30 Juin 2026
La Délégation à la prospective du Sénat a poursuivi son exploration de la notion de valeur dans la France de 2050.
Après deux premiers volets dédiés au champ économique puis au rapport à l'autorité et à la vérité, elle s'est intéressée à l'avenir du modèle démocratique ainsi qu'aux valeurs sociales.
"Comment pourraient évoluer la démocratie représentative, les partis, l'engagement politique et citoyen à l'horizon 2050 ? Pourra-t-on alors recourir à des systèmes de démocratie directe en temps réel ? Quelle sera la place pour les outils numériques dans la vie des citoyens ?", telles sont les questions que se sont posées les sénateurs pour imaginer quatre scénarios. Ils sont établis en fonction de deux variables suivantes : le degré d'engagement démocratique des dirigeants et l'implication des citoyens dans la vie de la cité.
Quatre scénarios
La "démocratie sans citoyens"
Le premier scénario, dit de la "démocratie sans citoyens", voit – en 2050 – les moins de 40 ans se détourner de la vie politique en raison d'un retrait dans les sphères familiales, professionnelles et associatives et faute de n'avoir "connu que des régimes affaiblis et discrédités qui les ont convaincues que la démocratie était un régime à bout de souffle, inefficace voire mystificateur".
La "démocratie régénérée"
Nettement plus souhaitable, le scénario 2 voit la "démocratie régénérée" où, "après le traumatisme causé par plusieurs épisodes de ‘démocratie illibérale' entre 2030 et 2040 et des tentatives d'instaurer subrepticement des régimes fascisants en Occident, les citoyens ont pris conscience de l'importance de défendre le modèle démocratique.
Les responsables politiques et les citoyens revendiquent mener un combat idéologique et une ‘guerre culturelle' afin de défendre ces valeurs, dans un monde dominé par des régimes autocratiques". Quatre pages détaillent les nouveautés qu'emporterait un tel scénario.
"la démocratie liquidée"
Le troisième scénario, qui sert de repoussoir, est celui de "la démocratie liquidée" où "les valeurs démocratiques sont considérées comme inefficaces et surannées par les citoyens comme par les dirigeants politiques. Elles sont soit explicitement combattues et rejetées violemment, soit tournées en dérision et déconsidérées".
Il voit l'émergence de gouvernements autocratiques qui promeuvent la force, la puissance économique voire militaire du pays, et s'accompagne de la disparition quasi-totale des corps intermédiaires.
La démocratie horizontale
Le dernier scénario, celui de la démocratie horizontale, s'oppose au premier avec des "citoyens très attachés aux valeurs démocratiques, contrairement aux dirigeants qui sont à la tête d'un État dont les institutions démocratiques ont été vidées de leur substance.
Dans ces démocraties illibérales, les citoyens forment un archipel de communautés de résistance pour faire vivre leurs idéaux démocratiques.
L'attitude du pouvoir à l'égard de ces communautés est variable : il peut les tolérer, les interdire voire les traquer, considérant qu'elles constituent une forme de sécession dangereuse au sein de l'État et que leurs membres sont des ‘ennemis de l'intérieur'".
Comment renforcer le modèle démocratique ?
Ces scénarios ont ensuite permis de dégager des recommandations consensuelles destinées à renforcer le modèle démocratique français, en agissant dans le temps long et sur plusieurs leviers à la fois.
Réenchanter l'éthos démocratique.
Ou autrement dit, faire de l'adhésion aux valeurs démocratiques un objet de politique publique à part entière, laquelle pourrait se traduire par une stratégie nationale de promotion des valeurs démocratiques, actualisée tous les trois ou quatre ans.
Garantir l'efficacité du modèle démocratique
Mieux articuler les compétences de l'exécutif, du Parlement et des corps intermédiaires
Repenser les dispositifs de démocratie participative aux niveaux national et local, afin de ne plus décevoir les citoyens
L'avenir des valeurs sociales à l'horizon 2050
Dans cet ultime volet, les sénateurs imaginent les futurs possibles du modèle social français, en fonctions de deux critères : le rapport à l'autonomie individuelle, qui peut être envisagée comme un facteur d'émancipation lorsqu'elle permet aux individus d'accroître leur "pouvoir d'agir" ou, à l'inverse, comme une autonomie "subie" lorsqu'elle conduit à l'isolement et à la désaffiliation davantage qu'à la liberté ; la nature des solidarités, qu'elles soient institutionnalisées, reposant sur des mécanismes collectifs, une logique de coopération et la confiance sociale, ou bien fragmentées ou concurrentielles, reposant sur des logiques plus individuelles ou communautaires.
En ressortent là aussi quatre scénarios résumés sous forme de tableau
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La société du lien et des solidarités renouvelées
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L'archipel des autonomies
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La société de l'Etat bouclier
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La société des solitudes et de la déréliction
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Valeurs dominantes
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Interdépendance, solidarités concrètes, coopération, dignité
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Liberté individuelle, initiative, autonomie, responsabilisation
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Sécurité, protection, stabilité, solidarité institutionnelle
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Autonomie, responsabilité individuelle
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Protection sociale
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Politique d'investissement social et de prévention étendue
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Modèle hybride public-privé
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Protection sociale publique étendue
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Protection sociale résiduelle
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Vigueur des solidarités intergénérationnelles
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Soutien public et
dispositifs locaux de coopération
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Initiatives majoritairement locales, communautaires ou familiales |
Dispositifs publics nationaux
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Solidarités familiales déterminantes
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Rapport au travail
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Valorisation des métiers relationnels et du "care"
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Forte flexibilité du travail, approche du travail "par projet" |
Travail régulé, automatisation limitée
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Travail discontinu et souvent précaire
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Vigueur du lien social
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Très valorisé, avec des "infrastructures" de la relation
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Très dépendant des territoires et des communautés
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Lien social secondaire par rapport à la sécurité
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Multiplication des situations d'isolement social
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Education
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Pilier de la cohésion
sociale et acteur essentiel de la coopération
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Système diversifié et concurrentiel
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Ecole centralisée et structurante
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Fortes inégalités éducatives
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Engagement citoyen
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Soutien des associations
et encouragement au bénévolat
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Engagement avant tout
communautaire ou entrepreneurial
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Engagement civique institutionnalisé
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Faible participation citoyenne
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Numérique
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Outil d'inclusion et d'accès au droit assorti d'un accompagnement humain
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Outil d'auto-organisation
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Outil administratif central
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Souvent un facteur d'exclusion supplémentaire
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Santé mentale
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Indicateur central des politiques publiques et
approche transversale
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Prise en charge très dépendante des ressources
individuelles
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Programmes publics de prévention et de prise en charge
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Crise majeure de santé mentale
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Rôle de l'Etat
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Stratège et facilitateur
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Peu interventionniste, coordinateur a minima
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Protecteur et régulateur
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Etat affaibli
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Confiance dans les
institutions
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Elevée mais horizontale et
fragile
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Relativement faible à moyenne
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Forte mais verticale et fragile
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Faible
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Les sénateurs en déduisent que "la vitalité des valeurs sociales reposera sur la capacité de la société à concilier trois exigences : transformer sans fragiliser, protéger sans enfermer, libérer sans isoler" et en tirent autant d'orientations.
Articuler individualisation des parcours et cadre collectif protecteur
Réaffirmer l'importance de la protection sociale comme institution cardinale de solidarité
Réinventer les solidarités de proximité et les espaces de coopération et de lien social