Au premier jour du Sommet de l'OTAN à Ankara, le président américain a une nouvelle fois lancé de multiples piques à ses alliés européens accusés de ne pas avoir répondu présents lors de l'offensive américaine en Iran. "J'ai été très déçu par l'OTAN et, franchement, si le sommet n'avait pas eu lieu en Turquie, (...) il est possible que je n'y serais pas allé", a-t-il déclaré aux côtés de son "ami" le président turc Recep Tayyip Erdogan.
Mais, s'il est en colère contre l'Europe, qu'il accuse depuis des semaines de l'avoir laissé tomber pendant la guerre en Iran, le président américain n'est toutefois pas allé cette fois au-delà des critiques qu'il lance depuis des semaines. Il a même trouvé un mot aimable pour la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni dont il a jugé, après une récente passe d'armes, qu'elle était "quelqu'un de bien, en fait".
Pour tenter de prévenir tout nouvel accès de colère de ce dernier, le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte a annoncé hier plusieurs contrats d'armement, dans l'espoir de convaincre Trump du sérieux des Européens à renforcer leurs capacités de défense, comme le réclament les Etats-Unis.
Des pays membres de l'OTAN et "des entreprises des deux côtés de l'Atlantique vont (...) signer des contrats qui se chiffrent en milliards, littéralement des milliards de dollars", a-t-il lancé, et, selon un diplomate de l'Alliance, la valeur totale de ces contrats dépasse les 50 milliards de dollars.
Un gros contrat a ainsi été confirmé avec la firme suédoise Saab pour remplacer la flotte des avions de reconnaissance Awacs, fabriqués par l'avionneur américain Boeing, dont dispose actuellement l'OTAN. Il s'agit d'une commande de dix appareils Global Eye, dont le montant n'a pas été révélé. Le remplacement de la flotte d'Awacs avait été annoncé par l'OTAN en novembre 2023, et Saab était pressenti pour remporter ce contrat, après le retrait de Boeing. Le groupe Airbus a de son côté décroché un contrat pour fournir un dixième A330 MRTT (Multi Role Tanker Transport), un avion militaire de transport et de ravitaillement, à la flotte de l'OTAN.
En ce qui concerne l'engagement des pays membres de l'OTAN de consacrer au moins 5 % de leur produit intérieur brut (PIB) à leur sécurité, si beaucoup sont encore loin d'atteindre un tel pourcentage M. Rutte ne désespère pas de convaincre le président américain que le mouvement est lancé.
En 2025, "les Alliés européens et le Canada ont dépensé près de 20 % de plus pour leur défense que l'année précédente. Si l'on considère 2025 et 2026 réunies, cela représente 258 milliards de dollars d'investissements supplémentaires", a-t-il souligné. Mais cette année, la hausse sera ramenée à 11 %, selon les estimations de l'Alliance publiées hier. Maintenant, "il faut mettre cet argent au service de notre défense", a martelé M. Rutte.
Quelque 634 milliards de dollars seront dépensés en 2026, selon l'estimation de l'OTAN, contre 571 milliards de dollars en 2025. L'an dernier, les 32 pays de l'Alliance se sont engagés à consacrer d'ici 2035 au moins 5 % de leur (PIB) à leurs dépenses de sécurité, dont 3,5 % pour leurs dépenses militaires stricto sensu. Cette année, les Alliés européens et le Canada ont atteint 2,53 %, en légère hausse par rapport à 2025 (2,31 %), mais à des rythmes très différents. En 2026, cinq pays ont déjà atteint les 5 % de dépenses de sécurité : Pologne, Lituanie, Lettonie, Estonie et Grèce. Ils n'étaient que trois l'an dernier (Pologne, Lituanie et Lettonie). La France en 2026 a consacré 2,22 % de son PIB aux dépenses militaires stricto sensu, contre 2,04 % l'an dernier. Les Etats-Unis vont atteindre cette année les 3,17 %, soit le même niveau que l'année précédente.
Et l'exemple vient d'Ukraine, dont le président Volodymyr Zelensky est arrivé mardi à Ankara. Il a réclamé que son pays, qui dispose désormais d'une des industries de défense les plus performantes d'Europe, rejoigne l'Alliance au plus vite pour la rendre plus forte. "Pensez-vous vraiment que ce serait la bonne chose à faire que de laisser à l'extérieur de l'OTAN un pays et un peuple avec ce niveau de capacités de défense ?", a-t-il lancé devant un parterre d'industriels et de responsables de l'OTAN. Si plusieurs pays de l'OTAN y sont favorables, les Etats-Unis s'y opposent.
L'industrie ukrainienne de défense a gagné une expertise et un savoir-faire, notamment en matière de drones, dont les Européens veulent s'inspirer.
Mais cette capacité n'est toutefois pas suffisante pour protéger l'Ukraine à 100 % des frappes lancées quotidiennement par la Russie.
Le président ukrainien a appelé l'Alliance atlantique à faire preuve de plus de "détermination" dans son aide à la défense aérienne de son pays.
Les Européens espèrent également confirmer la dynamique favorable à l'Ukraine obtenue au sommet du G7 à Evian à la mi-juin. Avec le Canada, mais sans les Etats-Unis, ils vont s'engager à apporter une aide militaire à Kiev de 40 milliards d'euros en 2026 et au moins autant en 2027, selon des diplomates. Cette somme viendra s'ajouter aux 30 milliards d'euros d'aide militaire que l'Union européenne a promis de son côté, en 2026 comme en 2027, sous forme de prêts.
Interrogé sur le Groenland, le président américain a réitéré qu'il devrait selon lui être "contrôlé par les Etats-Unis", mais sans les menaces proférées en début d'année.
L'Ukraine pourrait apporter à l'OTAN des capacités de défense "extraordinaires", selon le président Zelensky
L'Ukraine pourrait apporter des capacités de défense "extraordinaires" à l'OTAN si elle pouvait en devenir membre, a par ailleurs affirmé hier à Ankara le président ukrainien. "L'Ukraine a sa place au sein de l'OTAN, car l'OTAN avec l'Ukraine est l'alliance de l'avenir", a-t-il martelé devant un parterre d'industriels et de responsables de l'Alliance. "Pensez-vous vraiment que ce serait la bonne chose à faire que de laisser à l'extérieur de l'OTAN un pays et un peuple avec ce niveau de capacités de défense ?", a lancé le président ukrainien.
L'Ukraine a développé plus de quatre ans après son invasion à grande échelle par la Russie une expertise et un savoir-faire en matière de drones, mais elle est aussi parvenue en peu de temps à créer de toutes pièces une capacité de production de missiles, comme le missile de croisière Flamingo.
"Si les Ukrainiens savent déjà se battre de cette manière, alors il est logique que ces capacités deviennent une partie de la défense collective de l'Alliance, ce qui nous rendrait tous plus forts", a-t-il assuré. Cette capacité n'est toutefois pas suffisante pour protéger l'Ukraine à 100 % des frappes lancées quotidiennement par la Russie.
"Nous sommes capables de tout faire nous-mêmes, mais lorsqu'il s'agit de défense aérienne, nous avons besoin de la détermination de nos partenaires. Que davantage de détermination et davantage de décisions en matière de défense aérienne soient l'un des résultats clés de ce sommet de l'OTAN", a aussi dit M. Zelensky.
L'Ukraine réclame notamment davantage de missiles Patriot, de fabrication américaine, particulièrement efficaces dans l'interception des missiles balistiques russes, mais après des semaines de guerre au Moyen-Orient, les stocks sont limités.
"Je pense qu'il y a un grand enjeu sur lequel nous devons travailler, c'est la défense aérienne, pour garantir que vos villes et vos infrastructures vitales soient protégées", a reconnu ensuite le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte, aux côtés du président ukrainien.
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