10 Avril 2026
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L'ancien Premier ministre Michel Barnier, député de Paris, président du conseil national des Républicains, a dévoilé hier un document intitulé "Bâtir ensemble une France forte, une France fière, une Europe indépendante", plateforme composée de dix exigences qui a vocation à se transformer en "plateforme programmatique du centre et de la droite pour 2027", y compris par le biais de contributions, notamment citoyennes qui pourront être soumises via un site Internet dédié à venir dans les prochains jours. Il a ajouté vouloir finaliser son projet d'ici l'automne et évoqué "la piste d'un conclave pour sélectionner le candidat"
Reconnaissant et se réjouissant d'"une compétition entre des personnalités politiques de la droite et du centre pour déterminer qui est le plus à même d'être candidat devant les Français à l'élection présidentielle", M. Barnier espère que celle-ci permette "le rassemblement", "d'abord sur le fond", et formule dans cette perspective des propositions qui "assument des choix, parfois radicaux, mais refusent le populisme, le nationalisme et l'immobilisme". Sur la méthode ensuite, il prévient que "le temps des partis uniques est terminé". Dès lors, "il faut se préparer ensemble à gouverner, dans le cadre d'un esprit de coalition", et plus concrètement d'un "accord programmatique entre les formations politiques du centre et de la droite sur une plateforme commune, un travail de préparation collective pour concrétiser la volonté de changement dès l'été 2027 et sans perdre un seul instant".
A plus longue échéance, M. Barnier estime que "la manière de gouverner doit évoluer", avec "un retour aux principes de la Ve République (…) autour d'un président qui définit les grandes orientations, porte la voix de la France en Europe et dans le monde, est le chef des Armées et reste à l'écoute des Français" ; d' "un gouvernement qui a les moyens de gouverner, d'une administration efficace et neutre où domine la méritocratie sur l'esprit de clan", et "d'un Parlement qui représente les différentes orientations politiques exprimées par les Français tout en permettant un débat démocratique ordonné et le soutien à la conduite d'une politique stable et efficace".
Remettre la France en ordre aux frontières, dans la rue et dans les comptes
1. Restaurer l'autorité républicaine
"(…) La sécurité publique et la justice sont des priorités nationales. Tous les acteurs (forces de l'ordre, magistrats) doivent bénéficier des moyens adaptés à l'ampleur des défis, pour rétablir un principe élémentaire de refus de l'impunité. Cela doit se traduire par des peines d'emprisonnement rapidement et réellement appliquées dès les premières infractions sérieuses. Plus que des lois, ce sont les moyens humains et techniques et une détermination politique affirmée à chaque échelon qui sont indispensables pour faire respecter les règles, maintenir l'ordre et punir avec fermeté et rapidité toutes les formes de délinquance, des incivilités du quotidien au narcotrafic.
Reprendre la maîtrise des flux migratoires est un impératif pour notre cohésion nationale. Pour être acceptée par les Français et pour qu'elle soit une chance pour les personnes qui nous rejoignent et pour notre pays, l'intégration n'est pas optionnelle. Elle est obligatoire. Cela signifie un accueil moins nombreux, maîtrisé et choisi, comme le permet désormais le nouveau règlement européen "retour". Afin de faire évoluer notre droit pour définir des quotas d'accueil votés par le Parlement à échéance régulière, des conditions rigoureuses à l'acquisition des droits sociaux et au regroupement familial et un respect de notre souveraineté quant aux contrôles aux frontières et aux obligations de quitter le territoire français, notre Constitution doit évoluer. Les Français seront consultés par référendum pour leur permettre de se prononcer directement sur ces objectifs (…)
2. Restaurer nos finances publiques
(…) Rétablir nos finances publiques est une condition absolue de notre souveraineté, de notre crédibilité et de notre capacité d'investir dans l'avenir. Une loi organique interdira progressivement sur trois ans tout déficit courant de la sécurité sociale et tout déficit de fonctionnement de l'Etat.
En matière de retraites, (…) un système universel à point géré par les partenaires sociaux, assurant convergence des régimes particuliers publics et privés, sera mis en place. Il laissera plus de latitude à chacun de choisir son âge de départ en le reculant pour préserver sa pension ou en le maintenant au prix d'une réduction de pension. Ce régime par répartition sera accompagné par un régime collectif de capitalisation, propriété de tous les Français, qui permettra de disposer à terme d'un fonds souverain de plus de 1000 milliards d'euros, financé par un prélèvement sur la consommation, une TVA souveraine, à même de financer notre économie et en particulier nos entreprises et notre industrie. Des régimes individuels de capitalisation seront encouragés en complément.
Restaurer nos finances publiques passe aussi par une diminution des autres dépenses sociales, notamment avec la mise en place d'une allocation sociale unique et la responsabilisation de tous les acteurs en matière de santé.
Afin de procéder aux économies et à la nécessaire réforme de l'Etat : un travail vigoureux sur la réduction du train de vie au niveau de l'Etat et des institutions européennes sera engagé. Dans notre pays, nous réduirons le nombre d'agences et d'opérateurs ; une programmation pluriannuelle sur 5 ans donnant de la visibilité aux gestionnaires pour gagner en productivité sera mise en place ; un fonds de modernisation et d'investissement, en particulier pour le numérique, l'intelligence artificielle et le service aux usagers, sera instauré pour accompagner ces transformations ; une revue systémique de la qualité des services publics prenant appui sur les avis des Français sera créée. Les collectivités territoriales devront également prendre leur part du redressement de nos finances publiques.
3. Mettre fin à l'impuissance publique et à la complexité de nos empilements administratifs
Donner à la région les moyens d'être une collectivité apte à piloter l'ensemble des politiques publiques dans les domaines du développement économique et de la cohésion sociale, en coordonnant les départements qui conserveraient des services de proximité mais en cessant d'être des collectivités de plein exercice, avec la mise en place du conseiller territorial. Ce redécoupage permet de concilier proximité dans la délivrance de prestations et économies d'échelle (par exemple entre collèges et lycées).
Réarticuler communes et intercommunalités en maintenant les communes et les maires dans leurs pouvoirs de décision mais en transférant les fonctions d'intendance et de fonctionnement courant aux intercommunalités.
Enfin, une clarification des compétences enchevêtrées entre Etat et collectivités territoriales, appuyée sur cette nouvelle gouvernance territoriale, est indispensable.
Libérer les énergies du pays
4. Libérer notre économie et faire du travail la clé de notre rebond
(…) Notre mobilisation collective doit en dix ans faire de la France la première puissance économique européenne.
Une grande remise à plat des dispositifs d'aides et des crédits d'impôts sera effectuée à rendement constant en contrepartie d'une suppression des impôts de production et d'un retour au taux d'impôt sur les sociétés à 25 %.
L'appareil de normes sera transformé pour une part importante en simple guide de références sans avoir de portée prescriptive ou avec une logique de norme subsidiaire (s'appliquant en l'absence de norme négociée entre les acteurs). Une Commission de juristes, de chefs d'entreprise et de personnalités sera chargée sur 18 mois de cet important travail de réécriture de notre droit. Notre agriculture, notre industrie et nos concitoyens ont besoin de cette débureaucratisation.
La France doit redevenir une terre de production agricole, agro-alimentaire, halieutique et industrielle. Enfin, le travail doit être puissamment revalorisé (…) Cela passe par la capacité pour chacun de travailler plus et de travailler plus longtemps.
5. Investir sur l'avenir en faisant de notre jeunesse notre priorité
(…) Notre école a besoin d'un cap, de formation et de confiance dans ses personnels, d'autonomie dans les établissements. Un grand mouvement d'autonomie des établissements scolaires et de pacte pluriannuel permettant d'améliorer les taux d'encadrement sera conduit en profitant de la baisse démographique.
Dans l'enseignement supérieur et la recherche, il faut prolonger l'autonomie des universités – actuellement non achevée – en diversifiant les ressources et en allégeant les contraintes et développer notre recherche, publique et privée. Nous devons réinvestir dans les sciences, tant les enjeux des prochaines années sont cruciaux en termes d'IA, de défense, de santé, d'environnement et de réindustrialisation. Nous nous fixons comme objectif d'augmenter de 50 % par an le nombre d'ingénieurs formés, avec un effort particulier en direction des femmes.
Enfin, l'enfance doit être notre priorité collective, avec une politique familiale renforcée pour permettre à chacun de traduire son désir d'enfants, pour réformer drastiquement la protection de l'enfance et pour préserver nos enfants des réseaux sociaux.
6. Faire progresser l'influence de la France en Europe et dans le monde
(…) Il faut relancer l'Europe de la souveraineté dont chaque jour qui passe démontre l'absolue nécessité face au désengagement de notre partenaire américain historique et aux menaces dans le monde. La bonne articulation entre souveraineté nationale et indispensable solidarité européenne passe par la réaffirmation du pilotage politique du projet européen par les gouvernements, la Commission étant chargée de la mise en œuvre des politiques agréées collectivement et validées démocratiquement. Cela passe par la mise en place d'un Conseil de sécurité européen et de défense, pour faire face avec la réactivité nécessaire aux défis stratégiques en matière de défense et de politique étrangère. Une approche la plus consensuelle possible reste à privilégier sans s'interdire la mise en place de coalitions volontaires.
La France doit également valoriser sa singularité stratégique et géographique. Son siège au conseil de sécurité de l'ONU, sa dissuasion nucléaire, son rôle central au sein de l'Union européenne et de l'OTAN, ses partenariats diversifiés et anciens, ainsi que sa présence sur tous les continents à travers ses territoires d'Outre-mer et la langue française lui confèrent un statut et des responsabilités particulières. Présente dans les trois océans du monde avec une zone maritime économique de 11 millions de km², la France doit aussi avoir l'ambition d'une vraie politique maritime (…)
7. Associer les Français à notre prospérité
Des mesures d'accroissement de la participation et de l'intéressement des Français à la réussite de notre appareil de production seront prises pour que chaque entreprise, à partir d'une certaine taille, soit détenue à au moins 5 % par ses salariés (…) Pour les entreprises pour lesquelles aucune solution de succession des dirigeants n'est identifiée, la reprise par les salariés sera encouragée. (…) La participation aux organes de direction des salariés sera encouragée. Les partenaires sociaux seront, à chaque niveau, encouragés à trouver des accords sans interférence de l'Etat, en particulier pour définir et adapter les règles applicables dans les entreprises. Un grand programme d'embellissement de nos villes et de nos campagnes par une politique active de rénovation, suppression des friches, verdissement des zones d'activité et commerciales sera mené avec les collectivités locales. Un effort particulier en faveur du patrimoine sera réalisé, avec une incitation renforcée au mécénat.
Protéger les Français
8. Assurer notre défense et notre souveraineté
(…) Dans la continuité de ces dernières années, nous porterons progressivement l'effort de défense à 3 % de la richesse nationale. Outre le modèle d'armée, ce sont également notre modèle industriel et notre action diplomatique qui doivent être adaptés. Un nouveau Livre Blanc actera les décisions prises. De même, nous devons assurer notre souveraineté technologique faute de quoi nous serons dépendants de puissances étrangères qui n'ont pas les mêmes intérêts que nous. C'est particulièrement crucial en matière de cloud de quantique et d'intelligence artificielle, où nous devons contribuer à construire des champions européens. Enfin, il faut mettre en œuvre et faire monter en puissance le nouveau service national volontaire.
9. Maintenir notre cohésion sociale
(…) Une allocation sociale unique sera mise en place, pour limiter ce qu'il est possible de recevoir par les allocations sociales par rapport au travail.
Dans le même temps, une refondation de notre protection maladie articulée autour d'un maillage effectif du territoire garantissant un meilleur accès aux soins pour tous les Français. (…) L'engagement de chacun en matière de prévention sera encouragé et incité, avec un niveau différencié de prise en charge selon le suivi du parcours de dépistage et de prévention. Nous devons également accentuer nos efforts collectifs en matière de santé mentale.
(…) Notre politique culturelle doit valoriser ce qui fait la singularité française : créer, transmettre, protéger et rayonner. Nous devons nous appuyer sur le grand événement fédérateur que vont être les Jeux Olympiques d'hiver Alpes 2030, pour encourager le développement du sport partout et pour tous et l'encouragement du bénévolat.
10. Prendre résolument le chemin de la croissance écologique
Le défi écologique, même s'il passe souvent en arrière-plan face aux fins de mois difficiles et aux évènements du monde, doit demeurer une boussole majeure de notre action. Le débat ne doit pas se structurer entre croissance et décroissance : il faut que la France prenne résolument le chemin de la croissance écologique. C'est ce que nous appelons l'écologie gagnante. (…) Les crises énergétiques sont appelées à se renouveler, elles doivent être des occasions pour aider les Français à passer le cap de l'électrification. Pour atténuer notre empreinte carbone, nous devons marcher sur nos deux jambes : d'abord poursuivre nos efforts nationaux, en particulier dans les trois secteurs clés : le transport avec l'électrification du parc automobile, le logement avec un plan pour les énergies renouvelables thermiques, et l'industrie avec une véritable préférence européenne dans nos achats. Mais il faut aussi s'attaquer à l'autre moitié du chemin, en décarbonant nos importations. Cela nécessite une réciprocité totale vis-à-vis de nos partenaires commerciaux et un contrôle strict à nos frontières. (…)