Un Républicain de Guingamp
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Après la crise de Ceuta, les 27 se retrouvent demain

Les ministres de l'Intérieur des 27 pays membres de l'UE se réunissent demain en visioconférence afin d'échanger sur la crise migratoire qu'a subi en fin de semaine l'enclave espagnole de Ceuta et les tensions diplomatiques qui en ont suivi, a annoncé samedi l'Irlande.  

Par missives interposées, l'Espagne, puis un groupe de 22 pays ont tour à tour réclamé cette réunion.

La première pour dénoncer l'attitude "égoïste" de certains de ses partenaires, en premier lieu de Rome et Copenhague, qui "motivée par les préjugés, les fausses informations, l'ignorance ou des intérêts politiques – est non seulement contraire au droit européen, au droit humanitaire et aux principes de solidarité qui nous unissent, mais va également à l'encontre des intérêts à long terme de l'Europe".

Emmenés par l'Italie et le Danemark, les seconds (Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Chypre, Croatie, Estonie, Finlande, Grèce, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pays-Bas, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie et Suède) attendent "une évaluation commune de la situation" et "une réponse européenne immédiate et coordonnée", citant "la mobilisation rapide des instruments disponibles de l'Union européenne", "la possibilité de renforcer le soutien de Frontex ainsi que l'efficacité de la coopération de l'Union européenne avec le Maroc".  

Seuls la France et le Portugal, frontaliers de l'Espagne, l'Irlande qui assure la présidence tournante du Conseil de l'UE, et le Luxembourg ne se sont pas joints à cette démarche.

Située au Maroc, l'enclave espagnole de Ceuta a connu en l'espace de deux ou trois jours un afflux massif de migrants illégaux.

Une "atteinte à l'intégrité territoriale de l'Espagne" déclenchée par la "lecture intéressée que les mafias de trafiquants d'êtres humains ont fait d'un arrêt de la Cour suprême" selon laquelle "il n'est pas possible de reconduire à la frontière les personnes qui seraient arrivées en Espagne par la mer", a tancé sur place le président du gouvernement Pedro Sanchez.

Entre 50 000 et 60 000 personnes, pour la plupart des hommes et adolescents, étaient ainsi recensées vendredi (l'équivalent des deux-tiers de la population locale).

Dès samedi soir, la quasi-totalité en étaient reparties, sans qu'"aucune personne n'(ait) atteint l'Espagne continentale ou le reste de l'UE", a indiqué la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Mais 48h ont suffi à voir les pays membres se diviser. 

Dès jeudi soir, alors que des milliers de personnes étaient arrivées par mer et par terre, Madrid a annoncé envoyer l'armée en renfort et travailler avec Rabat au "transfert" vers le Maroc "dès que possible, de toutes les personnes qui sont entrées illégalement à Ceuta", avant de devoir composer avec les réactions internationales.

L'Italie, la première, a annoncé vouloir suspendre l'Espagne de l'espace Schengen, fustigeant au passage le choix du gouvernement socialiste de "donner la citoyenneté espagnole, donc européenne, à plus de 500 000 immigrés irréguliers".

Regrettant la "démagogie" de Rome, Madrid a convoqué l'ambassadeur italien en signe de protestation.

Mais dès vendredi, la Finlande ralliait la position de l'Italie, estimant que "les pays qui ne remplissent pas leur obligation de protéger la frontière extérieure ne peuvent pas être membres de Schengen", et après elle le Danemark.

L'Allemagne a, elle, plaidé pour l'application immédiate et complète du règlement sur les retours de migrants.

Enfin, samedi et pour un mois, Rome a fermé à l'Espagne ses points d'entrée maritimes et aériens, des contrôles "ciblés" qui ne concerneront que les ressortissants non européens arrivant d'Espagne.

Après avoir rappelé que "Ceuta ne bénéficie pas de la libre circulation vers le reste de l'espace Schengen", le président de la République Emmanuel Macron a lui exprimé à l'Espagne la solidarité de la France, qui "se tient prête à apporter aux autorités espagnoles tout l'appui nécessaire, si celles-ci en expriment le besoin, y compris au travers (...) de Frontex".

Ce en quoi il a été rejoint par le Premier ministre britannique Andy Burnham. Comme le Portugal, la France s'en est tenue au renforcement des contrôles à la frontière espagnole, où le nombre de gendarmes et policiers a été multiplié par cinq et à l'activation de la "Force Frontière d'intervention rapide pour des contrôles en profondeur". 

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Echo national de la polémique européenne  

A huit mois du premier tour de la présidentielle, cette crise migratoire, l'une des plus graves jamais vues en Europe, a agité la classe politique. Marine Le Pen (RN) a jugé que ces "entrées massives et coordonnées" avaient été "encouragées par le gouvernement espagnol", et sa politique de régularisation de sans-papiers.

Responsabilité également établie par Bruno Retailleau (LR). L'ancien ministre de l'Intérieur et le président du RN Jordan Bardella ont demandé la suspension de l'Espagne de l'espace Schengen.

 "Accuser le plan de régularisation par le travail du gouvernement espagnol achevé le 30 juin, tout comme demander l'exclusion de l'Espagne de l'espace Schengen alors que la ville autonome de Ceuta (...) est déjà soumise à des mesures dérogatoires de contrôle aux frontières sont tout simplement des mensonges", a répliqué le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure.

"Plutôt que d'instrumentaliser la situation (...) nous devrions demander une coordination européenne pour de l'aide humanitaire", a ajouté Jean-Luc Mélenchon (LFI).  

Même au sein du bloc central, des voix se sont élevées pour fustiger la politique migratoire espagnole. "Il n'est pas acceptable qu'un pays puisse seul décider de régularisations massives qui créent un appel d'air pour tout le continent", a ainsi estimé l'ancien Premier ministre Edouard Philippe (Horizons), ajoutant qu'il proposera "que ce modèle soit remis totalement à plat" s'il accédait à l'Elysée.

Sans faire porter la responsabilité au gouvernement Sanchez, le secrétaire général et candidat de Renaissance Gabriel Attal a demandé à l'UE "d'engager un rapport de force inédit vis-à-vis des pays tiers et des réseaux criminels de passeurs", et exhorté à la mise en œuvre du Pacte européen sur la migration et l'asile.

… et critiques américaines

A trois mois des Midterms, les Etats-Unis se sont aussi emparés des images de Ceuta pour défendre la politique répressive du président Donald Trump sur l'immigration et alerter sur les conséquences en la matière d'un éventuel retour au pouvoir des démocrates.

"Si nous ne sommes pas au pouvoir, notre pays sera envahi à des niveaux qui feront passer ce qui arrive en Espagne pour de la gnognotte", a lancé M. Trump, parlant d'une "invasion".

"Ces images en provenance d'Espagne sont un rappel malheureux des conséquences des migrations de masse et des politiques mondialistes de la gauche radicale qui ont permis l'invasion de l'Occident", a ajouté le viceprésident JD Vance.

Vendredi, le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio s'était réjoui d'"une réussite extraordinaire" avec "l'élection d'une personnalité pro-américaine" dans "pratiquement toutes les élections qui ont eu lieu" en Amérique latine depuis le retour de M. Trump à la Maison-Blanche.

Résultat, "pour la première fois depuis quinze ou vingt ans, la grande majorité des pays du continent est désormais dirigée par des dirigeants et des gouvernements pro-américains", a-t-il déclaré.

Quelques jours après l'investiture de la présidente du Pérou Keiko Fujimori, et avant celle d'Abelardo de la Espriella en Colombie, Lima et Bogota ont ainsi indiqué vouloir rejoindre le "Bouclier des Amériques" dirigé par le président américain pour lutter contre le narcotrafic.

Du côté de la gauche, il ne reste plus que le rival historique des Etats-Unis, Cuba, plongé dans une grave crise économique, et deux puissances régionales, le Mexique et le Brésil. Là, le président Lula est parti hier en quête d'une troisième réélection en octobre, se posant en défenseur de la "souveraineté" de son pays face au président américain, dont l'ombre plane sur la campagne à travers la candidature de M. Flavio Bolsonaro. 

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