Les policiers municipaux vont pouvoir accrocher de nouveau à leur ceinturon le pistolet à impulsions électriques (PIE) Taser, arme controversée, dont l'utilisation leur avait été interdite par le Conseil d'Etat en septembre 2009.
Un décret a en effet été publié jeudi au Journal officiel permettant de nouveau aux policiers municipaux de porter cette arme de 4e catégorie, déjà en service dans la gendarmerie, la police nationale et l'administration pénitentiaire.
Le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux avait annoncé dimanche qu'il avait signé ce nouveau décret, trois jours après la fusillade de Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) au cours de laquelle une policière municipale, Aurélie Fouquet, 26 ans, avait été tuée.
Les organisations professionnelles des policiers municipaux, reçues jeudi au ministère de l'Intérieur, ont réclamé armement et définition de leurs missions à Brice Hortefeux. La question de l'armement ne fait toutefois pas l'unanimité parmi les syndicats.
Un premier décret autorisant le Taser en septembre 2008 avait été annulé par le Conseil d'Etat un an plus tard. La plus haute autorité administrative avait estimé que l'usage de cette arme n'était pas suffisamment encadré d'un point de vue juridique par le décret de huit lignes du 22 septembre 2008.
Le Conseil d'Etat avait cependant jugé suffisantes les garanties juridiques encadrant l'usage du Taser par la police nationale, à la différence de celles prévues pour les policiers municipaux.
Selon le Conseil d'Etat, le décret du ministère de l'Intérieur de septembre 2008 autorisant le Taser pour la police municipale" méconnaissait "les principes d'absolue nécessité et de proportionnalité dans la mise en œuvre de la force publique".
Cette fois-ci, le décret de deux pages du 26 mai 2010 "relatif à l'armement des agents de police municipale" précise que, "eu égard à la spécificité de cette arme" de 4e catégorie, comme le pistolet ou le revolver, "une formation spécifique préalable à l'autorisation de port" du Taser et "une formation spécifique d'entraînement" sont nécessaires.
Le décret dispose par ailleurs que le pistolet à impulsions électriques doit être équipé de systèmes de contrôle "permettant d'assurer la traçabilité et la vérification de leur utilisation", citant un "dispositif d'enregistrement sonore et une caméra associée au viseur".
Il revient maintenant au maire de chaque commune d'autoriser ou non le port du Taser à ses policiers municipaux.
Quelque cinq mille Taser équipent déjà la police nationale, la gendarmerie et l'administration pénitentiaire.
Cet arme délivre une onde électrique de 2 milliampères pour 50.000 volts, bloque le système nerveux, tétanisant la personne visée durant quelques secondes.
Le pistolet à impulsions électriques Taser
Le pistolet à impulsions électriques (PIE) Taser est une arme de 4e catégorie comme un revolver ou un pistolet.
D'une portée inférieure à dix mètres, le Taser X26, modèle utilisé en France par la police nationale, la gendarmerie et l'administration pénitentiaire, propulse à la vitesse de 50 mètres/seconde deux électrodes reliées à un fil isolé. Au contact de sa cible, le PIE libère une onde électrique de 2 milliampères pour 50.000 volts qui bloque le système nerveux, tétanisant la personne visée durant quelques secondes.
Un journaliste de l'AFP, qui a reçu volontairement une décharge de Taser, a ressenti une secousse très désagréable, s'est écroulé avant de reprendre totalement ses esprits une dizaine de secondes plus tard.
D'un coût de 1.500 euros, le Taser X26 est équipé d'une caméra intégrée filmant chaque utilisation et d'une puce enregistrant l'heure, la date, la durée de chaque tir et le nombre de tirs.
Lors de leur formation obligatoire à l'utilisation de cette arme, les membres des forces de l'ordre doivent en recevoir une décharge.
Quelque 5.000 Taser sont en service dans la gendarmerie, la police et l'administration pénitentiaire. Selon la gendarmerie, l'usage du Taser a permis de réduire de 15 % celui des armes à feu.
L'usage du Taser reste controversé et le Parti socialiste est opposé "fermement" à son extension aux polices municipales.
Amnesty international France réclame "un moratoire" sur son utilisation tant qu'une "enquête approfondie et impartiale n'aura pas été menée".
Amnesty international affirme que plus de 290 personnes sont décédées aux Etats-Unis depuis 2001 après avoir été touchées par ces armes.
Mais, selon Taser France, ces chiffres ne portent pas sur le même type de produit que celui utilisé en France.
Selon une étude publiée en septembre 2007 par la revue des Samu de France, l'innocuité du Taser paraît confirmée "lorsque les précautions d'utilisation sont strictement respectées".
Il y a un mois, la commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) s'était "inquiétée" de l'usage qui peut être fait du Taser. Selon la CNDH, cet usage peut "s'avérer dangereux et constituer un traitement inhumain et dégradant contraire à la Convention". Elle avait demandé son interdiction "dans des lieux privatifs de liberté et dans le cadre d'opérations d'éloignement forcé d'étrangers".