple des bonus n'est lui jamais véritablement entré dans le débat.
Les bonus des traders, mode d'emploi
Les bonus des traders concentrent les critiques adressées au capitalisme financier car il n'existe pas de malus pour les opérateurs qui causent des pertes : au mieux, ils ne touchent pas de prime, au pire, ils sont mis à la porte.
Les bonus sont des primes salariales, essentiellement en "cash" même si la part en actions a tendance à s'accroître ces dernières années, versés en début d'année en fonction de l'appréciation par le supérieur des résultats passés du salarié, mais aussi de son importance stratégique pour l'année suivante (d'après Olivier Godechot, auteur de "Working Rich. Salaires, bonus et appropriation du profit dans l'industrie financière", ed. la Découverte).
Ce mode de distribution est né à la fin des années quatre-vingt dans les grandes banques anglo-saxonnes et s'est progressivement étendu en France.
Les bonus ne sont pas calculés en fonction d'un résultat individuel. "On alloue à un supérieur un budget en fonction de l'appréciation du résultat de l'équipe et celui-ci alloue à son tour son budget en fonction de l'appréciation de l'importance de ses subordonnés", écrit M. Godechot.
Toute l'enveloppe n'est pas distribuée aux traders: une partie sert à rémunérer les chefs d'équipe et de salles de marché, qui concentrent les bonus les plus élevés, tandis qu'une autre alimente les enveloppes des fonctions de contrôle.
"Le bonus moyen d'un trader est très variable et peut être entre 3 et 5 fois supérieur à son salaire fixe", selon le cabinet de recrutement Vendôme Associés. Les écarts de rémunération entre les traders sont "très importants" selon le type de placement. Les "dérivés actions" sont les plus rémunérateurs.
"Les profils exceptionnels, c'est-à-dire supérieurs, voire très supérieurs, au million d'euros, sont très rares en France. A Londres ou New York, pour les excellents opérateurs, les bonus peuvent être deux à trois fois supérieurs au montant versé à Paris", selon la même source.
Du fait d'une année 2008 très chahutée sur les marchés et des lourdes pertes subies par les banques, les bonus versés en 2009 ont fortement diminué, mais devraient rebondir nettement en 2010.